UN POÈTE DES CHAMPS : OLIVIER DE SERRES
l'hiver, l'écureuil des bois qui casse et croque des faînes n'a pas de couleurs plus rousses que les siennes !
Toi, de même qu'un botaniste qui ferait son herbier, tu notes tout cela; et souvent, tandis que le raisin fermente dans le cellier, que les fruits mûrissent dans le fruitier, que les figues sèchent sur les claies, mon doux ménager, tu composes ton livre.
Il arrive aussi, par les soirs d'été, quand tout repose au Pradel endormi, au moment secret où d'autres se glissent au lit des servantes, que tu médites encore, plus ardent et plus inspiré. Tu te dresses alors de toute ta taille ; tu vas vers ton vieux bahut de noyer ; tu l'ouvres et prends les Géorgiques à l'endroit où Virgile fait chanter les abeilles. Alors près de toi, autour, de ton front et jusque dans ton cœur tout bourdonne, palpite et vit d'un bruit d'ailes. Dans ton rêve apparaît le monde de Dieu sous sa diaprure de fleurs et sa vêture de vert ; et les fontaines où pousse le cresson elles aussi bourdonnent, comme si leurs petites vagues étaient des abeilles et que leurs flots pressés fussent le miel des dieux ! De tant de bruits, de chants et de murmures, tu demeures un peu étourdi ; et c'est comme quand le dimanche, assis sur un banc de buis, sous un arceau de feuillage, en avant de ta porte, tu savoures dans un gobelet d'argent un petit cru clairet de cante-perdrix !
Olivier, l'olivier est ton arbre ! Son fruit est huileux, son feuillage argentin brille et frissonne au vent sur les coteaux du sud. Mais l'oranger, l'oranger à la suave odeur tel que tu le connus dans le parc de Heidelberg, le meurier blanc dont se nourrissent les bêtes à soie, et la vigne aussi sont tes arbres amis. La vigne ! Tu sais la tailler et l'ébourgeonner, la faire grimper, et bien l'exposer. ^ Les petits vins verdelets, dis-tu, sont plus propres
poiir l'été que l'hiver » ; mais tu conseilles, l'hiver, <> les muscats picquardants ».
C'est pourquoi, sur le Tond de ton petit Pradel en Vivarais, dans l'estampe ancienne que montre ton livre, je te vois à l'instant que tu tournes un peu la tête, debout, en habit de velours, l'olivier sur ton front, une grappe et des pampres à la main.