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profondes de divorce entre îa nation et ses représentants. F'aut-il ajouter à cela les contacts malsains du g-ouvernement avec la Banque et le monde des affaires? Us s'imposaient naturellement à un ministre qui était le protagoniste d'une classe née des atfaires et vivant pour elles.
Il y a peu de pays oià l'accusation de péculat ou de concussion ait été plus facilement lancée aux hommes du gouvernement qu'en Italie. Et s'il est vrai rju'elles sont loin de s'être toutes vérifiées, il est vrai aussi que plusieurs affaiies ont taché le banc des ministres italiens en ces vingt dernières années. On se souvient du procès Nasi, du suicide de Rosano. Se souvient on très exactement du scandale des Banques? 11 couvrit Giolitti de boue, en 1893.
Quand on relit les documents officiels relatifs à cette affaire ', et que Ton considère ensuite l'autorité dictatoriale que Giolitli conquit quelques années plus tard, on ne peut manquer d'être frappé d'un vif élonnement. On retire — non des libelles de ses ennemis, mais des rapports objectifs des commissif^ns parlementaires et de la Chambre d'accusation de la Coir d'Appel, — une série de convictions formelles : d'abord, qu'en 1892, Giolitti a gardé secrets les résultats d'une enquête prouvant que la Banque Romaine s'était rendue coupable de fabrication occulte de billets, de circulation clandestine, et que sa caisse présentait de graves déficits; qu'au lieu de sévir, le président du Conseil
1. Palamengtii Crispi a consacré la plus grande partie de son livre (déjà cité) à la documentation du scandale de la Banque Romaine. En dehors de ses commentaires, naturellement partiaux, on y trouve les sentences judiciaires et rapports parlementaires et la lettre de justification adressée par Giolitti en 1894 è ses électeurs de Dronero.
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s'est fait le complice de la Banque, en présentant un projet de loi pour la prorogation de son pouvoir d'émission et en élevant son directeur à la dignité sénatoriale ; qu'il a prélevé des fonds de la Banque — appartenant à tous — pour sa propagande électorale personnelle ; et enfin, qu'il a fait enlever, avec violation des scellés, une série de pièces compromettantes dans les locaux mêmes de la Banque Romaine. 11 s'est mal défendu de ces accusations et il n'a échappé au cours de la justice qu'en se retranchant derrière le privilège de l'immunité parlementaire ; une Chambre lassée de scandales, préoccupée par de tristes événements de politique extérieure ', et, du reste, encore un peu fidèle à celui qui, en 1892, l'avait fait élire, termina sans une parole d'absolution ou de justification — par un ordre du jour d'oubli, cette pénible et misérable affaire. La bourrasque de l'indignation renversa Giolitti de son fauteuil, le chassa de la Chambre et le força à chercher un refuge momentané en Allemagne oiî il rejoignit l'ingénieur Chiaraviglio, qui devait devenir son gendre.
Il faut noter ici qu'au plus amer de sa disgrâce, Giolitti ne perdit pas la confiance de ses électeurs qui le maintinrent à la Chambre. Sa position y fut naturellement difficile. Mais il manœuvra avec tant d'habileté qu'il sut reconquérir quelques amitiés. Cela ne suffit évidemment pas à expliquer qu'après une si absolue déchéance, un homme ait pu reconquérir une si complète puissance. 11 faut évoquer deux autres causes, dont l'une procède de l'interprétation même
1. Les revers de la campajiçne africaine. Séance du 12 décembre 1895. Sur la proposition du député Torraca, la Chambre « passa à l'ordre du jour >♦.
des scandales bancaires et l'autre des événements qui se sont placés entre le premier et le second ministère Giolitti.
L'afiaire de la Banque romaine n'était qu'un épisode. Plusieurs autres scandales éclatèrent à peu près à la même époque, dans le monde de la finance. Et, il apparut d'une façon plus ou moins claire que la Cour pouvait avoir quelques responsabilités dans ces scandales. L'opinion qu'ils compromettaient le roi Humbert se trouve sous la plume des écrivains les plus divers -— et des moins giolittiens. La Gazette de Parme — monarchiste, l'imprimait, en 1893. Golajanni, qui, en décembre 189*2, avait prononcé contre Giolitti sa catiiinaire dénonciatrice, y ajoute crédit, dans son livre ^^ et Arturo Labriola ledit en termes exprès^. Dès lors, Giolitti, couvrant des malversations financières dont la découverte eût menacé la Couronne et supprimant, même au prix d'un crime, des papiers compromettants pour la monarchie, apparaissait plus excusable^, sinon moins coupable. Ce fut l'argument que firent valoir ses amis.
Et d'autre part, Fllalie, entre 1895 et 1900, avait été labourée par des troubles intérieurs et meurtrie par des défaites militaires aussi cruelles pour son honneur que pour sa fortune. Le socialisme, grandissant au milieu de la pire situation économique, avait trouvé les ministres