‹ Figures juivesChapitre 23 sur 79 · Allemands et Français, p · texte numérisé non relu

Allemands et Français, p

notre ministère des Affaires Étrangères d et, pour la mériter, seconda dans la Gazette d'Â ugsbourg le gouvernement de Louis-Philippe2, dénigrant tour à tour les républicains et les légitimistes.

En supposant, écrivait-il, que le caractère national des Français soit compatible avec le républicanisme, nous n'en sommes pas moins en droit d'affirmer que la République, telle que nos radicaux la rêvent, ne pourra passe maintenir longtemps Dans une République de l'espèce désignée, règne un esprit d'égalité extrêmement jaloux, qui repousse toujours les individualités distinguées et les rend même impossibles ; de sorte que, dans des temps de calamité et de péril, il n'y aura que des épiciers vertueux, d'honnêtes bonnetiers et autres braves gens de la même farine, pour se mettre à la tête de la chose publique. Par ce vice fondamental de leur nature, les républiques périront toujours misérablement, aussitôt qu'elles entreront dans un combat décisif avec des oligarchies ou des aristocraties énergiques représentées par de grandes individualités, et c'est ce qui aurait lieu inévitablement du moment que la République serait déclarée en France 3.

La grande masse, la haute et basse plèbe, la noble bourgeoisie et la noblesse bourgeoise, ajoutait-il, tous les notables de l'honnête médiocrité, qui sont encore si loin des grandes idées sociales et humanitaires, comprennent très bien le républicanisme ; ils comprennent à merveille cette doctrine qui n'exige pas beaucoup de connaissances préliminaires, qui convient à la fois à tous leurs petits sentiments et à toutes leurs étroites pensées et qu'ils professeraient même publiquement, s'ils ne risquaient par là d'entrer en conflit avec l'argent.

i. C'est Guizot, qui. dès la formation du Cabinet du 29 octobre 184O, décida de répondre favorablement à ses sollicitations « J'eus recours, dit Heine [Allemands et Français, p. 60), à l'aumône que le peuple français distribuait à tant de milliers d'étrangers, que leur zèle pour la cause de la Révolution avait plus ou moins glorieusement compromis dans leur patrie ))

2. Son coreligionnaire VYeil, pour une solde un peu supérieure, rendait les mêmes services, comme correspondant de la Gazette de Stuttgart.

3. Article reproduit dans le volume de Lutèce, p. 3o Cf. Ibidem. Préf., p. xi. « Ils ont la conception un peu lourde, ces braves républicains, dontj'avais d'ailleurs autrefois meilleure idée sous le rapport de l'intelligence. Je croyais que leur étroitesse d'esprit n'était que de la dissimulation... Mais après la Révolution de février je reconnus mon erreur, je vis que les républicains étaient réellement de très honnêtes gens qui ne savaient pas dissimuler et qu'ils étaient en vérité ce dont ils avaient l'air. »

HENRI HLLNE ET BOS D CfATlONALlSME » §0

II malmenait plus encore le parti légitimiste, injuriait la duchesse de Berry, les Carlistes, la Gazette de France, les Gazettes de province et < leur obscurantisme grossier ». Il dénonçait leur alliance avec l'Eglise et les Jésuites. On avait bien fait de chasser les Bourbons :

Leur putréfaction parfumée blessait tous les nez honnêtes Le roi actuel est de la même souche (levis nota '.), mais c'est aussi un d'Orléans, et cela compense l. Quelle probité, quelles vertus dans sa famille ! \ oyez ses enfants, si sains et pleins de vie. Ce sont les fils florissants de la jeune France, chastes d'esprit, frais de jeunesse, de mœurs pures et bourgeoises -.

Cette condition de chroniqueur à gages était cependant bien médiocre pour son appétit. On le pressait de se faire naturaliser : il supprimerait de cette manière tous les obstacles à son élévation et à l'accès des grosses sinécures. Un moment, il parut y consentir et remplit les formalités préalables. Mais il ne put se décider à rédiger la demande définitive. Il a donné les raisons de cette hésitation perpétuelle :

Ce fut le fol orgueil du poète allemand qui m'empêcha, même pro forma, de devenir Français. Ce fut une chimère idéale, dont je ne pus me débarrasser. Relativement à ce que nous nommons d'ordinaire patriotisme, je fus toujours un esprit fort. Le mariage que j'avais contracté avec Notre-Dame d'Allemagne, notre chère Germania, la blonde gardeuse d'ours, ne fut jamais heureux. Je me souviens bien de quelques belles nuits de clair de lune, où elle me pressait tendrement sur son large sein aux vertueuses mamelles ; mais ces nuits sentimentales peuvent se compter, et vers le matin survenait toujours un refroidissant chagrin, accompagné de bâillements et de gronderies sans fin. Aussi avons-nous fini par vivre séparés de corps. Mais les choses n'allèrent jamais jusqu'à un divorce en forme. Sous ce rapport, le plus petit cochon de mon pays ne saurait se plaindre de mot'. Parmi les élégants et spirituels pourceaux du Périgord qui ont découvert les truffes et qui s'en engrai«-ent. jamais je ne reniai ces modestes porcs qui chez nous, dans la forêt de Teutobourg, se gorgent dans de simples auges de bois des fruits

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