Le baron de Sinaï ». Lettre à M. Moser. 18 juin iSa.'t
HENRI HEINE ET SON « NATIONALISME )) Iû3
secret mauvais vouloir contre les pauvres Juifs qui l'ont connu avec ses premières formes grossières et lui rappellent journellement dans leurs synagogues ses relations nationales qui datent de la chétive Palestine. Peut-être le vieux Seigneur ne veut-il plus se souvenir qu'il est d'origine hébraïque et qu'il s'est appelé jadis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ' .
On sent bien que ces convictions n'étaient pas d'ordre religieux. S'il invoquait le grand législateur Moïse, c'était pour lui demander d'insuffler à son peuple l'amour de l'indépendance et l'horreur des fusions profanes.
0 Mosché Rabenou, notre maître instituteur, adversaire déclaré de tout esclavage, passe-moi ton marteau et ton clou, afin que je perce les longues oreilles de nos esclaves sentimentaux qui portent ia livrée noire, or et rouge, et que je les fixe contre la porte de Brandebourg à Berlin -.
Le dédain qu'il affectait de plus en plus pour les pratiques de la dévotion le désignait à la colère des rabbins. Ils multipliaient contre lui les malédictions.
J'ai reçu une lettre de mon oncle van Geldern : il m'écrit que tout le longdu Rhin je suis maintenant aussi détesté qu'on m'y aimait naguère3.
Et encore :
Je suis attaqué par Chrétiens et Juifs en même temps.
A Hambourg tout le Steinweg lui hurlait raca. Ces manifestations d'antipathie l'exaspéraient et il exhalait sa rancœur :
Oh ! comme je méprise la racaille humaine, circoncise et incirconcise 4.
Parfois, dans la violence de son irritation, il trouvait des méchancetés dont ne semblerait capable qu'un sin-
i. Reisebilder, I, p. 334- Cf. Lettre à Laube (23 nov. i835) : « Moi. l'ennemi juré du déisme juif-mahométan-chrétien. »
2. Extrait d un article sur Moïse cité par Weil [Souvenirs, p. i5).