Arturo Labriola, Sioria di Dieci Anni (1899-1909), Milan
4. BoLToN KiNG et T. Okey, L'îtàlia d'oggi. Traduction italienne, 3» éd., Laterza, Bari, 1910.
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moni, el le Piémo-it fut Pâine belliqiieu«ie de la jenne Italie. Un syllog-'sme sesiible s'amorcer ici, mais ses conclusions menliraient à ses prémisses. Giolilli n'a jamais été un belliqueux : tous ses biographes lui ont reproché de n'avoir participé à aucune des campa^-nes de la lib'M'Hlion nationale. En 1866. pas plus qu'en 1860, on ne le lrou\e dans les rang^s des défetiseuis de la patrie. On ne le voil pas davnnta^e parmi ceux qu'enfliimmaienl le-g^rands ; êves politiques. î! ne l'au évoquer à son î^uet ni le Piémont g-uerrier, ni le Piémont idéaliste. ( 'esl un tout autre Piémont — plus tard venu — qu'il représente : celui des fabriques, des usines, des manufactures.
Le développement industr'el de l'Italie septentrionale, et particulièrement de cetîe province élue qui a Turin pour capitale, était déjà très avancé avant 1887. Il le fut bien davanlaire quand survini la réaction protectionniste et que furent mis en vigueur les nouveaux tarifs : en frappant de droits élevés les produits manufacturés à leur enti'ée en Italie, le ç-ouvernemenl activait la marche de l'indu^^trie italienne. Avec quelle intensité, un chiiFre suffit à l'indiquer : pendant la première année d'application des tarifs nouveaux, les importations baiss rent de 400 millions. Autant à suppléer par la produjtion nationale, dir.i-t-on. Et autant de gagné pour elle, pour autant qu'une diminution de la consommation interne ne correspondît pas à l'augmentaiion des taxes ; cela n'arriva point en l'occurrence. Or la production nationale était la production septentrionale, piémontaise. Et ce qui profilait aux provinces du nord ruinait les province-^ du sud, qui vivaient de l'exportation de leurs produits agricoles et qui se virent aussitôt frappées par les tarifs de représailles des autres pays — de la France, notamment — sur les importations d« cette espèce.
32 FIGURES ÎTALIBNNES D'AtrJÔlîRD'flUÏ
Ce phénomène entraînait l'avènement d'une bourgeoisie nouvelle, née des affaires et vivant pour les affaires, riche de santé, de force et d'appétit, et qui se souvenait trop de ses humbles origines pour avoir, comme Tancienne bourgeoisie terrienne, très grande peur de la démocratie. Bolton King et Okey remarquent que (f les directeurs et les organisateurs des industries naissantes du nord sont souvent socialistes de sympathie ». Socialisme vague, sans doute, et qui serait mieux qualifié « d'incertaines tendances démocratiques ». Ces tendances, note avec justesse Arturo Labriola « étaient, ni plus, ni moins, Tafflux de la force naissante » de la nouvelle bourgeoisie septentrionale.
Giolitti s'est élevé au milieu de cette bourgeoisie : sens pratique, réalisme brutal, ténacité, il en a les qualités et les défauts. Et à ces défauts et ces qualités, il ajoute tous ceux que Ton peut acquérir dans les carrières bureaucratiques.
Car cet homme d'Etat est avant tout un fonctionnaire. Il le fut avec conscience, avec exactitude et fît dans les bureaux son apprentissage de ministre. La pratique sournoise de l'avancement, le jeu compliqué des recommandations, les combinaisons à longue échéance destinées à vaincre la routine des cadres, imprimèrent elles à sa vie des habitudes qu'il devait transporter dans le domaine du gouvernement ? Peutêtre. Et Ton pourrait trouver là l'explication de sa psychologie, si les habitudes de la politique italienne n'y suffisaient amplement. Ce serait, dans ce cas, la contrepartie des qualités qu'il y put acquérir, la précision, la compétence en matière économique et financière.
Que ce soit le fait de sa docilité, de ses aptitudes ou de son habileté, il est certain qu'il progressa rapide-
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ment clans la carrière. Sorti en 1869 du tribunal de Turin où il avait exercé les fonctions de Procureur du Roi, il entra au ministère des Finances. En 1870, il était chef de section, en 1873, chef de division, l'année suivante, inspecteur général et, en 1877, secrétaire à la Cour des Comptes.
Il quitta les bureaux pour entrer à la Chambre où l'envoyèrent les électeurs de Dronero, en Piémont, sous Tégide du vieux Depretis, qui, pendant près de onze ans exerça une dictature politique appuyée sur une coalition gauche-droite assez misérable et soutenue de tristes expédients gouvernementaux. On a dit que sa profonde connaissance des vices et des fragilités humaines tenait lieu, dans son système de gouvernement, de principes et de la vérité ^
Crispi succéda à Depretis, en 1887, et l'on put voir Giolitti se montrer très ministériel, organiser à Turin un banquet politique et donner au premier ministre l'occasion d'un discours programme retentissant. Il devait recueillir, l'année suivante, les fruits de son empressement. Magliani, ministre des finances, étant tombé sous les coups du député de Dronero, Crispi offrit à Giovanni Giolitti, en 18S9, le ministère du Trésor qui fut accepté d'enthousiasme. Voici comment Salvatore Barzilaï, journaliste en ce temps là, silhouettait alors dans Vlndependenle, le nouveau ministre :
« Giolitti, Piémontais pur sang, représente à la Chambre le Collège deCuneo. Ses électeurs n'ont pas, selon la légende, la réputation d'être des aigles de génie, mais lui, l'élu, a Tintelligence claire et ouverte.
C'est un homme de très haute stature ; moustachu, sans un poil de barbe, avec deux yeux petits et vifs, et