Veuve Samson, Rachel et Samson
f\. Comte de Chambrun, Quelques réflexions sur l'art dramatique, Rachel, p. 33.
parchemin entre ses dents, comme une tigresse tiendrait sa proie. Et c'étaient dans la salle des clameurs, des trépignements, du délire.
Le comte de Chambrun, qui raconte cela1, juge ainsi Rachel : « Elle l'ait peur et jamais ne fait pleurer. » « La passion, cette grâce, lui viendrait-elle ? » dit ironiquement Saint-Beuve (Correspondance avec Juste Olivier, i843). Par « passion » il faut entendre ici la douce sensibilité. C'est ce dont manquait le plus Rachel, au dire des contemporains. Analysez cet éloge qu'écrivait d'elle Mirecourt. Il n'y est fait allusion qu'à son don d'exaltation, à sa faculté de bouleverser et de terrifier :
Son plus admirable et son plus éclatant succès fut le rôle de Phèdre. A aucune époque, les annales dramatiques n'ont enregistré pareil triomphe. Du parterre au comble la salle frissonnait. La terreur, la passion, la frénésie de l'amour étaient excitées, rendues avec une vérité sinistre, une verve effrayante, une puissance à confondre. On n'applaudissait pas, on perdait en quelque sorte le sentiment de son être pour vivre la vie de la tragédienne ; on tressaillait avec toutes ses fibres, on palpitait de ses joies, on rugissait de ses colères. L'âme suspendue à son geste, à ses lèvres, le cœur bouleversé par son coupable amour, vous sentiez avec épouvante le crime vous saisir, l'inceste vous brûler le sang...
Terminons cette série d'appréciations par celle d'Alfred de Vigny :
Le talent est immense. Mais l'âme est-elle au niveau du talent ? La flamme ne passe pas de ses veines dans son accent. Elle ne ressent pas de ces réactions instantanées que connaissent seules les natures puissantes.
Quelle que fût sa manière, cette Gircé savait s'y prendre. Dès qu'elle eut conscience de son pouvoir, elle l'essaya plus spécialement sur les hommes en état de la faire parvenir. Le trottoir, avec ses rencontres mal-