‹ Figures françaises et littérairesChapitre 29 sur 32 · MADAME DE SÉVIGNÉ A CHAULNES · texte numérisé non relu

MADAME DE SÉVIGNÉ A CHAULNES

installés dans la petite ville. Un marché s'était ouvert. Devant la statue de Lhomond, « professeur émérite au collège du Cardinal-Lemoine et grammairien », natif de Chaulnes, les fermiers des environs, jusqu'à la veille de la guerre dernière, venaient attacher leurs chevaux. La vie fastueuse, éblouissante et mouvementée de jadis s'éloignait peu à peu des mémoires, et ce n'était qu'à la Pentecôte, jour de la fête patronale, mais en ce jour seulement, que ceux qui se souvenaient pouvaient, par les traditions des aïeux, se rappeler, tout au moins de nom, le savant duc Michel-Ferdinand, sa comique, extravagante et funeste femme; mais, pour la duchesse précédente, amie de M°^® de Sévigné, il eût fallu remonter à des temps plus effacés, plus lointans encore.

Cependant , plus durable que le domaine et les bâtiments, que le château fastueux où tant d'hommes accueillants et spirituels, de femmes charmantes et originales vécurent dans le plaisir et l'amitié, il subsiste quand même le grand paysage ensemencé, cultivé, boisé, dominé de pentes et creusé de vallons, décrit dans les Lettres. Et voici, comme jadis, allant sur Péronne, cette belle Somme « faisant cent tours dans la prairie » dont aimait à parler M™® de Sévigné. Seuls, au milieu de tant d'espace, les hameaux demeurent silencieux; et seuls, dans les chemins creux, à travers les labours, les paysans picards, ces paysans au parler traînant et un peu sourd, dont le dialecte au « génie clair et méthodique *> enchantait Rivarol, continuent, comme si nul désastre ne s'était abattu sur ce beau coin de France, à mener au long des sillons leurs lents bœufs paisibles.

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