‹ Figures italiennes d'aujourd'huiChapitre 19 sur 58 · LE DICTATEUR · texte numérisé non relu

LE DICTATEUR

La constilution de son ministère présenJa quelques diffîcuités. Il s'était d'abord tourné vers les gauches; mais Turati ayant refds';, G o itli s'entoura brusquement d'hom nés de droite, tels qu'un Luzzatti et un Tittoni. Sa politique, cepen lant, u'? devint pas pour cela réactionnaire. Il prati:j;ia avec un art savant, le balancement, de gauche à dr>ite. On le vit favoriser les coopératives en leur accordanl des travaux publics,

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dans le même temps qu'il donnait la prévalence aux éléments protectionnistes dans les commissions d'étude pour les traités de commerce. Il réalisait bien ainsi le programme même de la bourgeoisie industrielle, partagée entre ses intérêts capitalistes et ses aspirations démocratiques.

Virement à droite plus prononcé en 1904. Les répressions sang'antes des troubles de Sicile ayant éveillé la solidarité des socialistes septentrionaux, une grève générale partie de Milan, gagna toute Pltalie. Le socialisme, cette fois, n'acclamait plus Giolitti. Il le huait et exigeait qu'il démissionnât. Giolitti se tint coi. Fidèle aux principes de non intervention affirmés en 1902, il resta sourd à toute suggestion de répression armée. La grève tomba d'elle-même ne laissant derrière elle qu'un grand malaise dont Giolitti profita pour s'engager à fond, sûr de la victoire, contre le socialisme. Les chambres furent dissoutes, les élections générales organiséescontre le mouvement révolutionnaire. Sur ces bases et dans une atmosphère tout électrisée encore par les souvenirs de la grève générale, les socialistes furent battus.

Giolitti ne devait point être aussi heureux chaque fois qu'une grosse difficulté se présenterait à lui. Seulement quand il n'en aperceviit pas la solution habile, il se dérobait à la solution brutale. C'est ainsi qu'en 1905, il démissionna pour n'avoir pas à affronter une grève des chemins de fer. Avec la majorité dont il disposait à la Chambre, il était certain de reprendre le pouvoir aussitôt qu'il le voudrait. Les ministères Fortis et Sonnino de 1905 et de 1906 n'étaient qu'une sorte d'intérimat auquel Giolitti mit fin à son heure — le 31 mai 1906.

11 se représenta devant les Chambres avec un nouveau

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programme de réformes sociales. Mais, plutôt qu'un ministère politique, il Ht un ministère d'afiaires qui eut pour but visible de reprendre sur la gauche Tascendant que les incidents de 1904 lui avaient fait perdre. Il se la concilia par des faveurs : faveurs aux employés et aux membres du personnel enseignant, faveurs sous forme de travaux publics aux coopératives ouvrières, faveurs par l'accession obligeante aux désirs privés des députés socialistes. Années longues et neutres, où la tapageuse conversion de la rente éclate dans la grisaille dissolvante de tout ce favoritisme. Ainsi, il asseyait chaque jour plus fortement et plus sournoisement sa dictature. Et celte dictature se résolvait en une sorte d'engounlissement de la vie politique. « Les dictatures ouvertement exercées peuvent susciter autour de soi, par affinité, d'autres énergies, qui les combattent. Les dictatures larvées, au contraire, ne peuvent qu'affaiblir et endormir » *.

En 1909, Giolitti se retirait de nouveau. L'intérimaire fut, cette fois, Luigi Luzzatti. Ce dernier présenta, en 1911, un projet de loi sur le sulfrage universel qui exigeait pour l'électorat un examen de lecture, Giolitti — encore qu'il eût combattu, en l9o4, une thèse toute semblable — présenta un projet plus large, accordant le droit de vote même aux analphabètes ; et, sur ce principe, renversa le gouvernement et reprit le pouvoir. Il fut, naturellement, appuyé par les gauches, notamment par Leonida Bissolati : « Sincère ou non, disait cc dernier, vous êtes l'instrument d'une idée qui nous convient ». Giolitti rêva de se concilier davantage le député de Crémone et lui offrit un portefeuille» qui fut refusé ^.

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