D'Heylli, Rachel d'après sa correspondance, p
a. m M. de Mornv ne dédaignait pas, l'occasion l'y portant,
bâtard de reine. Un autre Napoléon s'offrait, qu'elle s'attacherait aisément, le mauvais sujet Jérôme. Plonjjlon, comme l'avaient surnommé les Parisiens, essayait alors son prestige d'Altesse dans les coulisses de la Comédie. Sa maîtresse attitrée, Judith, était en train de lui mûrir un fils. Rachel jugea l'occasion excellente et se substitua prestement à Judith embarrassée.
Elle garda Jérôme pendant deux années, les dernières qu'elle devait donner à la scène française. Sort peu enviable que la soumission à cette femme autoritaire, acariâtre, flétrie par un surmenage professionnel excessif et par quinze années d'héroïques débauches { ! La conscience de son déclin, les louanges prodiguées de toutes parts à la Ristori, la suppliciaient dans sa nervosité maladive. Le 8 juin i855, elle vint voir sa rivale dans Myrrha. L'acteur italien Ernesto Rossi, qui assistait à la représentation, l'aperçut cachée au fond d'une baignoire :
Après le troisième acte, conte-t-il, on la vit en proie à une colère convulsive, apparaître dans une loge d'avant-scène où se trouvait un prince du sang, dont la chronique louche fait son amant. Elle lui prit le bras et l'entraîna dehors.
Il y avait pour le prince Jérôme de bien difficiles moments.
L'affaiblissement de l'artiste et son humiliation enhardissaient contre elle les rancunes. Que d'ennemis elle s'était faits par sa hauteur, son égoïsme, sa versatilité ! Alexandre Dumas fut des plus cruels. Elle l'avait blessé
d'égarer son choix en des milieux plus bigarrés... Il fréquentait, avec une assiduité qui ne passait pas inaperçue, les coulisses et les foyers de la danse à l'Opéra... Plusieurs comédiennes du Théâtre-Français, comme Rébecca Félix et Rachel se flattèrent de posséder plus que son amitié. » (Fréd. Loliée, Le duc de Moimy, p. 247.)
1. « Il semble que cette existence, gouvernée par une sorte de tolérant régime du bon plaisir, ait satisfait tout le monde. » (A al. Thomson, la Vie sentimentale de Racliel, p. 97.)
deux fois, d'abord en dédaignant avec beaucoup d'impertinence ses déclarations d'amour, puis en échouant dans Mademoiselle de Belle-Isle, qu'elle cessa brusquement de jouer *. Il se vengeait d'elle sans pitié dans le Mousquetaire, en tourmentant sa jalousie.
Ah I Rachel, Rachel, lui disait-il, tâchez aux qualités que vous avez de joindre le quart des qualités que possède Mme Ristori et, belle Danaé, qu'alors la pluie d'or tombe sur vous, nous dirons : C'est justice. Et vous, statuaires, accourez donc, accourez donc, peintres, prenez tout ce qu'elle vous donne. Jamais pareil modèle ne posera pour vos tableaux et pour vos statues.
Et, faisant allusion au voyage en Amérique annoncé par la presse :
Qu'on nous laisse tranquilles avec les transes mortelles du départ de Mlle Rachel ! Que MUe Rachel parte, que Mlle Rachel reste, qu'on lui marchande ou qu'on ne lui marchande pas ses congés, qu'importe ? Comme Ingres à l'Exposition, elle a sa salle à elle, — la salle des morts, — qu'elle y reste !
Le méchant souhait fut réalisé. Les pérégrinations à travers le Nouveau Monde conduites par l'implacable Raphaël ne pouvaient que ruiner une santé délabrée. Il faut lire le récit de Beauvallet sur cette gigantesque et lamentable tournée -. Rachel s'y était décidée sans enthousiasme, et jusqu'au dernier instant, à la Gare du Nord, voire à l'embarcadère de Liverpool, elle fut sur le point de se dédire. Mais le fils Félix la tenait enchaînée par un traité d'airain 3. Il s'entendait supérieurement à
i. Legouvé eut le même traitement : elle abandonna tout à coup sa Médée, ce qui lui valut un long procès et l'obligation de paver des dommages et intérêts. Janin la malmena beaucoup dans les Débats. Mais Saint-Beuve allègue cette raison : « C'est affaire d'argent et de lit.» Correspondance avec Juste Olivier, 18 février i843.)