‹ Figures françaises et littérairesChapitre 13 sur 32 · MARGUERITE DES AMOURS · texte numérisé non relu

MARGUERITE DES AMOURS

C'est un amour Dont vous embellirez la terre,

C'est un amour A qui vous donnerez le jour.

(de Lattaignant. )

Dana cette galerie des « plus belles femmes », de celles qui par leur esprit et leur grâce donnèrent tant de lustre à notre nation, il y a bien des Marguerites : Marguerite d'Anjou, Marguerite de Provence. Plus tard, il y eut cellelà qu'on nomma Margot et qui fut épousée par le Vertgalant ; enfin, reine entre toutes, il y eut Marguerite de Navarre, la badine et la gaie, celle qui contait et rimait rondement, aimait de même, et qui fut nommée la Marguerite des Marguerites.

Mais la Marguerite dont je veux parler ici, encore qu'éclose au bouquetier français, n'était ni princesse ni reine ; elle ne portait pas de robe blasonnée, n'était pas -coiffée d'une huque à aigrette et ne marchait pas les pieds chaussés à la poulaine. Cependant, elle était fort accorte, et, bien que vêtue de pauvre futaine et l'épouse d'un boulanger, elle était la plus fine et fraîche femme qui fût digne de mettre au monde un poète. Et comme ce poète auquel elle donna naissance, le 30 octobre 1513, en sa bonne ville de Melun, ne fut rien moins que l'illustre et

savant Amyot, je vous laisse à penser si le sort, en la nommant de son nom de jeune fille Marguerite des Amours, avait bien ménagé une mère délicieuse au poète qui fit si bien parler les bergers et dialoguer d'amour les pâtres. Si je faisais le portrait de Marguerite des Amours et que j'entreprisse de la montrer devant vous couronnée d'un petit « chapel » de fleurs, cotillon simple et souliers plats, je voudrais — pour l'honorer à travers son fils — que ce fût avec ces mots si fins, ces expressions toutes coquettes et enjolivées, enfin toute cette charmante parure à l'aide desquels, plus tard, le petit chevrier d'écolier, devenu un grand auteur, traça à travers Héliodore et Longus, les images de la douce Chariclée et de Chloé la tendre. C'est-à-dire que pour portraiturer Marguerite des Amours, ses joues rondes et vermeilles, son front poli, ses yeux de l'éclat le plus doux, sa bouche toute pareille à un œillet ouvert, il me faudrait demander au vieux maître de me prêter son langage et ces vocables exquis, au tour folâtre, au moyen de quoi il peignit avec application les portraits de ces nymphes aimables courant sur les pas de Daphnis ou sur ceux de Théagène.

De la sorte, je ferais voir ses cheveux crespelés, son menton duveté comme pêche et son col ouvert caressé de ce « petit béat de zéphir » dont Amyot a parlé lui-même en nommant Chloé avec gentillesse. Et puis, ce que j'entendrais montrer encore, ce serait Marguerite des Amours occupée de son petit garçon avec autant de sollicitude et de tendresse que Daphnis l'était de ses chevreaux !

Le voilà donc ce petit levron, ce petit bouquin, ce petit biquet qu'elle porta amoureusement neuf mois dans son flanc et qui joue maintenant à casser des flûtes et piper les oiseaux durant que, dans le fournil du boulanger son père, on entend maître Amyot soufflant comme Vulcain

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