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Notamment de Joseph, dont il rédigea le testament

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i84o, comme des pétitions étaient venues de Corse, sollicitant, en faveur des Bonapartes, l'abrogation de la loi de bannissement, c'était lui qui avait décidé la Chambre à en prononcer le renvoi au président du Conseil. C'était encore lui qui, récemment, étant ministre de la Justice, avait déclaré ce même décret virtuellement aboli par la Révolution de Février. Crémieux comptait donc que le président de la République se souviendrait de ses obligations ; aussi avait-il appuyé sa candidature. Il en fut mal récompensé : Odilon Barrot prit son portefeuille, sans qu'il eût le moindre dédommagement

Dès lors c'est la guerre contre l'Elu du plébiscite. Crémieux s'oppose, en qualité de rapporteur, à un projet de loi restrictif de la liberté des clubs ; il fait de sa maison le rendez-vous des mécontents. Bref, quand fut opérée la surprise du Deux-Décembre, comme, après les premières arrestations, des protestataires s'étaient assemblés chez lui, la police s'empara de tous et les dissémina dans les prisons. Une retraite de vingt jours à Mazas le calma pour plus de quinze ans '.

Il eut la vie longue et put suivre sa tactique, patienter jusqu'à la décadence du pouvoir existant. Peu à peu la puissance de l'Empire décline ; le rétablissement de la liberté de la presse et de la parole publique rend possible l'attaque la plus véhémente. Crémieux s'y distingue en prenant le principal rôle de défenseur dans le procès Baudin, où figure à côté delui son secrétaire, Léon Gambetla. Après un échec dans la Drôme, il est nommé

i. De Maupas dans ses Mémoires sur le second Empire, que cite Ed. Drumont (France juive, T. p. Q\ raconte que les ouvriers, persuadés du républicanisme de Crémieux, voulurent le mettre à leur tèle. Il n'y tenait pas trop. M"»e Crémieux alla trouver le préfet de police et le supplia d'arrêter son mari pour l'arracher aux sollicitations de ces furieux. Le préfet ne se pressait pas, ne considérant pas le bonhomme comme un adversaire considérable Cependant, soit que les sollicitations de la dame eussent déterminé les sous-ordres de M. de Maupas, soit que les harangues démocratiques de Crémieux les eussent trompés sur ses vraies intentions, ils s'emparèrent de lui. et tout le monde fut content.

comme représentant par la troisième circonscription de Paris. Chez lui se donnent des soirées antiplébiscitaires ; on y organise la propagande, on y fonde des comités, on y rédige un manifeste contre l'Empire et un appel à la révolte, qu'on répand dans l'armée.

Quand, le [\ septembre, on sut à Paris le désastre de Sedan, JulesFavreet quelques autres députés, dont Crémieux, proposèrent à la Chambre la déclaration de déchéance contre la dynastie des Bonapartes et la formation d'une Commission chargée de la Défense Nationale. Les choses se passèrent à peu près comme en 18^8. Le Palais-Bourbon envahi, l'on doit se rendre à l'Hôtel de Ville pour y distribuer les parts du Gouvernement. Crémieux obtient la Justice. Il saute dans un fiacre avec deux turcos et se fait conduire au Ministère. Il avertit lui-même le concierge qu'il vient remplacer M. Grandperret. Dans son cabinet, racontent les Archives Israélites, que trouve- t-il ? Sa calotte de velours oubliée là en 18^9 et qui, ajoute le rédacteur, a coiffé depuis tous les gardes des Sceaux. Ce couvre-chef ne devrait-il pas figurer au Musée Carnavalet ?

Dans leur Journal, les Goncourt ont fourni des détails pittoresques sur le noble jeu de cet homme d'Etat.

« — Mardi 3i janvier 1871. — Ce soir, je dînais au restaurant à côté d'un avocat à la Cour de cassation, M. P... Je lui disais qu'il serait bien heureux que la prochaine Assemblée se rationnât d'avocats, de marchands de verbe et de mots creux. J'ajoutais que, pour mon compte, j'étais persuadé que si la France pouvait se priver d'éloquence parlementaire pendant une vingtaine d'années, la France se sauverait, mais que c'était la condition sine rjua non de son salut. Tout avocat qu'il était, mon interlocuteur partageait mon avis et partait de là pour me signaler le chapardage (c'était le mot dont il se servait), le chapardage de toute la basse gent du Palais. Il me montrait tous les avocats de deux sous, tous les avocats sanscause, tous les avocats sans talent etsans honorabilité, aidés, poussés par Crémieux dans la curée des places de

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Ja haute administration. Et, dans ce moment où la pensée de la France était tout entière tournée contre les Prussiens, dans ce moment même, — ah ! je n'oublierai jamais le tableau qu'il me faisait de ce cabinet, où la porte, à tout moment violemment poussée, livrait passage à un intrus, qui, sans dire gare ni bonjour, jetait à pleine gueule : « Crémieux, délivre-nous de R.obinet,de Chabouillot. . . Nous n'en voulons plus. » Et, après cet intrus, un autre intrus demandait la démission d'un autre procureur impérial, aussitôt obtenue de Ja bienveillance

gâteuse du ministre

Du reste, il ne dirigea pas que la Justice. Comme les Prussiens avançaient à marches forcées, on crut plus prudent de ne pas concentrer dans Paris la conduite des affaires et l'on décida qu'une délégation s'éloignerait en province. Crémieux se proposa pour cette tâche, et, dans sa présomption, refusa qu'on lui adjoignît qui que ce fût ; il mènerait de front Justice, Guerre, Finances, Affaires Etrangères, etc. Après son départ, ses collègues réfléchirent à la sottise de cette témérité. Glais-Bizoin fut choisi pour aller le seconder à Tours avec l'amiral Fourichon.

A l'arrivée de Glais-Bizoin lui annonçant que Fourichon le supplée à la Guerre, Crémieux entre en belle exaspération.

— C'est une déchéance ! C'est Jules Favre qui l'a voulu. Je le reconnais là ! Eh bien ! il sera content ! Messieurs : prenez ma place ; je me démets et m'en vais sur-le-champ.. .

Puis il ouvre violemment la porte, appelle sa femme :

— Crois-tu ? lui crie-t-il, à Paris ils ont voté ma déchéance. Partons, partons vite !

C'est une scène extrêmement comique. Tandis qu'il

i. M. de Chaudordy remplissait à Tours les fonctions de ministre des Affaires Etrangères. Il a raconté à Drumont, qui le relate dans sa Dernière Bataille page 190;. que Crémieux rendait sans échange, sans conditions, au vu d'une simple demande rédigée en hébreu sur un carte de visite par des Juifs allemands, les officiers que nous avions faits prisonniers.

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lourne autour de la grande table, tout hors de lui, se faisant craquer les doigts de colère, la pauvre dame trotte sur ses pas, essayant de le saisir par ses basques, le suppliant de se rasséréner.

Le repos delà nuit, les avis de sa compagne, peut-être bien encore le souci de conserver un beau traitement 1 inclinèrent l'ambitieux à la philosophie ; le lendemain, au conseil, il n'était plus question de la mesure prise par Jules Favre, non plus que de la démission. Du reste, trois semaines après, ce fut Fourichon qui dut donner la sienne, laissant pour quelques jours 2 à son rival l'omnipotence si convoitée.

Il devenait organisateur de la Débâcle, donnait des ordres aux Généraux, passait en revue les régiments qui partaient à la mort, et, pour stimuler leur courage, leur parlait non point de la France à sauver, mais de la République à raffermir, non pas de la Patrie territoriale, mais de la Patrie révolutionnaire, c'est-à-dire de l'égalité des Droits. Encore n'était-ce là que du mauvais verbiage 3. Mais il faisait pis. Il obtenait la promulgation du décret qui porte son nom et dont nous reparlerons plus loin.

Le i/| février, il se retirait, ne faisant pas partie de la Nouvelle Assemblée. Le 20 octobre, il y était envoyé par les Israélites d'Alger. Il avait abordé la soixante-quatorzième année et désormais n'eut plus que de rares sursauts.

1. C'est sur la proposition de Crémieux que les membres du Gouvernement de la Défense nationale s'allouèrent une « indemnité» annuelle de 5o.OOO francs. Henri Rochefort refusa de la toucher.

2. La venue de Gambetta le priva toutefois du portefeuille de la Guerre.

3. Crémieux, suivant l'instinct atavique, avait horreur du militarisme. Dans son livre intitulé le Gouvernement de la Défense nationale, il s élève contre l'institution des armées permanentes et voudrait qu'on les remplaçât par la milice. Les citoyens disposant de leurs fusils, l'émeute sanglante est toujours possible et l'on peut l'utiliser En attendant, comme il était le maître en 1871. il écouta les anarchistes algériens. Au général gouverneur, le comte Walsin- Esterhazy, il substitua quelque civil.

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Le i5 décembre 1876, il gagnait un siège de sénateur inamovible et mourait le 10 février 1880, âgé de quatrevingt-quatre ans.

Ce n'était pas tout à fait la fin de la farce. Elle se prolongea jusque dans les funérailles, où fut déployée la pompe militaire qu'on doit aux génies, aux héros ou aux grands bienfaiteurs du pays.

Le rabbin, lui adressant l'adieu suprême, revendiquait avec raison pour son culte seul la gloire de ce défunt tant honoré. «Il appartenait au judaïsme, dit-il, par sa naissance, par les habitudes de la maison paternelle i, par toute une vie consacrée à la défense de ses coreligionnaires. » On ne saurait voir là cette exagération flatteuse avec laquelle nous avons coutume de louer ceux qui viennent de n'être plus. Crémieux fut bien un dévot, un clérical, plus même, l'homme de Dieu, le continuateur de Moïse, ayant comme lui là volonté de diriger et de soutenir la marche du peuple sacré vers l'occupation d'une autre Chanaan.

Banal serait-il de répéter, après tant de sociologues, que la puissance des Hébreux tient à leur solidarité. Le Juif est nourri non pas comme le chrétien, dans l'amour de tout le prochain, mais dans la considération exclusive du Juif. De telle sorte qu'un véritable adorateur de Jéhovah, après s'être suffisamment pourvu lui-même, pense à exercer son surplus d'activité dans l'intérêt de ses congénères contre le reste de ses semblables.

Telle fut la méthode de Crémieux. Obliger sa race à progresser, et, dans ce dessein, lui acquérir des nationalités fictives, voilà l'emploi de son talent d'orateur et de sa finasserie de politicien.

1. Crémieux avait dans son enfance appris en même temps le français et l'hébreu [Eloge, p. 7).

Les Israélites, admis chez nous au banquet familial, s'opiniâtraient à n'y pas figurer dans la même attitude que leurs frères d'adoption. Pendant une dizaine de siècles, on ne les avait autorisés qu'à s'asseoir à terre et dans une pose servile ; l'habitude des bonnes manières leur faisait défaut. Ils eussent mieux aimé s'accroupir comme jadis dans la poussière que se mêler à la société des Goym. C'est une maladresse, leur dit le sage, il faut dissimuler, ne pas vous distinguer des autres ni faire bande à part. Si vous procédez de la sorte, dès le siècle prochain, ce sont les chrétiens de souche française qui, dans le festin social, apporteront les plats à vos descendants .

Mais il ne suffisait pas de prêcher la fusion ; il importait d'en donner l'exemple. Il fît baptiser ses deux enfants. Pour lui, ce n'était qu'une formalité sans aucune signification ; mais ce subterfuge les identifiait en apparence à la majorité de leurs concitoyens.

Un jour, la commune de Lunel, dans l'Hérault, se trouve embarrassée d'un procès très ardu que lui vaut la construction de son église. Lunel n'est pas bien éloigné de Nîmes ; les habitants l'osent rappeler à 1 eminent avocat, qui accepte de les assister et gagne leur cause. Se moquant alors de ses braves clients, il consacre ses honoraires à l'achat d'un ciboire et leur en fait cadeau. Le voilà passé bienfaiteur de la paroisse ; on prie pour lui de tout cœur à la messe, on fait graver son nom sur le vase qu'il a offert. Enfin, pour lui prouver le mieux qu'ils peuvent leur respectueuse reconnaissance, ces simples se procurent son portrait en lithographie et, l'ayant fait encadrer, l'accrochent dans une chapelle entre les images du Christ et de saint Joseph.

En 187 1 , quand on le délégua chef du pouvoir à Tours, il ne repoussa point l'invitation de Mgr Guibert qui lui ouvrait sa demeure archiépiscopale et le conviait à partager ses repas. Durant des mois, Crémieux souffrit que les « calotins » l'hébergeassent, lui et tous les siens, s'ac-

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