‹ Figures et doctrines de philosophies [microform]Chapitre 4 sur 10 · VI · texte numérisé non relu

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Dans le fond c'est se servir soi-même, au meilleur sens, que de servir les autres et que surtout de servir la société, t Ai-je fait quelque action utile à la société? Je me suis donc rendu service. Aie toujours, en tout, cette maxime présente, et n'y renonce jamais ». (XI, 4.) Nous nous acquittons d'autant mieux des fonctions qui sont les nôtres que nous les rapportons au bien de la société. « Ce qui n'est pas utile à l'essaim n'est pas utile non plus à l'abeille ». (VI, 54.) « Comme tu es

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toi-même né pour contribuer à parfaire l'organisme social, ainsi que chacune de tes actions contribue à parfaire la vie de la société. Toute action de loi qui ne se rapporte pas, directement ou de loin, à cette fin commune est dans ta vie un élément de discorde et de iédition; elle en brise Punité, de même que dans un peuple l'homme qui pour son compte se soustrait à la commune entente .. (IX, 23.) . N'aie qu'une joie et qu'un soutien : passer d'une action utile à la société, à une autre action utile à la société, en pensant à Dieu.. (VI, 7.) Qu'en effet nous soyons des êtres naturellement sociables, destinés à réaliser par la vie en commun un accord aussi complet que possible, c'est ce qui ne saurait être mis en doute. (V, 16; VU, 55; X, 6.) Ainsi la société humaine, avec toutes les fonctions qui s'y rattachent, avec toutes les obligations qui en dérivent, est une expression directe de l'ordre naturel identique à la Providence divine.

Mais cette Providence, dont l'action s'enferme dans la Nature, ne reconnaît à l'homme d'autre droit, d'autre pouvoir que de s'y soumettre, et elle est bien loin de lui réserver des compensations dans une autre vie. Sur la solution à donner au problème de la vie future, les stoïciens, on Pa vu, étaient divisés entre eux et parfois avec eux-mêmes. En un sens, puisqu'ils faisaient de l'âme individuelle une partie de l'âme universelle, ils devaient lui refuser l'immortalité proprement dite; mais comme d'autre part ils la tenaient pour un souffle vital qui à la rigueur peut ne pas se dissiper en sortant du corps, ils acceptaient qu'elle pût survivre pendant un temps jusqu'à la conflagration universelle. Cléanthe consentait à cette destinée pour toutes les âmes; Chrysippe pour celles-là seules qui par leur sagesse avaient conquis la force de subsister. En somme, le stoïcisme laissait à chacun de ses

MARG-AURÉLE

adeptes une grande faculté de se décider là-dessus à son gré. Marc-Aurèle paraît d'abord n'user de cette faculté que pour rester indécis. Il envisage ô^xiil des grandes hypothèses que la tradition de l'école lui offre : le déplacement des âmes ou leur extinction. (V. 33; Vil, 32; Vill, 25.) Il est possible que les âmes changent de lieu, qu'elles aillent habiter dans l'air; et Marc- Aurèle s'efTorce de répondre à la difficulté que paraît soulever l'idée de l'encombrement du ciel par les âmes survivantes (IV, 21). Quand les âmes ont ainsi prolongé leur existence pendant quelque temps, elles s'embrasent et viennent se consumer dans la raison génératrice du Tout, soit ensemble, s'il y a une conflagration périodique de l'univers, soit successivement, si l'univers se renouvelle par de perpétuels échanges. (VI, 24; IV, 21; V 13; X, 7.) Mais c'est à l'hypothèse de l'extinction des âmes que Marc-Aurèle paraît s'attacher avec le plus de foi. Il lui arrive à coup sûr de se poser l'alternative entre t l'insensibilité » ou une t autre vie » après la mort. Mais quand il parle en ce sens dune • autre vie » , c'est pour se figurer une série successive d'individualités conscientes sortant par métamorphose les unes des autres, et c'est pour garder une attitude visiblement sceptique à Pégard de cette conception plus pythagoricienne que stoïcienne. Même s'il peut parfois supposer que l'extinction des âmes est postérieure à la mort du corps, on ne voit pas qu'il attache une grande importance à cette survie momentanée qui doit précéder la résolution dans la raison universelle, et maintes fois il représente la mort comme une simple dissolution des éléments qui met fin à notre destinée individuelle. (II, 17 ;V. 10; VI, 28; IX, 3; XII, 24.) Ce n'est point cependant qu'à de certaines heures il n'ait dû être frappé par ce que la mort, juste selon la nature, peut avoir d inique au regard des efforts moraux et des mérites de la personne; mais la logique stricte de son optimisme a étouffé aussitôt cette discrète protestation de sa conscience, c Comment

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donc les dieux, qui ont tout disposé dans un si bel ordre et par amour pour nous, ont-ils seulement négligé le point que voici Ml y a des hommes que leurs parfaites vertus ont liés comme par autant de contrats avec la divinité, qui sont par leurs actions saintes et pieuses devenus ses familiers. Pourtant une fois morts, ils ne reviennent plus et ils sont éteints à jamais. — Puisqu'il en va ainsi, sache que c'est bien, et que si la chose avait dû être autrement, les dieux l'auraient faite autrement. Car si c'était juste, c'eût été possible aussi; et si c'était conformée la nature, la nature l'aurait comporté. Mais puisqu'il n'en est point ainsi, et il n'en est pas ainsi en efl'et, persuade-loi qu'il ne fallait point que cela fût .. (XII, 5.) Ce serait donc à tort que nous jetterions un regard d'espoir au delà de la vie présente : pour être pleinement justifiée, la Providence n'a pas besoin que nous lui fassions crédit de la vie future.

Par là encore le stoïcisme deMarc-Aurèle n'arrive pas à atteindre, alors même que tant de vues particulières semblent l'en rapprocher, l'idée et la foi chrétiennes. Tl ne saurait concevoir une valeur intrinsèque de la personne, supérieure aux fonctions qu'elle remplit selon la nature, et lui créant, par delà l'ordre naturel, des droits que sanctionnent la puissance et la bonté de Dieu. Même le Dieu de Marc-Aurèle, malgré les effusions qui vont vers lui et qui paraissent parfois lui conférer une sorte de personnalité, reste l'esclave de cette nature qui épuise en la manifestant toute sa faculté de production et d'arrangement. Ainsi reste étranger à Marc-Auièle tout ce que le Christianisme a spécialement enseigné aux âmes, ce qu'il a spécialement aperçu ou suscité en elles : et le sentiment d'une misère trop profonde pour être soulagée par nos seules ressources, et la conscience d'une réalité positive sur-

MARC-ÀURÈLE

naturelle qui attire invinciblement l'esprit libéré de la matière et qui compense sans mesure le détachement des choses, et la confiance dans l'amour du Père, qui n'est pas seulement un principe de résignation, mais encore le sujet d'une joie inaltérable, qui n'est pas seulement une cause de relèvement pour notre existence finie, mais qui encore enferme la promesse d'une éternité de bonheur. Que l'infirmité de notre condition jointe à l'idée de la plénitude de la vie, appelle un autre ordre que celui que réalise la nature et que conçoit la raison naturelle, c'est ce que la pensée antique ne pouvait admettre, môme à l'heure où elle semblait touchée des souffles nouveaux qui passaient sur le monde. Le noble esprit et le grand cœur de Marc- Aurèle n'ont point réussi à se donner l'intelligence ni le sentiment de la signification et de la portée du Christianisme. Quelque part qu'il ait eue personnellement aux persécutions qui, sous son règne, atteignirent les chrétiens, même si l'on pouvait la réduire, toujours est-il qu'il reste à leur égard le représentant du pouvoir impérial, comme il reste à Fégard de leur foi le représentant de l'hellénisme et du stoïcisme. Dans leur mépris de la mort il n'a vu que l'obstination, manifestée avec fracas, à suivre une consigne, non la disposition intérieure d'àmes libres. (XI, 3.) C'est-à-dire qu'il n'a point participé davantage à leur sens de la vie. Et cette différence d'inspiration profonde se communique, quoi qu'il semble d'abord, aux maximes et aux règles mêmes qui dans le stoïcisme de Marc-Aurèle et dans le Christianisme paraissent le mieux concorder. Assurément Marc-Aurèle a porté à un degré extrême de délicatesse l'estime et la pratique des vertus les plus rares; il a ressenti en lui singulièrement la soif de la pureté, l'inclination vivace à l'indulgence et à la bienfaisance, le besoin de se déprendre de la vanité des biens sensibles et de se fortifier contre la mort, la satisfaction de se courber sous la loi divine; mais il n'a conquis ainsi qu'une sorte de spiritualité abstraite et

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négative faite de résignation et de renoncement sans plus sévère et morne dans sa douceur même. Ce livre fes Pensées est comme une exquise fleur d'automne, à la tête penchée, aux teintes pâles, à la grâce fragi e. que porte dans un élan suprême de vitalité, mais avec une sève déjà presque tarie, la sagesse païenne : il n'est pas I épanouissement de germes capables de Iructifler avec vigueur et de préparer la renaissance de nou- Teaux printemps. Il y a dans la tristesse même qui s en exhale plus que la plainte involontaire d'un cœur endolori par les épreuves et désabusé des choses • il y a le signe de la mort d'un monde. - C'est ailleurs qn a été annoncée la . bonne nouvelle .. aiUeurs qu'a ete dite la . parole de vie .. ^

DESCARTES

Le philosophe allemand Hegel, dans ses Leçons d'histoire de la philosophie, commence ainsi son exposé de la philosophie cartésienne : « René Descartes est en réalité le véritable promoteur de la philosophie moderne en tant qu'elle érige en principe la pensée... L'action de cet homme sur son siècle et sur les temps nouveaux ne saurait être exagérée. C'est un héros ; il a repris entièrement les choses par le commencement ». De fait, si ce qu'on appelle d'ordinaire Théroïsme comporte la volonté de se soutenir par soi seul, et, avec une parfaite maîtrise de soi, l'audace égale à l'extrême grandeur et à l'extrême difficulté de l'entreprise, on peut dire sans conteste qu'il y a une façon héroïque de penser, et que cette façon-là fut celle de Descartes. Au principe de son œuvre il y eut comme un élan extraordinaire de son esprit allant droit aux moyens de connaître et aux raisons d'affirmer qu'il se jugeait capable de trouver de lui seul : il y eut un acte de la plus radicale et de la plus décisive originalité. — Que fut donc l'homme qui, adversaire de la tradition des écoles, eut assez de génie pour fournir à la philosophie moderne sa tradition la plus constante et la plus féconde (i) ?

(1) Nous renvoyons à la belle édition qu'ont donnée des CEuvrei de DescarUs Ch. Adam et Paul Tanvbrv en 11 volumog i^^"* .* ^Jâ corapl<tée par un 12« volume de M. Adam sur La Vte et le» Œuvres de Deseartei.

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René Descartes est né le 31 mars 1596, à La Haye petite ville de la Touraine située sur la rive droite (k lu Creuse; mais par son père et sa mère, ses «randsperes et ses grand-mères et une partie d; ses aÛ"res

Sn' ,' 1 -'"f ''"' * '' "-^e'»" ^' Poitiers e de Châtellerault ; lui-même s'était donné le titre de . gentilhomme du Poitou ., et c'est avec la qualif.catiof de . poitevin . qu'il s'inscrivit en 1630 sur les registres de -Univer^té de Leyde. Il était le quatrième !ntnt de Joachim Descartes et de Jeanne Brochard Sa famille, de petite noblesse, s'était élevée surtou par le* situations auxquelles elle était parvenue dans le monde parlementaire Le père de notre philosophe étaircon! seiller au Parlement de Bretagne. Descartes fut privé de très bonne heure des soins maternels. Sa mèra mourut un an environ après sa naissance et quelaue» jours après la naissance dun autre enfant. . J'avais henté d elle, racontait Descartes, une toux sèche et une couleur pâle que j'ai gardée jusqu'à plus de ving ans, et qui faisait que tous les médecins qui m'ont vu

ayTUt"!l' '' ""' condamnaient à mourir jeune .. (IV p. 221.) Son père se remaria avec une Bretonnetandis que jusqu'alors il n'avait passé à Rennes que lé «TiH ''''1°°' '^^ P''^l«'»«nt, il y fixa désorma s firent^t" h^' '''' '" ''^«*»»"- <î- ^ ^--ndants A l-àge de huit ans. René Descartes fut mis au collège de La Flèche, tenu par les Jésuites, et qui était comme il 1 écrit dans son Discours delà Méthode, . l'une

ra?son"H?.''f''-M^'''?'^'''^"^''P^-- Sans doute en raison de la faiblesse de sa santé, il y fut l'obiet d'at-

ten ions particulières; il avait la faculté de se réveiller tout seul et de se lever à son heure, et il profitait deîl permission pour méditer à loisir dans son lit Son éducation fut celle d'un jeune noble, condition

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dont il fit toujours grand cas, avec tous les exercices physiques alors en usage : le jeu de paume, qui servira plus d'une fois à ses comparaisons, et l'escrime dont il fera le sujet d'un petit Traité. 11 suivit le cours régulier des études, et il se montra excellent écolier • le ton mi-approbateur, mi-ironique dont il a parlé dé son régime scolaire témoigne au fond de l'heureuse aisance avec laquelle il s'y était soumis. . Je ne laissais pas toutefois d'estimer les exercices auxquels on s'occupe dans les écoles. Je savais que les langues que I on y apprend sont nécessaires pour l'intelligence des livres anciens; que la gentillesse des fables réveille 1 esprit ; que les actions mémorables des histoires le relèvent, et qu'étant lues avec discrétion, elles aident a former le jugement; que la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs et même une conversation étudiée en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées • que l'éloquence a des forces et des beautés incompara' blés; que la poésie a des délicatesses et des douceurs ires ravissantes; que les mathématiques ont des inventions très subtiles, et qui peuvent beaucoup servir tant à contenter les curieux qu'à faciliter tous les arts et diminuer le travail des hommes ; que les écrits qui traitent des mœurs contiennent plusieurs enseignements et plusieurs exhortations à la vertu qui sont fort utiles; que la théologie enseigne à gagner le ciel; que la philosophie donne moyen de parler vraisemblablement de toutes choses et de se faire admirer des moins savants ; que la jurisprudence, la médecine et les autres sciences apportent des honneurs et des richesses a ceux qui les cultivent; et enfin qu'il est bon de les avoir toutes examinées, même les plus superstitieuses et les plus fausses, afin de connaître leur juste valeur et se garder d'en être trompé ..

En fait Descartes ne manqua jamais une occasion de marquer sa reconnaissance à ses anciens maîtres de

La Flèche. Cependant, il reconnut de bonne heure l'insuffisance de son éducation : il jugeait que la fréquentation de l'antiquité pouvait enlever la conscience des réalités et des nécessités du temps présent, que la lecture des œuvres d'imagination pouvait porter Tesprit à divaguer, que l'éloquence et la poésie, si belles qu'elles fussent à posséder, étaient des dons naturels plutôt que des fruits de l'éducation. Et il ajoutait : t Je me plaisais surtout aux mathématiques à cause de la certitude et de l'évidence de leurs raisons; et, pensant qu'elles ne servaient qu'aux arts mécaniques, je m'étonnais de ce que, leurs fondements étant si fermes et si solides, on n'avait rien bâti dessus de plus relevé ». Ainsi, dans ses jugements de jeune homme sur ses études, supposé même que pour en faire plus tard la confidence il en ait quelque peu accru la précision première, il mettait déjà cet amour de la connaissance certaine, qui devait être Finspiration et la règle de toute son œi vre.

Descartes sortit du collège au mois d'avril i612. Comment il passa les quelques années qui suivirent immédiatement, nous ne le savons pas avec une parfaite exactitude. Fit -il un séjour à Paris, surtout le séjour prolongé dont parle son biographe Baillet? La chose n'est pas très sûre ; en tout cas, il alla à Poitiers se faire recevoir à ses examens de baccalauréat et de licence en droit les 9 et 10 novembre 1616; et peutêtre passa-t-il auparavant quelque temps dans cette ville pour s'y préparer. Une fois ses examens passés, il se résolut, comme il dit, à ne plus chercher d'autre science que celle qu'il pourrait trouver en lui-mt^me ou bien dans le grand livre du monde.

A ce moment, les jeunes gentilshommes français allaient volontiers en Hollande apprendre sous le commandement de Maurice de Nassau le métier des armes.

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Descartes suit cet exemple. Mais officier amateur, il donne le plus clair de son temps à l'étude. Il a la bonne fortune de pouvoir se lier d'amitié avec Isaac Beeckman, personnage très cultivé qui devait devenir plus tard principal du collège de Dordrecht, et c'est à ce précieux commerce qu'il doit de ne pas se laisser aller au désœuvrement, d'attacher à des problèmes précis, surtout à des problèmes de mathématiques et de physique, sa curiosité intellectuelle, t Je m'endormais et vous m'avez réveillé, » dira-t-il à Beeckman. Et il dédie à Beeckman, le 13 décembre 1618, son premier ouvrage, un Traité de musique dans lequel il explique la musique par un calcul de proportions.

Il quitte la Hollande en avril 1619. Au moment où allait commencer la guerre de Trente ans, il prend du service dans l'armée catholique du duc de Bavière. Alors se produit l'événement intellectuel le plus important de sa vie. * J'étais alors en Allemagne, racontet-il dans le Discours de la méthode, où 1 occasion des guerres qui n'y sont pas encore finies m'avait appelé, et comme je retournais du couronnement de l'empereur (1) vers l'armée, le commencement de l'hiver m'arrêta en un quartier où, ne trouvant aucune conversation qui me divertît, et n'ayant d'ailleurs, par bonheur, aucun soin ni passion qui me troublassent, je demeurais tout le jour enfermé seul dans un poêle (2), où j'avais tout loisir de m'entretenir de mes pensées •. Mais cet entretien avec ses pensées fut loin d'avoir le calme et la clarté froide que l'on présumerait par le simple récit qu'il nous en fait dans le Discours ; il s'accompagna au contraire d'un état d'excitation singulier et presque d'extase qu'il avait noté dans un opuscule aujourd'hui perdu, mais dont divers passages et le sens général nous ont été transmis : le

(!) Le couronnement de l'empereur Ferdinand II à Franc-

fO't.

(2) C'est-à-dire une chambro munie d'un xioéle.

10 novembre 1619, «'étant couché . tout remnli H'o thousiasme . quand il venait de . Hrf.l ^T^ ^ ®"' ments dune sLnce adSie . f euTÏÏf l^^" successivement trois songes nn'ii i„î - ^ """ sens d'un encouragement d'en ^al^^'''* .^*"* '« et à ses in ventions! et u" form" S l ^œuTu'n"''^ nnage à Nolre-Dame-de-Lorette 1p <=«„!f ? P^'** vénéré des catliolioues OnVt»u ^f/x^'"*»^* '« plus conception ? SansSte Vidée île "L™?"''"'^"^'' selle d'explication, dont les l^h!- . '"'' "'''^'"fourni le pVemier troe m,U „,T '"''"''"''^ «^«'««t généralisation de k géométrieZr'"'"""'''"' ""''' '« d'union de l'algèbre cW 3 ,i- ^Y "°. °.''"^«'"' ««de

métrie analy^, o; réLtfonÏtf r'r ^' '' ^'^ la nature à la géométrie //!., '"''' '"™«« '^^

lement pour lui un biau rôte "î, '''.' " ''*" P^'' «««découvertes détermE" et d« h? "?='='"»?«?"«« de

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parti sur les questions qid Tvi'sent it/'''! "■" u """'^ phiques. Il ne' se contente pas au rel^.l'' L^-''^' Avant de quitter le métier des arme,» î -f '•"''*'''''"bataille de la Monta:,ne Bland^ où'Jlt ,*'"l'^ ^ '"

rç^auté éphé.„ére cet^Hecteur pLltédlfT dttr Mlle, la princesse Elisabeth rfpv»it aJ ''^f"«"<:,clontla

disciple et l'amie du philosonre^V^ "''"''' """" '" Sûr. La période de prSS m m^ re" Z T' ''^° celte époque, non pourtant ce" dTe.cu sfôrv''''

travers 1 Allemagne du Nord et la Ilollan.lp r„ pour aller en Hollande il tr-iv„^Li """""de. Comme qu'il a loué, il entend Vi m„ • '"*'" '^ "" i""eau

JouilleretJe :; er i le^u U^rr'""^' "' '« "'• son épée, les menace s ils font ^ moLlr'''"'' "^^ ▼ers lui, et seul contre enxl\XS^ mouvement son courage, les fait ^enTc^'^n^l'ar "'''"'"•' Ilestde.etourenF..a„eeenfévi.ierr6letil,reste

DESCARTES

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jusque vers septembre 1623. Il revoit safamille, règle diverses affaires, entre en possession de certains de ses biens, étant ainsi, comme il Ta dit, dans une condition qui, grâce à Dieu, ne l'oblige pas à faire un métier de la science pour le soulagement de sa fortune. Il part ensuite pour de nouveaux voyages, cette fois en Suisse et en Italie ; à Venise, il assiste le 16 mai 1624 à la fcîte annuelle des épousailles du doge avec TAdriatique; il accomplit ensuite pieusement son pèlerinage de Notre-Dame-de-Lorette ; il s'arrange de façon à être à Rome pour le jubilé d'Urbain VIII. Il rentre en France par les Alpes et par Lyon, et il va de là à ChAtellerault. 11 rencontre une occasion de devenir lieutenant général dans cette dernière ville; mais le prix de la charge l'effraye, et il y renonce. N'aimait-il pas mieux au reste garder le moyen de vivre et d'étudier à sa guise ?

Pendant les trois années 1626, 1627, 1628, sauf quelques petits voyages, il vit à Paris. 11 n'y dédaigne point les divertissements auxquels s'adonnent les personnes de qualité ; il se plaît au jeu comme s'y plaisent beaucoup d'autres honnêtes gens, comme s'y plaira aussi Pascal ; il réussit surtout aux jeux qui dépendent plus des combinaisons que du hasard. 11 lit des romans comme VAmadis ; il a un duel dont il sort vainqueur^ et en faisant de sa victoire un acte de générosité romanesque. Mais à certaines heures il échappe à ses relations, disparaît pour quelque temps et se confine dans une sorte de retraite intellectuelle. 11 entre aussi dans le monde des savants où son génie est déjà reconnu et admiré. Dans une réunion qui a lieu chez le nonce du Pape, au mois de novembre 1628, un certain Chandoux parle de la façon dont il conviendrait de réformer la philosophie, et les auditeurs l'approuvent vivement, sauf l'un d'eux, qui est Descartes. Le cardinal de Bérulle, le fondateur de l'Oratoire, qui est également présent, invite Descartes à s'expliquer, et Descartes montre que la réforme proposée par

Chandoux est tout à fait insuffisante et vaine, qu'elle laisse subsister toutes les difficultés et toutes les obscurités de la scolastique, et il affirme qu'il est possible d'établir dans la philosophie des principes plus clairs et plus certains par lesquels on rendrait raison de tous les effets de la nature. Le cardinal de Bérulle devine toute la portée de ces déclarations ; il y revient dans un entretien particulier qu'il a quelques jours après avec Descartes; et il lui fait une obligation de conscience d'employer à la réforme de la pliilosophie la force et la pénétration d'esprit que Dieu lui a données en partage. Descartes n'avait pas à se faire prier pour suivre ce conseil; dès ce moment il était prêt à composer sa métaphysique, et ce ne devait être plus pour lui que l'occupation de quelques mois : il était mémo prêt à composer sa physique, et ce devait être ensuite pour lui Toccupation de deux ou trois ans.

Biais, pour pouvoir publier quelque chose de ses pensées, il avait besoin de se soustraire à ces obligations de société qui, en France et à Paris, lui prenaient beaucoup trop de son temps; il se retira donc en Hollande, un pays, écrivait-il d'Amsterdam à Balzac, où la salubrité du climat fait qu'on ne court pas le risque des fièvres, où il y aune bonne police pour garantir la sûreté de chacun, où enfin l'esprit de négoce des ha})itants les détourne d*empiéter sur la liberté laborieuse (les hommes d'étude, t Je me vais promener tous les jours parmi la confusion d'un grand peuple, avec autant de liberté et de repos que vous sauriez faire dans vos allées, et je n'y considère pas autrement les hommes que j'y vois, que je ferais les arbres qui se rencontrent en vos forêts ou les animaux qui y paissent. Le bruit même de leurs tracas n'interrompt pas plus mes rêveries que ferait celui de (juclque ruisseau. . Quel autre lieu pourrait-on choisir au reste du monde,

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OÙ toutes les commodités de la vie et toutes les curiosités qui peuvent être souhaitées soient si faciles à trouver qu'en celui-ci? Quel autre pays où l'on puisse jouir d'une liberté si entière? » (I, p. 203-204 ) Sauf de rares absences, il séjourna ainsi en Hollande près de vingt ans, changeant d'ailleurs assez fréquemment de résidence soit pour dépister les importuns, soit pour suivre de plus près certains événements intellectuels cui l'intéressaient.

Cependant il était venu chercher la tranquillité pour son esprit, non l'isolement. Il était gentilhomme, et il ne l'oubliait point. Il fréquentait volontiers certains personnages de la cour, et il ne négligeait pas de faire visite aux ambassadeurs de France. Mais c'était naturellement avec les hommes d'étude et de science qu'il était en relation. Il avait retrouvé Isaac Beeckman, et, malgré une grosse brouille qui éclata un moment entre eux, il eut avec lui des liens d'amitié très solides. Il connut Constantin Huyghens le père et sa famille, qui l'accueillaient sans doute volontiers dans une maison de campagne, proche de La Haye, où nous savons que Ton jouait aux quilles et qu'à la saison on s'offrait une collation de cerises; il s'intéressait tout particulièrement au second fils Christian, celui qui devait être le grand Huyghens. De plus il correspondait directement ou indirectement avec toute l'Europe savante sur les questions de science et de philosophie : surtout indirectement par les soins du plus officieux et du plus zélé des intermédiaires, le P. Mersenne, de l'ordre des Minimes, qui avait été quelques années avant lui élève du collège de La Flèche et qui par la variété extrême de ses connaissances et un don particulier de sociabilité intellectuelle s'était fait < le centre de tous les gens de lettres » . Mersenne reçut le surnom mérité de t résident de M» Descartes à Paris ». Au fait, il servait avec prédilection la cause de Descartes, non seulement en l'excitant à des inventions nouvelles, mais en lui fournissant toutes les indications qui lui permettaient

de se défendre contre ses adversaires et de s*assurer la prééminence sur ses rivaux.

Pendant les neuf premiers mois de son séjour en Hollande, Descartes composa donc un • petit traité de Métaphysique », sans songer à le publier immédiatement. Peu après il entreprenait d'établir l'ensemble de sa Physique dans un ouvrage qu'il eût intitulé : Traité de la iumière. Dans le courant de i633, il avait annoncé à Mersenne qu'il le lui soumettrait sans faute vers la fm de l'année, quand il apprit la condamnation de Galilée. Cette condamnation devait être due, pensa-t-il aussitôt, à la thèse, soutenue par Galilée, du mouvement de la terre : or cette thèse avait une telle place dans son propre système de physique que, si elle était fausse, c'était son système qui était faux, et elle ne pouvait se laisser détacher du système sans le rendre complètement défectueux, t Mais, ajoutait-il dans sa lettre à Mersenne, comme je ne voudrais pour rien du monde qu*il sortît de moi un discours, où il se trouvât le moindre mot qui fût désapprouvé de l'Église, aussi aimé-je mieux le supprimer, que de le faire paraître estropié. Je n'ai jamais eu l'humeur portée à faire des livres, et si je ne m'étais engagé de promesse envers vous, et quelques autres de nos amis, afin que le désir de vous tenir parole m'obligeât d'autant plus à étudier, je n*en fusse jamais venu à bout... II y a déjà tant d'opinions en philosophie qui ont de l'apparence, et qui peuvent être soutenues en dispute, que si les miennes n'ont rien de plus certain et ne peuvent tHre approuvées sans controverse, je ne les veux jamais publier ». (I, p. 271.) 11 renonça en efi'et à publier son Traité à la fois par amour de la tranquillité et par esprit de soumission à l'autorité de l'Église. Bossuet lui-mOme a jugé qu'en la circonstance il avait poussé cet esprit de soumission trop loin : t M. Descartes a toujours craint d'être noté par l'Église, dit-il dans une de ses lettres, et on lui voit prendre sur cela des précautions qui allaient jusqu'à l'excès ■.

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Certes, par le sommaire que Descartes en a donné dans le Discours de la Méthode, comme par l'exposé plus détaillé qu'il en a fait dans les Principes de la phi/oso/Jue de 1644, l'on put bien savoir quels étaient les principes et quelles étaient les théories essentielles de sa Physique, et nous avons de plus, comme publication posthume, un traité du Monde qui est une partie ou une première rédaction incomplète de son grand ouvrage mais l'ouvrage, tel qu'il devait être à la veille de son apparition, est perdu pour nous, et il fut surtout p^rdu pour les contemporains qui ne connurent ainsi la pensée de Descartes qu'imparfaitement et que de biais.

Descartes s'était résolu après la condamnation de Galilée, non seulement à ne pas publier sa Phij.nque, mais à ne rien publier du tout. l*ourtant les espérances qu'avaient fondées sur lui ses amis, et qui semblaient lui rappeler autant d'engagements, alfaiblirent cette résolution. Il finit par se décider, non point à olfrir d'ensemble toute sa philo.«ophie et toutes ses découvertes et explications scientifiques, mais à en [)résenter comme des spécimens qui pussent assez vivement intéresser les lecteurs pour leur faire souhaiter une publication plus complète. De là louvrage qu'il donna en 1637 sous le litre : Discours de la Mclhode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences. Plus la Dioplrique, les Mttcores et la Géométrie, qui sont des essais de cette Méthode. Aux grandes nouveautés du fond de l'ouvrage s'adjoignait une grande nouveauté de forme : ce Discours ou Traité était écrit en français, contrairement à l'usage qui imposait le latin comme langue de la philosophie et de la science; et cela môme, semble-t-il, achevait de rendre plus pressant et plus direct l'appel à la commune raison humaine i)ar lequel l'ouvrage débutait. Dans ce livre, disait Descartes, t j'ai voulu que les femmes mêmes

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pussent entendre quelque chose, et cependant que les plus subtils trouvassent aussi assez de matière pour occuper leur attention ». (I, p. 500.)

Pour les philosophes d^école, qui regardaient sans doute cette façon de se rendre accessible comme attentatoire aux convenances de leur profession, ce fut un motif de ne point s'expliquer sur le livre ou peut-être même de ne point le lire. Car le Discours proprement dit suscita peu de remarques ou d'objections : en revanche, les essais scientifiques qui l'accompagnaient et dont il n'était, à dire vrai, que la préface, provoquèrent nombre de demandes d'éclaircissements et des controverses passionnées : Descartes eut en particulier de vives discussions à soutenir avec deux grands mathématiciens, Fermât et Roberval. Quand il fut dégagé de ces polémiques, il songea, vers la fin de iC39, à présenter sous une forme définitive le * petit traité de métaphysique . qu'il avait ébauché dix ans plus tôt. Il donna à son ouvrage, écrit cette fois en latin et publié en i64i, le titre de Méditations sur la philosophie première dans laquelle sont démontrées l'existence de Dieu et Vimmortalité de Vâme; il le faisait précéder d'une lettre au Doyen et aux Docteurs de Sorbonne, sous la protection de qui il mettait sa philosophie. Avant de le donner à l'impression, il avait communiqué son manuscrit à divers philosophes et théologiens, à cette condition que ceux-ci consigneraient leurs objections et que lui-même aurait le droit de les publier avec ses réponses : les principales de ces objections, qui lui fournirent en elfet des occasions assez nombreuses de défendre ou d'expliquer sa pensée, étaient de Hobbes d'Arnauld, de Gassendi. '

C'était à un tout autre genre d'opposition qu'il avait eu à faire face en Hollande même : sa philosophie s*y était rapidement propagée et avait notamment rencontré parmi les professeurs de TUniversité d'Utrecht de zélés partisans. L'un d'eux, Le Roy (en latin Regius), ne perdait pas une occasion de s'en prendre à la

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philosophie d'Aristote et de glorifier celle de Descartes. Tant et si bien que le doyen de l'Université, le pasteur Voët (en latin Voetius), homme aux convictions farouches et à l'humeur violente, obligea d'abord Regius à s'effacer, sinon à se soumettre, et puis s'en prit à Descartes qu'il accusa dans des thèses, dans des livres, enfin en justice, laissant entendre qu'il n'était ni plus ni moins athée que le philosophe Vanini qui avait été brûlé à Toulouse. Cité à comparaître devant les magistrats d'Utrecht, menacé d'expulsion, d'amende et de la suppression de ses livres, Descartes ne se tira d'affaire que grâce à l'intervention, qu'il sollicita, de l'ambassade de France : le prince d'Orange fit arrêter la procédure en cours. Descartes cependant n'en avait pas fini avec les incriminations des théologiens protestants. A l'Université de Leyde, il comptait également des partisans très chauds dont les déclarations publiques en sa faveur provoquaient par réaction des attaques contre lui : il fut accusé d'être pélagien et blasphémateur; l'accusation, ici encore, pouvait avoir des suites graves. Une nouvelle intervention du genre de la précédente en arrêta les effets sans imposer cependant aux accusateurs la rétractation que Descaries eût souhaitée. Les Curateurs et les Consuls de Leyde enjoignirent aux professeurs de ne plus parler ni pour ni contre Descartes, et ils demandèrent à Descartes de ne plus traiter des questions qui avaient soulevé des griefs contre lui. Vers le même temps Descartes avait à se défendre en France contre un jésuite, le P. Bourdin, qui avait attaqué d'abord sa Physique, puis sa Métaphysique; il tenait d'autant plus à ce que sa défense parût décisive qu'il avait toujours ardemment désiré, pour la diffusion de ses doctrines, la protection et la faveur de la Compagnie de Jésus.

Ce fut pour présenter sa philosophie sous une forme plus didactique et pour compléter l'exposé de ses Méditations par ce qu'il croyait pouvoir donner de sa Physique qu'il écrivit en latin et qu'il publia en 1644

"• l'FGUBES ET DOCTRINES DE PHILOSOPHES

problèmes tZi^ZTsZTT ""^ ^''^"'«^ ^^e, sortait bien. c'était'^ï.positïdiT'^f "I"' ^° '««- Telle, surtout pour ce îurcoôcertu rf ''?'°P'''^ "°"nature, à la nhilo^nnhii . ^°"*^^'^'""" explication de la

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variété de ses taints et de to"-""-" "'^ ''*""''^'"« Descartes excédait! 2 mesure en^Tr- ^ ^''""> sa dédicace que personne nel'avai *"*'"*"' ^'"^ qu'elle, et que peu de savl = "■"'" '=<""P'is

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goût délicat des lettres et des arts; l'un de ses frères, Charles-Louis, d'une haute culture intellectuelle, devait plus tard, comme électeur palatin, essayer d'attirer Spinoza à Heidelberg; sa sœur la plus jeune, la future électrice de Hanovre, devait être en correspondance avec Leibniz. Cependant elle partageait avec sa famille le souci de bien d'autres choses que les choses de l'esprit. Appartenant par sa mère à cette maison des Stuarts qui, au seizième et au dix-seplième siècles, connut toutes les extrémités de la fortune humaine, elle ne put soustraire sa vie à la tragique atteinte des événements politiques et m(5me d'événements plus intimes. Elle tâcha du moins d'en préserver le sentiment, qu'elle avait très vif et très fort, de sa dignité et de son indépendance personnelle. Plus capable d'ailleurs de s'opposer au sort contraire que de s'y résigner elle alliait à sa fermeté de caractère et à l'énergie de sa foi protestante une sensibilité inquiète, facilement endolorie. Après s'être adressée à Descartes comme au maître quaUfié pour lever les incertitudes et les difficultés que paraît laisser subsister sa doctrine, voilà qu'elle est bientôt gagnée par l'empressement généreux de ses réponses, et elle finit par lui faire la confidence de ses misères physiques et morales. Elle a une fièvre lente et une toux sèche : elle est convaincue que ses médecins se rendent mal compte de son état; elle en appelle à Descartes qui lui envoie aussitôt des explications et des conseils. Elle avoue souffrir d'un mal plus profond encore, la mélancolie; elle dénonce son impuissance à dominer ses sentiments à l'heure où ils l'affectent, et à se tenir hors des sujets qui peuvent la déprimer. Et Descartes qui, après s'être institué son médecin, B'institue de plus en plus son directeur spirituel. lui expose en mille façons, invoquant tour à tour des raisons philosophiques et son expérience propre, la nécessité et les moyens de prendre toujours les choses du biais qui peut les rendre le plus agréables et de faire dépendre de soi seul son principal contentement.

Il ajoute que la joie intérieure a quelque secrète force pour rendre la fortune plus favorable. Il donne à ce propos une mterprétation très fme. sinon rigoureuse!

^ocrate . la conviction de voir réussir tout ce mi'il entreprenait dans un sentiment d'allégresse et de liberté intérieure, voilà, au dire de Descartes, ce que signifiait pour Socrate l'indication de son génie

Cependant comme Descartes sait que l'âme d'Élisabeth est particulièrement accessible aux principes bien raisonnes, il rattache ses maximes de condu e à un

r-use. G es le développement de ce commentaire en une série de lettres qui nous renseigne le mieux sur cl quon peut appeler la morale de Descartes. Elisabeth est loin da, leurs de se rendre toujours à la doctSe de son maître et ami; elle discute, elle propose "es

c'eSetsé nar IT 'n "î'"^'''" ^claircifsem'entl c est presse par ses réflexions que Descartes se décirlA

à écrire son IVaUé des passions, étude aussf indS sable a la morale que peut l'être à la physique l'éLd^ des perceptions de nos sens. ^^ """*

L'amitié de Descartes pour Elisabeth se trouv/. Hnn» être profitable à la philosophie même mais hors Se cette considération on ne saurait trop red re à m,.î point elle fut attentive, dévouée, biL2 "nte g maintint pour un temps dans l'équilibre une intelï! gence mobile qu devait pencher'ensuite. sous 1' nfluence d'Anna Schurmann.des Labadisles, et desoûakers d'Angleterre, vers un mysticisme plus ou m£ singulier; elle rattacha à des objets sérieux Z^nZ Uon une vie désemparée qui devait flnalement!aE bien des secousses, aller se fixer dans l'abbave d Tt ford. Tant qu'Elisabeth fut en rapport avec D^es.^ es el e se sentit plus forte, plus capable de repreSS

,', , J r '^r '««'•«^' l"i écrivait-elle, meserventS jours d antidote contre la mélancolie .. . Vous mW. montré les moyens de vivre plus heureusement ^ue Je

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ne faisais » . t Je vois que les charmes de la vie solitaire ne vous ôtent point les vertus requises à la société » . Et elle rendait l'hommage le plus reconnaissant aux t bontés généreuses » qu'il lui montrait.

Au surplus, Descartes n'était point fâché d'avoir pour disciples des femmes de haute intelligence. Il leur trouvait moins de préjuges qu'aux hommes, un esprit plus ouvert, plus naturel, plus heureusement docile : avantages encore plus appréciables à ses yeux quand ils se montraient chez des personnes de grande naissance qui pouvaient ainsi donner crédit à sa philosophie. Ce fut sans doute une des raisons qui le décidèrent à se rendre à la cour de Suède, sur l'invitation pressante de la reine Christine. Auparavant il avait refusé un établissement en Angleterre; et, attiré un instant en France par la promesse d'une pension royale, il n'avait pas trouvé, au moment de la Fronde, l'heure bonne pour se réinstaller dans son pays.

L'ambassadeur de France auprès de la reine de Suède, Chanut, qui était son ami, crut servir à la fois les intérêts français et les intérêts du philosophe en éveillant chez Christine la curiosité de la doctrine cartésienne et le désir d'avoir auprès d'dlle la personne qui pouvait le mieux la lui expliquer. Les premières avances de Chanut séduisirent Descartes; la lenteur des négociations lui permit de réfléchir et le rendit plus hésitant. Il écrivait de Hollande : c J'avoue qu'un homme qui est né dans les jardins de la Touraine et qui est maintenant en une terre où, s'il n'y a pas tant de miel qu'en celle que Dieu avait promise aux Israélites, il est croyable qu'il y a plus de lait, ne peut pas si facilement se résoudre à la quitter pour vivre au pays des ours, entre des rochers et des glaces ». (V, p. 349.) Il résista même à une mise en demeure un peu brusque. Pourtant il finit par se décider; il partit le l"sep-

m FIGURES ET DOCTBINKS DE PHILOSOPHES

tembre 1619 Peut-être en répondant à l'apnel de Chrislme avait-i songé encore àlilisabelh. e Saiuî

appliquée non seulement aux choses de l^po Lue é aux problèmes de la diplomatie européenne maU encore aux lettres et aux arts. Elle connais ait femZ ^menues écrivains de l'antiT.i.é; elle éfai moi"s .' fdit des questions scientifiaues r-f r.Kn^ u- Quoique Chanut et DescaAe^^L^.^LlS T&iTa simplicité de sa conduite et la saçesse de «n„? tè.e, ce nétaient point là chez eUe des dro^Ll" TnS Te '■ et 'uVLir '■'"'"^"^ ^-tasq"';;''^

à se réjouir d'être venu la trou Jel if^it «ttcr cS les grammairiens et les philolo-ues dP l» „I •

craignaient de voir les b^.esÏtC sîppLX p^ ia philosophie. I dut sp niî^n a a FP^^"*iees par

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habitudes et à son tempérament ■ c'est ^ ^in„ k

du matin qu'elle avait ffxé le Zme^fde se ^^ntS:

étran»pr« nn'ii nn„.:j- •. ouiu» ue médecins

eu an„ers qu il considérait comme des ennemis A., médecin allemand qui voulait le saigner Té^Z'J^ le «ang français, . disait-il. La lièvre s'accrutC5 mons se prirent. Il mourut le 11 février S' . T heures du matin anrps ..vn.v ,^ .' '^ *l"'"'"«

gieuse du pC'ué II df,t.T '^^ " ' f^^i^t'^nce reli- 'ois ans. " *^''" " P""« *8« J« cinquante-

i^a mi, ses rctes furent rapportés en France et

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ensevehs dans l'église Sainte-Geneviève (Saint-Étiennedu-Mont) : le P. Lallemand, chancelier de l'Université, devait prononcer son éloge funèbre; mais le cartésianisme était suspect; un ordre de la cour vint la veille interdire tout panégyrique.

Il y a dans cette vie de Descartes, si prématurément terminée, quelque chose de déconcertant pour ceux qui imaginent qu'une existence de philosophe doit être sans événements, sans accidents, toute fixée dans une attitude de réflexion intérieure. Descartes semble conduit par une humeur vagabonde qui l'empêche de : e satisfaire d aucune situation et d'être jamais à deiiieure. 11 voyage, il change d'occupation comme de résidence, et par moment il s'isole, comme s'il n'y avait plus de monde pour lui. Est-ce caprice de sa part et. comme on l'a prétendu, inquiétude quasi maladive? Psullement. Mais il ne faut pas oublier qu'en lui la curiosité des choses et des personnes est aussi vive que celle des idées, et que s'il ne paraît pas pouvoir s'attacher, c est qu'il tient avant tout à avoir la liberté de ses mouvements comme à garder celle de son esprit A sa vie errante comme à sa vie solitaire il impose cette règle de ne dépendre que de lui-même. Il juge cette maîtrise de soi également indispensable à l'exercice de sa raison et au contentement de son âme II se préoccupe jalousement qu'elle ne soit point troublée par les circonstances extérieures; de là son amour de la tranquillité qui l'incline parfois à une prudence excessive, mais qui n'est pas cependant assez fort pour le retenir de se défendre avec vigueur sur les points où il a cru bon de découvrir sa pensée II est naturellement d'allure franche et vive; il est impétueux et obstiné ; accommodant dans la discussion quand 11 a surtout à s'expliquer, il devient cassant et hautain lorsqu'il doit parer à des attaques qui semblent

le viser à fond ; derrière r<^crivain qui riposte, on devine plus d'une fois alors le gentilhomme qui, un peu nerveusement, caresse la garde de son épëe. 11 est soucieux de sa gloire, et il s*estime à son ptix, mais sans vanité mesquine. Lui-m<îme a écrit ; t Encore que la vanité qui fait qu'on a meilleure opinion de soi qu'on ne doit, soit un vice qui n'appartient qu'aux Ames faibles et basses, ce n'est pas à dire que les plus fortes et généreuses se doivent mépriser ; mais il se faut faire justice à soi-même, en reconnaissant ses perfections aussi bien que ses défauts; et si la bienséance empêche qu'on ne les publie, elle n'emp<îche pas pour cela qu'on ne les ressente ». (ÏV, p. 307.)

La foi qu'il a dans la valeur de son esprit fait qu'il ne le laisse jamais accaparer par son ouvrage. Il proteste contre l'idée que l'étude des questions scientifiques, surtout des questions philosophiques, soit une sorte de fonction permanente et sans trêve. Il y a des moments, dit-il, où € il se faut entièrement délivrer l'esprit de toutes sortes de méditations sérieuses touchant les sciences, et ne s'occuper qu'à imiter ceux qui en regardant la verdeur d'un bois, les couleurs d'une fleur, le vol d'un oiseau, et telles choses qui ne requièlenl aucune attention, se persuadent qu'ils ne pensent à rien. Ce qui n'est pas perdre le temps, mais le bien employer ». (IV, p. 220.) t Je puis dire avec vérité, déclare-t-il encore à Elisabeth, que la principale règle que j'ai toujours observée en mes études, et celle que je crois m'avoir le plus servi pour acquérir quelque connaissance, a été que je n*ai jamais employé que fort peu d'heures par jour aux pensées qui occupent l'imagination et fort peu d'heures par an à celles qui occupent l'entendement seul, et que j'ai donné tout le reste de mon temps au relâche des sens et au repos de resprit .. (ni, p. 692.)

Mais cet esprit qu'il laisse si longuement se détendre, quand il le ressaisit, c'est avec une extraordinaire fermeté, n en règle les démarches par un constant souci

Ai

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lis

de précision et d'ordre; il ne souffre rien qui, sous prétexte de l'exalter, le fasse dévier. II est méditatif sans être concentré. C'est-à-dire que sa méditation n'est point semblable à celle de son grand disciple Malebranche, qui s'accompagne aisément d'une sorte de lyrisme et comme de l'effusion d'un hymne intérieur; elle se poursuit dans la lumière uniforme d'idées exactement enchaînées une à une. La pensée de Descartes, c'est le type de la pensée classique, aux contours définis, aux lignes nettes, aux directions sûres, sans oscillation et sans fléchissement. Elle part du doute, ainsi que nous le verrons, mais elle n'en part point comme d'un état de crise sentimentale qui ferait ressortir des troubles et des aspirations de l'âme ; elle en part uniquement comme d'un état de critique préméditée qui doit lier à l'exclusion la plus radicale de tous les préjugés possibles l'affirmation la plus entière des conditions de la certitude intellectuelle. Au-dessus de toutes les façons spéciales de connaître et d'agir, elle élève donc la raison, « instrument universel » selon la forte expression du Discours de la Méthode (5* partie, VI, p. 57).

Et pour se communiquer elle revêt la forme qui lui convient parfaitement d'une clarté soutenue, d'une sobriété sans sécheresse, d'une politesse sans vains ornements, d'une solide plénitude. La phrase française de Descartes peut sembler parfois trop soumise au joug de la période latine : mais c'est pour le lien le plus rigoureux des idées qu'elle en accepte les articulations et les conjonctions. Elle n'est alourdie par là que pour ceux qui se bornent à la suivre de l'œil sans regarder de leur esprit le mouvement intérieur qui la déploie et la soulève; car elle a le mouvement qui vient non sans doute des sursauts rapides de la sensibilité, mais de l'aisance naturelle dans l'ordre des raisons. La hauteur de la pensée donne même parfois au style de Descartes un tour ironique et spirituel, mais qui n'est jamais amusement et jeu. Une certaine imagination ne

il6 FIGURES ET DOCTRINES DE PHILOSOPHE»

manque pas non plus, mais qui est toujours un effet, et jamais la cause du développement des idées. Descartes ne voit point ses idées sous forme dïraages; mais parfois il les convertit en images, en images précises, et qui les illustrent discrètement, sans éclat forcé. Voici, par exemple, ce qu'il écrit de ceux qui invoquent obstinément l'autorité d'Aristote : « Je m'assure que les plus passionnés de ceux qui suivent maintenant Aristote se croiraient heureux s'ils avaient autant de connaissance de la nature qu'il en a eu, encore même que ce fût à condition qu'ils n'en auraient jamais davantage. Ils sont comme le lierre, qui ne tend point à monter i»lus haut que les arbres qui le soutiennent, et même souvent qui redescend après qu'il est parvenu jusqu'à leur faite •. (Disc, de la Mélh., 6» partie.) Et n'y a-t-il pas une éloquence saisissante, d'autant plus qu'elle est dépourvue de toute recherche, qu'elle naît simplement et directement de la pensée, dans cette page qui représente l'accroissement et le progrès de la science : t Je veux bien qu'on sache que le peu que j'ai appris jusques ici n'est presque rien en comparaison de ce que j'ignore et que je ne désespère pas de pouvoir apprendre : car c'est quasi le môme de ceux qui découvrent peu à peu la vérité dans les sciences, que de ceux qui, commençant à devenir riches, ont moins de peine à faire de grandes acquisitions, qu'ils n'ont eu auparavant, étant plus pauvres, à en faire de beaucoup moindres. Ou bien on peut les comparer aux chefs d'armée, dont les forces ont coutume de croître à proportion deleurs victoires, et qui ont besoin de plus de conduite pour se maintenir après la perte d'une bataille^ qu'ils n'ont, après Tavoir gagnée, à prendre des villes et des provinces. Car c'est véritablement donner des batailles que de tâcher à vaincre toutes les difficultés et les erreurs qui nous empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité ». (Ibid,)

Ainsi se traduit l'idée qu'a Descartes de la science. Ce doit être une science entièrement renouvelée dans

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sa méthode et ses principes, une science conquérante en môme temps que contemplative, qui tourne ses raisons claires en sûrs moyens d'action, de façon à f nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». Et ce doit être aussi une science dont chacun puisse par son intelligence éprouver la certitude, une science désormais sortie des écoles pour entrer franchement dans le « monde », dans le « siècle ».

Mais c'est la science seulement qu'il s'agit pour Descartes de séculariser, non la religion. Que Descartes ait été chrétien et catholique dans son for intérieur comme il l'était dans son attitude extérieure, rien n'autorise à en douter. Quand il proteste de sa soumission à l'autorité de l'Église, même l'excès de ses précautions ordinaires en faveur de sa tranquillité ne saurait rendre suspectes ni sa bonne foi, ni sa foi. Ce qui paraît plutôt, c'est qu'en lui l'esprit religieux ne s'alimente pas de réflexions spéciales ou renouvelées, et qu'il a déterminé une fois pour toutes son attitude. Ce n'est qu'accidentellement qu'il revêt une apparence de mysticisme ; il a plutôt le caractère d'une décision bien prise. Descartes n'a-t-il pas dit du reste que la croyance aux vérités révélées est un acte de la volonté? En tout cas, de son entreprise de rénovation intellectuelle il exclut décidément la religion; il la met à part, comme ayant une certitude d'une nature particulière qui ne saurait ni se comparer ni entrer en rapport avec la certitude scientique et philosophique. S'il la déclare indépendante de la philosophie, il la voudrait certainement indépendante de la théologie scolastique, tout autant que celle-ci prétend sauvegarder contre la physique nouvelle la physique aristotélicienne, abusivement rattachée à des paroles de l'Écriture Sainte. Pour son compte, il évite les controverses avec les théologiens ; il s'abstient, autant qu'il le peut,

as FIGURES ET DOCTRINES DE PHILOSOPHES

d'établir des points de contact entre sa philosophie et la théologie. Quand il ne peut s'empêcher de rencontrer certains dogmes qui paraissent avoir besoin des conceptions scolastiques pour s'exprimer, il montre que sa philosophie permet aussi de les énoncer sans les altérer. Mais dans l'ensemble il aime mieux réserver telle quelle l'autorité des vérités révélées en faisant appel à ridée, que sa philosophie consacre, de l'incompréhensibilité de la Puissance divine. C'est làdessus qu'il fonde la possibilité même de la révélation. Si les raisons de croire peuvent venir en quelque façon de la lumière naturelle, l'objet de la foi reste invinciblement obscur, et l'action de la grâce qui s'ajoute à la volonté pour déterminer son assentiment aux vérités surnaturelles reste proprement une action sans être une illumination. La religion et la philosophie restent donc en principe distinctes et irréductibles. Rien n'est surtout plus éloigné de Descartes que la conception, qui lui a été parfois prêtée, d'une religion philosophique et d'un christianisme rationalisé. Il admet fermement que l'ordre des vérités religieuses est en lui-même inaccessible à notre raison; il reconnaît en conséquence la part quont la tradition et l'autorité dans la croyance. Or, à ses yeux, elles n'en doivent avoir aucune dans la science et la philosophie.

De fait, ce qu'on a appelé la révolution cartésienne tient en principe dans cette règle qu'a formulée le Discours de la Méthode : t Ne recevoir aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle; c'est-à-dire éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute >. Mais il faut voir tout i(? sens que Descartes a donné à cette règle et les prin-

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cipes auxquels il l'a rattachée pour comprendre que de là ait pu venir une révolution, et laquelle.

Prise dans son acception la plus immédiate, cette règle signifie qu'en matière scientifique et philosophique l'esprit humain doit s'affranchir de toute autorité étrangère et ne se rendre qu'à l'évidence. Pour savoir si une proposition de philosophie ou de science est vraie ou non, il ne s'agit pas de savoir ce qu'en peut penser Aristote ou tel de ses disciples, mais si elle est ou non représentée à notre intelligence par des idées claires et distinctes, seules raisons décisives d'affirmer. Qu'il y eût^ au temps même de Descartes, une nécessité encore pressante de réclamer pour l'esprit ses droits naturels dans la recherche et la démonstration de la vérité, c'est ce dont témoigne bien le fragment d'un Traité du vide, composé par Pascal dix ans environ après le /)/scoMr5(/^/rtil/t'YWe? dans une inspiration toute cartésienne et qui débute ainsi : * Le respect que l'on porte à l'antiquité est aujourd'hui à tel point, dans les luatiores où il doit avoir moins de force, que l'on se fait des oracles de toutes ses pensées, et des mystères même de ses obscurités; que l'on ne peut plus avancer de nouveautés sans péril, et que le texte d'un auteur sulfit pour détruire les plus fortes raisons ». Mais il faut avouer que Descartes n'était pas le premier à protester contre l'autorité des anciens et de la scolastique et que sa formule avait surtout le mérite de condenser la signification d'une lutte engagée déjà par les hommes de la Renaissance et d'une victoire dès lors sur certains points assurée. La science traditionnelle, issue d'Aristote, avait dû céder déjà de bien des façons à l'esprit de libre examen, de démonstration rigoureuse et d'observation exacte qui animait la science nouvelle.

Et c'est sans doute cette science nouvelle que vient justifier la règle cartésienne. Mais celte science. Descartes, qui a contribué à l'agrandir et surtout à l'ordonner, ne l'a pas créée. Elle avait eu déjà jusque

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