LUZZATTI ET L AMITIE FRANÇAISE
Lorsque j'arrivai à Rome, au printemps de 1915, Luz2atti avait, tout au moins dans les milieux où je fréquentais surtout, une assez mauvaise presse. On lui reprochait d'avoir jadis proclamé dans le Carrière délia Se'Si^ sa confiance dans le Kaiser, pour maintenir la paix. Accusation contre laquelle il a protesté ; mais u
grief véniel en tous cas; si l'erreur était lourde, beau- ^
coup d'hommes politiques notoires par toute l'Europe, ne l'ont-ils pas partagée ? L'habileté germanique n'avaitelle pas réussi à créer la légende d'une Allemagne pacifique et d'un Empereur n'attendant sa gloire que des œuvres de la paix ?
On lui reprochait des sympathies pour l'Allemagne, alors qu'il en avait cependant, dès le début de la guerre, condamné les procédés.
Au surplus, malgré ces reproches, la situation de Luzzatti restait tellement érainen'e qu'il y avait peu d'entreprises s'adressant à l'opinion publique qui ne recherchassent son patronage vénéré. Et parmi celles que l'actualité faisait éclore, la souscription ouverte pour aider au ravitaillement de la Belgique avait fait afficher, signé de son nom, un manifeste de grande allure généreuse. Cette initiative, à elle seule, m'obligeait à aller saluer rilius.re homme d'Etat. J'ai dit ailleurs ^ les choses aimables, exactement informées, et encourageantes qu il me confia au sujet de la Belgique et m'autorisa à répéter dans un journal.
C'était déjà prendre parti. Et d'autres hommes politiques, moins importants que lui, et que Ton remarque