Vice-présidents : Enrico Gorradini, Luigi Federzoni, etc
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tiques, noQ seulemsnt il se confrontait avec l'opinion publique et en recevait des indications, mais il aj^issait sur ses adversaires eux-mêmes, en rendant nécessaire une expression de dignité nationale. Quant à préciser un programme, l'avenir devait s'en charger, un Comité exécutif ayant été désigné et la création d'un organe ayant été décidée. Le premier numéro de VIdea Nazionale^ hebdomadaire, parut le 5 mars 1911.
L'instant était favorable et le nationalisme connut une prospérité rapide et extraordinaire. Cette année est celle de la question de Tripoli.
Quelle occasion magnifique pour répandre, à la faveur de l'actualité, toutes les idées favorites du parti : grandeur de la patrie, importance de la politique extérieure, nécessité de la guerre, devoir des races supérieures, colonisation, etc. La déclaration de guerre à la Turquie, décidée brusquement par le ministère Giolitti, était tellement dans la ligne indiquée par les nationalistes qu'elle fut attribuée à leur influence. Ce fut une période d'énergie et d'espoir, les jeunes gens s'enthousiasmèrent et pendant quelques mois, il parut que l'Italie tout entière était frémissante de la fièvre nationaliste. Les idées d'Enrico Corradini obtenaient ainsi un succès refusé à sa littérature et il fut actif et vaillant. Tr,)is livres : l'Ora di Tripoli, la Conquistadi Tripoli, Sopra le vie del JS'uovo Impero, lui suffirent à peine à exprimer toutes les réflexions que lui inspiraient les événements.
Mais à mesure que le parti nationaliste se trouvait amené à se prononcer, par VIdea Nazionale, sur les problèmes quotidiens, à mesure que se précisait sa doctrine, il s éloignait des sentiments dont s'était inspiré le Congrès de Florence. Scipione Sighele, qui avait été l'un des ouvriers de la première heure et qui devait
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finir par se détacher du parti peu de temps avant sa mort, en 1914, constate avec mélancolie (// nazionalismoe i partiti polilici^ p. 179) que « dès ses premiers numéros VIdea nazioii^le donna l'impression que la barque nationaliste virait résolument à droite. » On vit pâlir l'influence de Sighele qui voulait que « l'Italie fût plus forte surtout pour que l'injustice diminuât dans le monde » * et grandir celle d'Enrico Corradini qui définissait « le nationalisme, une doctrine par laquelle la nation devait être considérée comme un champ de récolte » ^.
Celle-ci s'affirma surtout au Congrès de Rome (décembre 1912).
M. Pietro Silva a retracé, dans la Bévue des Nations latines, 1917, p. 102 et suivantes, les étapes de cette évolution.
« Le programme du parti prenait des caractères plus précis, plus rigides. Il voyait prévaloir des tendances nettement antidémocratiques, dont le plus fort soutien était Coppola, qui même, un moment, commença une campagne antisémite, sur le modèle de celle de Léon Daudet dans V Action française. La conséquence du succès de cette tendance fut l'exode du parti de tous ses éléments démocratiques, qui avaient participé au début du mouvement. Ensuite, pour marquer toujours mieux le caractère conservateur du nationalisme, fut faite la campagne antimaçonnique de 1913, conduite avec une grande vigueur et dans le moment le plus opportun...
« D'autre part, le parti accentuait la lutte contre le socialisme, qu'il représentait comme une force de dis-
î. S. SiGHELE, Ultime Pagine Nazioniiliste,p. 16, Milan, 1912, 2. E. Corradini. Il valore d'Italia, p. 31, Naples, 1911.
solution, lutte conduite avec les mêmes méthodes que le socialisme avait employées tant de fois : manifestations dans les rues, meetings et, même, coups de bâton. Les conservateurs italiens ne pouvaient pas ne pas saluer avec reconnaissance et avec joie ces nationalistes qui savaient descendre sur les places et y disputer aux socialistes leur domination jusqu'alors incontestée.
« En politique étrangère, le parti nationaliste prenait résolument place dans le camp tripliciste. Il y avait eu dans la première époque de YIdea. Nazionale quelque incertitude à cet égard. Dans le journal, à côté d'articles de propagande pour Tripoli, il y avait des articles en faveur d un irrédentisme anti-autrichien. Dès que l'entreprise de Tripoli fut commencée, les incidents du Manouba et du Carihage éclatèrent, l'irrédentisme fut mis de côté. Le problème de l'expansion dans la Méditerranée en opposition avec la France devint prédominant. Les nationalistes firent de leur mieux pour envenimer les dissentiments italo-français. L'Afrique septentrionale ne suffisait plus ; on parla même de la Corse et de Nice ; le vieux cliché de la nation pourrie fut remis à neuf, soigneusement illustré, spécialement par Coppola et par Federzoni, pendant que la politique de Crispi était continuellement exaltée dans ce qu'elle avait de plus gallophobe. L'entreprise de Tripoli devait entraîner l'Italie à l'impérialisme méditerranéen, avec le soutien de ses alliés : cette théorie se trouvait expos'^e tout au long dans le livre de Corradini sur La voie de notre nouvel empire.
« Dans la politique économique, la lutte entre les courants libre-éohauî^iste et protectionniste finissait par le complet triomphe du dernier...
« Le caractère conservateur du nn tionalisme s'accentua ensuite peu à peu pour donner lieu à une campagne
pour une alliance avec le parti clérical ; les symptômes de ce rapprochement se montrèrent dans les élections de 1913, où les candidats nationalistes qui eng-ag^èrent la bataille avec grande ardeur, et réussirent à conquérir deux collèges dans la capitale, furent appuyés ioto corde parles cléricaux ^
« Toutes ces tendances dans la politique intérieure, dans la politique exérieure, dans la politique économique et électorale, trouvèrent leur sanction dans le retentissant Congrès nationaliste tenu à Milan, en mai 1914, et suivi avec beaucoup d'intérêt par le pays. Les résultats du Congrès furent remarquables. Le triomphe du protectionnisme et de l'alliance avec les cléricaux, s'il détermina le détachement des éléments libre-échangistes et libéraux, rapprocha du parti beaucoup de grands capitalistes intéressés au développement du protectionnisme, spécialement du protectionnisme métallurgique, et mit à la disposition de la politique électorale nationaliste des masses d'électeurs catholiques.
« On vit tout de suite les résultats de cette situation nouvelle. L'appui financier des gros capitalistes permit la transformation de VI !ea nazionale en un journal quotidien à grand format. Le parti fut ainsi mis en possession d'un arme très puissante. En même temps, un collège de Vénétie, celui de Marostica s'étant trouvé vacant, on eut un échantillon de ce que devait être désormais la politique électorale du nationalisme clérical. Corradini se présenta dans ce collège, parfaitement inconnu aux électeurs, en grande partie paysans cléricaux, mais imposé et soutenu par l'évêque,
1. Cinq députés sortirent vainqueurs des luttes acharnées de cette année ; à Rome, MM. Luigi Federzoni et Luigi Medici ; i Mirano, M. Pietro Foscari; à Pérouse, M. Romeo Gallenga, et A S. Angelo dei Lombardi, M. Caraillo Ruspoli.
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par le Vatican et par deux frères prêtres, les frères Scotlon, temporalistes intransigeants et austrophiles, dont Tun des deux après la déclaration de guerre de l'Italie à l'Autriche dut être éloigné de la Vénélie pour sa propagande, que les autorités militaires italiennes jugèrent suspecte. »