L HOMME ET LE MILIEU
Pour comprendre toutes les difficultés qu'ont rencontrées, dans le gouvernement du pays et la conduite de la guerre, les ministères Salandra et Boselli, il ne faut pas oublier que le Parlement est encore celui que le ministère précédent avait recruté et fait élire pour la défense de sa politique. La Chambre actuelle s'est ralliée à l'idée de la guerre et elle a donné de son patriotisme des témoignages trop nombreux et trop éclatants pour qu'il soit permis de suspecter la sincérité de ce ralliement, mais les influences et les traditions giolitiennesy sont toujours agissantes et vives, et produisent. à certains jours, un véritable malaise.
Bien qu'elle soit rentrée dans l'ombre après les journées de mai 1915, la personnalité de Giovanni Giolitti n'a point cessé d'être discutée dans l'Italie d'aujourd'hui; et elle est, en tous cas, l'une des figures les plus considérables de l'Italie d'hier.
Giovanni Giolitti est l'un de ceux qui ont réuni le plus grand nombre d'admirateurs et de fidèles; par contre, il est peut-être celui qui a rencontré les ennemis les plus acharnés et les plus féroces accusateurs. Et, tandis que ceux qui le louent ne peuvent s'empêcher de reconnaître les raisons qui motivent le blâme, ceux qui le blâment sont obligés de s'incliner devant des qualités
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assez fortes pour justifier l'élo^i^e. Il n'y a peut-être que M. Pfjlamen^hi Crispi ^ qui lui ait dén-é toute valeur. Mais son réquisitoire est viri^ par une haine personnelle et un Iro > évident désir d'assouvir une vengeance familiale. Au contra're, M. P^radeletto -, qui, cependant, ne Taime guère, reconnaît « sa capacité au travail, son expérience administrative, la clarté simplificatrice de son raisonnement » ; le fougueux syndicaliste napolitain, Arturo Labriola ^, dont l'esprit ardemment révolutionnaire poursuit de ses tiails l'ancic n Président du Conseil même quand celui-ci se rapproche <!e l'extrême gauche pour une politique favorable au prol'lariat, rend hommage à ses qualités aussi bien que B. King et T. Okey V observateurs plus impartiaux, parce qu'étrangers, fie la vie pubî'que italienne. Et c'est peut-être M. l^abriola qui explique le mieux cette psychologie politique quand il considère Giovanni Giolilti comme le représentant d'une classe nouvelle introduite dans le jeu des courants anciens de la collectivité nationale par le développement de l'iiidustrie et du commerce.
Cet homme, né en 18i:'2, n'estentré dans la vie politique que vers la quarantaine et son apparition correspond à un essor industriel remarquable de son pays natal. C'est à Mondovi, petite ville située sur les contreforts des Alpes Ligures, à une vingtaine de kilomètres de Turin, qu'il a vu le jour; c'est un fils du Pié-
1. Tommaso Palamexghi Crispî, Giovânnî Giolilti (avec des documents tirés des Archives de Francesco Crispi), iionie, Bibl. l'Universelle.
2. FuADEi.ETTo, La. fine cV un Parlâmenlo e ladiliatnra d'un ministro, Milano, Trêves, 1913.