RETOUR AU GOUVERNEMENT
Comment l'opinion allait- elle le recevoir? Les grands malheurs rendent indulgents. L'Italie avait eu de grands malheurs. El puis, on avait besoin de chefs libéraux, et où les trouver? La presse démocratique faisait éloge de Giolitti et la Bivfsta popolare, l'organe même de Golajanni, son dénonciateur de 1892, réclamait sa réhabilitation politique.
Le ministère Zanardelli-Giolitti inaugura une ère de libéralisme constilulionnel qui rendit les premières années du règne de Victor Emmanuel III aussi apaisantes et pleines de promesses que les dernières années du roi Humbert avaient été irritantes et sombres. La liberté d'ori^-anisalion des classes ouvrières, rindilîérence de TÉlat en présence des conflils du travail qui ne portaient point atteinte à Tordre public, furent les principales caractéristiques de cette politique Ces condescendances envers les partis extrêmes, outre qu'elles apportaient un calme dont la vie sociale avait grand besoin, diminuaient Topposilion socialiste aux budgets de la guerre. Celte habileté, ménagère des courants contradictoires qui traversaient le pays, ne fut pas la seule, et la façon dont fut réglé le conHit entre les « ferrovieri « et les compagnies exploitantes satisfit à la fois les conservateurs et les prolétaires.
La manœuvre de rapprochement des gauches eut ses pleins effv3ts en 1902, quand Giolitti, dans un discours sur la politique intérieure, donna à ses tendances dém )cra'Jques une expression plus vigoureuse et plus nette. Il ten lait ouvertement la main aux socialistes * .
Il proclamait les revendications ouvrières fatales et légitimes : « La condition où se trouvent les classes lab">rieuses, disait-il, exige qu'elles demandent des améliorations ». Et tout en proo'lammt que u le Gouvernement devait rester neutre dans les grèves », il laissait entendre que ses sympathies n étaient pas toutes pour les patrons : « Il n'est pas passible de repousser toujours les demandes des travailleurs. La pa ufication des classes est désirable, mais elle ne se produira que le jour oii les ouvriers se persuaderont