I. V VRAIE KVCHEI
poursuivre sa tâche, mais en vain. Le iei janvier i856. le personnel fut avisé qu'on le congédiait.
Elle demeura quelque temps encore à la Havane, puis s'en retourna en France. Après un séjour sur la Côte d'Azur, elle partit pour L'Egypte, y resta tout un hiver et n'en revint que pour s'aller fixer à Cannes. Elle s'y éteignit le 3 janvier i858.
Sarah, son aînée, avait pris soin que pour sa mort fût observé le vieux rite national. Rachel expirante mêla sa plainte aux psalmodies dont un chœur de Juifs miséreux, recrutés dans Nice et les environs, honora son agonie.
Les obsèques eurent lieu huit jours après à Paris. Au spectacle suprême donné par cette princesse de la rampe se pressait une avide cohue qu'enchantait le programme de la pompe exceptionnelle. On eût dit les funérailles d'un haut dignitaire de l'État. Des gardes municipaux montés précédaient le magnifique char, que traînaient six chevaux empanachés et caparaçonnés ; d'autres soldats formaient l'escorte. Sur le cercueil couvert, comme pour une vierge, d'étoffe blanche et étoilée d'argent, on avait disposé trois couronnes, une en laurier, une en cyprès, une en or. A la suite du convoi s'allongeait une file de plus de six cents voitures. Alexandre Dumas, naguère si brutal à l'égard de Rachel, eut l'impudeur de figurer en vedette dans le cortège : il tenait un des cordons du poêle. Divers orateurs prirent la parole, notamment le grand rabbin, qui insista beaucoup sur la fausseté de certains bruits concernant la conversion de Rachel : « Jamais, s'écria-t-il avec énergie, jamais elle n'a songé à abjurer sa croyance. Elle est née israélite. elle est morte israélite. »
Dans la revue L'Univers Israélite1, S. Bloch appréciait ainsi la disparue :
i. L'Univers Israélite, février i858. A signaler dans le même numéro cette affirmation d'un certain Prosper Lunel, prote-tant
Nous l'avions peu connue, peu suivie du regard dans l'élévation éblouissante de sa fortune, et l'appréciation de son talent n'appartient pas à ce recueil. Quant à sa personne, elle n'appartient à notre culte, comme beaucoup d'autres illustrations de notre race, que par la naissance et la mort ; une mère israélite lui avait donné la vie et une tombe israélite a reçu ses restes mortels... Si elle avait été plus religieuse, on eût davantage vu en elle la Juive. De même pour tant d'autres Juifs. S'ils confessaient davantage le Dieu de leurs pères, leur gloire rayonnerait sur leur foi, ornerait splendidement le sanctuaire israélite et forcerait encore une fois le monde de s'écrier : « En vérité, Israël est une grande et intelligente nation. »
Au reste, le dévot chroniqueur le reconnaissait, Rachel, quoique peu assidue aux devoirs du culte, ne s'était jamais absolument désintéressée des pratiques traditionnelles. « Elle venait quelquefois, dit-il, dans l'assemblée des fidèles se prosterner devant le Dieu de ses pères ; elle contribuait ainsi à l'embellissement de la maison du Seigneur ». A défaut d'une religion très ardente, elle professait l'attachement au « peuple élu », à son histoire, à ses usages i. Le jour de Pourim, qui est la grande fête des Hébreux, elle faisait mettre Esther à l'affiche du Théàtre-Français et s'enorgueillissait d'incarner l'antique patriotisme de Juda devant plusieurs centaines de ses frères fanatisés. Elle eut, paraît-il, l'idée de donnerde temps en temps de grands dîners juifs dans son hôtel de la rue Trudon. Le premier devait avoir lieu pour la venue de Meyerbeer à Paris ; la liste de ses invités était déjà composée : elle aurait à sa droite l'illustre compositeur. à sa gauche Crémieux, avec qui la réconciliation était opérée, ensuite Goudchaux, autre ancien ministre, les deux Halévy, Anspach, conseiller à la Cour impériale, le peintre Lehmann, l'écrivain Dennery, Rothschild, Pereire, Furtado, Milhaud, Cahen, Alphen, Mirés, Bischof-
contre la légende de la conversion : « Jamais MUe Rachel, qui a interprété si bien les tragédies de Voltaire, l'ennemi juré des Israélites, n'a songé a embrasser le culte de ce poète athée. »
i.« Ces mets polonais, écrit-elle de Varsovie, me plaisent beaucoup, parce qu'ils ressemblent à notre gargote juive. » Cité par d'Heylli, Op. cit., p. ig3.
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fsheim, etc. Mais la maladie défit ses arrangements. Eût-elle méconnu, renié ses origines, sa nature même, sa physionomie, son tempérament décelaient assez son sang. Parmi ses portraits, ceux surtout de Lehmann et de Carrey montrent en elle une réalisation remarquable du type sémite, nous devrions dire d'un des types sémites, et du plus fin. Horace Yernet, qui avait parcouru les pavs d'Orient, disait un jour, après l'avoir considérée de près : « J'ai vu des milliers de visages juifs, elle a seule approché de l'idéal que je m'étais créé pour une Rebecca à la fontaine. Si cela avait pu s'offrir à un tel modèle, ie l'eusse payé mille francs l'heure. »
Le bon naïf ! Elle eut accepté sans hésitation. La soif de l'or, voilà sa caractéristique au moral. Quelqu'un reprochait à Judith la dureté de ses propos sur Rachel.
— Ah ça! lui demandait- on, pourquoi déblatérez-vous ainsi contre elle ? C'est mal, puisqu'elle est votre corelilaire.
Oui, ma coreligionnaire, répliqua Judith, mais il y a un monde entre nous. Je suis une Juive, au lieu que Rachel est un Juif1.
Nous avons dit quelle tyrannie elle exerçait à la Comédie, l'audace de ses exigences et ses procédés pour les faire aboutir. L'esprit de lucre chez elle confinait à la rapacité. L'on en multiplierait les preuves. D'après les conventions, elle devait toucher cinq cents francs de feux toutes les fois qu'elle jouait en plus de ses deux soirées hebdomadaires. A la représentation du Malade imaginaire, comme elle venait figurer dans le défilé des artistes, elle réclamait ses cinq centsfrancs pour cette apparition muette. Indignée de ce qu'on trouvait ses prétentions abusives, ellene voulut plus contribuer àl'apothéose de Molière.
C'est particulièrement comme patronne dans ses tournées, qu'elle se montrait avare. Ses collaborateurs, son personnel étaient traités en simple bétail. Beauvallet cite