‹ Figures juivesChapitre 30 sur 79 · De l'Allemagne, I, p · texte numérisé non relu

De l'Allemagne, I, p

3. « Pour la cause juive j'ai fait de grands sacrifices, mon cœur en saignera toute ma vie durant. »

mateur, il avait malmené des vices puissants et des croyances vivaces. 11 fouaillait les mercantis qui pullulaient dans leurs quartiers. « Les Juifs sont ici (à Lunebourg) comme partout d'insupportables et sales brocanteurs », écrit-il à Moser l.

Et encore ceci :

Lorsqu'un jour Ganstown 2 sera bâtie, lorsqu'une génération plus heureuse sur les bords du Mississipi bénira les palmes en grignotant du pain azvme et que fleurira une littérature néo-juive, alors nos expressions mercantiles de boursicotiers d'aujourd'hui appartiendront à la langue poétique 3.

En même temps qu'il s'attaquait à la passion du lucre, il s'efforçait de ramener le Judaïsme à l'intégrale doctrine de Moïse. Le Talmud, avec ses traditions rabbiniques. était pour lui l'équivalent du catholicisme. De même que Luther avait rejeté l'opinion des Pères et les décrets des conciles, n'admettant de source religieuse que l'Écriture, de même Heine proclamait l'autorité exclusive de la Bible. Il raillait les concessions faites aux Occidentaux, la transformation de Jéhovah en Dieu pur Esprit.

Je crois, disait-il, que ce parvenu du ciel '', qui est maintenant si moral, si doux, si cosmopolite, si universel, si ciwlisé, conserve un

j iS juin i823.

2. Lettre à Emm. Wohlwill, 1er avril 1823. Ganstown, jeta de mois

sur le nom de son ami Gans, qui rêvait la formation d'un État juif.

3. Ce trait satirique à l'adresse des gens de bourse était singulier, venant du neveu de Salomon Heine. Ce Salomon. frère aîné de Samson, partit tout jeune de la maison paternelle avec quelque* marks en poche et devint le plus gros banquier de Hambourg. Il avait une fille que Heinrich convoita très ostensiblement. Mais on lui fit voir que son Èuch der Liedef ne constituait pas des titres suffisants pour obtenir la main d'une telle héritière. Le poète ne pardonna jamais cette rebuffade. Seulement il avait besoin de l'aide de son oncle Celui-ci lui servait une maigre pension de cent thalers par trimestre, à laquelle il ajoutait de menus cadeaux. A sa mort il laissa trente millions, que son fils Charles eut tôt fait de doubler. Heine eut plus d'une querelle avec son richissime parent. « Ce qu'il y a de meilleur en vous dans vos affaires, lui disait-il, c'est que vous avez le droit de porter mon nom »

Page 1