‹ Figures et sites de BelgiqueChapitre 10 sur 27 · VI. — BIERGES. — WAVRE. — BASSE-WAVRE · texte numérisé non relu

VI. — BIERGES. — WAVRE. — BASSE-WAVRE

Jusqu'ici, nous n'avons pas quitté les routes parcourues par l' Empereur avec le gros de Parmée.Transportons-nous à présent du côté de Wavre où Blûcher s'était retiré avec son armée en déroute et où ses ruses et sa vaillance opiniâtres devaient immobiliser les troupes de Grouchy. Des hauteurs de Bierges la vue embrasse, du côté de Wavre, un merveilleux paysage brabançon. A Test, s'élève une colline arrondie, qu'un petit bois de sapins recouvre d'un haut tapis vert. Sur les flancs du monticule, les champs, dont la terre rouge vient d'être fraîchement retournée, sont découpés en carrés et en rectangles. Cette élévation s'appelle dans le pays V Tienne des Français c'est-à-dire la Montagne des Français. Devant nous, à une demi-lieue, miroitent sous le soleil de septembre les toits ardoisés de Wavre. Plus loin à gauche, Bossu, puis, dans l'axe de la ville, Basse- Wavre que surplombent à l'horizon des tertres mamelonnés d'une tonalité verdâtre extraordinairement ténue. La Dyle passe devant V Tienne des Français et roule des

eaux rapides vers Wavre. Sa belle vallée n'offre aucun aspect plus caractéristique.

Le fameux moulin de Bierges a conservé sa physionomie de i8i5. Il semble abriter derrière la Dyle ses grands bâtiments de ferme et sa grange immense. Des saules poussent à l'extérieur et laissent traîner leurs feuillages d'argent dans la rivière, autour du pont où Gérard, furieux des hésitations de Grouchy et pressentant la catastrophe, se plaçait à la tête de ses troupes, cherchant la mort, et recevait une balle en pleine poitrine...

Wavre même est placée dans un site délicieux, entourée d'un cercle de collines où les villages plantés sur les crêtes s'encadrent de sapinières, de rangées de peupliers, de vastes parterres de bruyères roses. L'hôtel de ville, avec sa façade jaune, et le monument en marbre allégorisant l'indépendance belge, n'offrent qu'un intérêt médiocre. Dans l'église, riche en belles boiseries du XVIII e siècle, mais badigeonnée d'une manière abominable, le sacristain me montre dans les piliers de grands trous produits par les boulets de l'artillerie française. Il me dit que je trouverai à Basse- Wavre un survivant des armées napoléoniennes. Ce renseignement me cause un véritable trouble. Quelle fortune inespérée! Je me rends à Basse- Wavre tout frémissant de joie. Je remarque à peine la drève ombreuse qui y mène, la jolie église et son clocher joyeusement tarabiscoté — je ne désire qu'une chose : trouver le nommé Van M.. , entendre de sa bouche le récits des combats gigantesques. Hélas! je me trouve devant un misérable déchet humain, un vieillard centenaire, sourd, aphone, qui ne comprend rien à à mes questions, bégaye avec peine quelques mots de wallon, et me regarde d'un œil sans vie. J'admire néan-

moins de confiance le soldat de la Grande Armée. Et comme je quitte cette pauvre ruine, sa fille, prenant enfin la parole, m'apprend que Van M... n'a pas servi dans les armées de Napoléon, que sa gloire est plus jeune, qu'il s'est battu contre les Hollandais, en i83o, pour conquérir l'indépendance de son pays...

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