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L ECONOMIE POLITIQUE NATIONALISTE

Les indications qui précèdent ne seraient pas complètes si je nég^ligeais Tinfluence nationaliste parmi les économistes italiens.

Notons, tout d'abord, qu'il y a déjà, dans le domaine économique, plus que des théories. Il y a des réalisations. Le désir de far dase est très grand dans l'industrie et le commerce. Une réaction joyeuse contre l'emprise allemande emporte ies esprits jusqu'au rêve de se soustraire à toute influence étrang-ère. Le courant puissant qui entraîne le monde des affaires à donner un caractère national à toutes les activités productives, se heurte évidemment à de grands obstacles : l'absence des matières premières indispensables à toute industrie, la modicité des capitaux nationaux disponibles. Aussi peut-on craindre que cette ambition, quelque louable qu'en soit le principe, ne tourne à la xénophobie, au grand dam de la nation elle-même qui pendant longtemps encore ne pourra se passer des énergies, des compétences et des capitaux de l'étranger.

L'épanouissement nationaliste, favorisé et soutenu par quelques trusts industriels, nous offre, à cet égard, un spectacle qui peut justifier certaines appréhensions, mais ne manque point d'intérêt.

Tous ces économistes ont formé leur esprit à l'école allemande. Ils possèdent la même érudition, ils suivent les mêmes méthodes que les maîtres de la science germanique. Mais ils ont quelque chose de plus que ces derniers : l'agilité étonnante de leur pensée, la rapidité latine de conception ^.

1. Je dois les renseignements qui sont à la base de ces quelques pages à l'obligeance de l'Institut français de Milan.

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La plupart d'entre eux viennent du camp libéral et manchestérien. Le programme de leurs principaux représentants — Mario Alberti et Filippo Garli — dérive naturellement d'i programme politique du parti nationaliste ; la grandeur de Tltalie est leur unique but et ils estiment que c'est seulement en préconisant un accroissement toujours plus grand de la puissance industrielle du pays qu'ils se rapprocheront de ce but. Ils se rendent bien compte que le passé le plus lointain, où ritaiie n'existait pas comme pays d'industrie, aussi bien que le passé le plus proche, où le développement industriel n'était que l'indication d'une emprise allemande, sont pour eux de sérieuses entraves. Aussi leur plan de reconstruction sacrifie délibérément tout ce qui leur apparaît survivance d'histoire et s'appuye sur des bases entièrement nouvelles.

Les nationalistes sont les seuls économistes italiens qui aient écrit des œuvres de longue haleine et de caractère encyclopédique pendant cette guerre. Ils y ont apporté un solide esprit de rationalisme scientifique mis au service d'une constante préoccupation patriotique. Mario Alberti, notamment, dans VEconomia del Mondo prima, durante e dopo la Guerra, a tracé un tableau analytique de^ conditions économiques de l'Eirope qui a une s^rande v^ileur d'explication, surtout en C3 qui concerne les problèmes italiens.

Cette figure de Mario Alberti domine toute cette jeune école, non seulement par son ingéniosité de théoricien, mais par son sens positif de réalisation. Né dans les terres irrédentes, foyer le plus pur de nationalisme et d'it ilianité, il a dirigé à Trieste le Musée commercial, et consacré aux questions de la dislribution des richesses, du salaire ouvrier, de la cherté et des crises, des études remarquables. La guerre l'a amené à Milan

OÙ il ne tarda pas à prendre une place importante dans un mouvement essentiel à la libération économique de l'Italie.

On sait que la Banca Commerciale était, dans la péninsule, le plus puissant instrument de la pénétration allemande. Aussi, les jeunes énergies comprirentelles qu'il fallait tout d'abord le briser. Giovanni Preziosi, dans sa revue Ld Vlta Ilaliana engagea une lutte d'une violence inouïe contre la banque « dont le cerveau se trouvait à Berlin ». Wldea nazionale, par une série d'articles retentissants appuya cette campagne. On réclamait une rupture décisive avec le passé germanophile, l'épuration du Conseil d'administration, une direction nationale... Mais de radicales transformations étaient impossibles et Ton comprit qu'il était vain d'espérer utiliser pour des fins nationalistes un instrument employé d'abord à l'asservissement de la nation.

C'est alors que le Credito Ualiano accentua son action par la production d'une politique bancaire de grand style. Il noua de nombreuses relations internationales, s'assura le concours du capital anglais, créa un mouvement d'exportation de produits industriels italiens, et notamment d'automobiles vers la Russie et enfin, assura le refournissement de l'Italie en matières premières américaines.

Pour qu'une banque pût être efficacement un instrument d'échanges de production, pour qu'elle fût capable d'organiser la vie économique de la nation, il était nécessaire qu'elle fût dirigée par des hommes possédant de larges conceptions et des vues d'ensemble hardies. Mario Alberti fut de ceu^x-là. Il put faire prévaloir dans le Conseil d'administration du Credito italianOf une politique financière ordonnée d'après ses

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aperçus théoriques et joua l'un des rôles les plus importants dans rétablissement des rapports internationaux de cette banque.

Citons à côté de Mario Alberti, Filippo Garli, auteur de deux beaux livres : La richezza e la Guerra et L'ai- Ira Guerra. Lui aussi travailla à la rédemption industrielle qui, ainsi que le disait Barzilaï dans son discours de Naples, en 1915, doit confirmer la rédemption politique. Citons aussi l'ingénieur Pietro Lanino, dont les trois volumes sur La nuova Italia industrialeel les nombreuses conférences, nous apportent, plutôt que des aperçus théoriques, les conclusions pratiques d'un homme d'affaires.

Tous ces économistes, tous ces industriels sont protectionnistes. Du reste, après de brefs flottements, les programmes nationalistes consignés successivement dans les ordres du jour des Cor.grès, avaient également affiirmé des convictions nettement protectionnistes. Théoriciens et réalisateurs estiment, dans le parti nationaliste, qu'il est nécessaire que des mesures de faveur viennent aider certaines industries et leur permettent de se développer jusqu'au moment où les économies autonomes de chaque pays ayant atteint un certain degré de maturité, il sera possible de songer à fonder une économie internationale.

Ajoutons qu'un des objets de la propagande de Corradini a été la constitution d'une conscience de classe parmi les induistriels et le monde de la production. Il a cherché à leur indiquer leurs intérêts communs, la nécessité d'arrêter un programme industriel national, de s'organiser un véritable parti politique, ayant ses mandataires et ses journaux, à l'imitation des ouvriers ayant trouvé dans le parti socialiste leur conscience de classe et leurs défenseurs permanents. Non pas dans

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le but d'opposer stériiement classe à classe, mais dans le but de mieux permettre, dans le cadre de la nation, la discussion sincère et ouverte de tous les intérêts et leur harmonisation pour une énergie supérieure. Cette propagande semble avoir eu déjà quelque écho.

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