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Licencié en physique (18.57), docteur en médecine

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Jiargé d'un cours à la Faculté de médecine de Paris, il vait à peine pris possession dp sa chaire qu'il conçut 'idée d'une grandiose manifestation contre le militarisme, ^vec Acollas il organisa le Congrès delà Paix, qui se int à Genève en septembre 1867 et dans lequel on vili- >enda les donneurs de batailles. A l'unanimité l'on y éclama le désarmement.

Les nations e-ont sœurs, était-il dit dans la proposition fondamenale : la guerre entre elles est impossible. Toutes les querelles seront ugées par le Congrès : les membres du Cotiarès sont nommés par es sociétés démocratiques de tous les peuples.

Des orateurs vinrent prophétiser la fusion prochaine le la France, de la Russie, de la Prusse, de l'Autriche et le l'Angleterre en une vaste confédération. Les souveains seuls retardaient cet accord général et plus que tous es autres celui de Rome. Car Garibaldi. qui présida la )remière séance, voulait que fût à l'avance expliquée 'expédition qu'il combinait et qui allait se terminer à vlentana. « La Papauté, comme la plus nuisible des ( sectes, prononça-t-il, est déclarée déchue d'entre les ( institutions humaines. La religion de Dieu est adoptée

par le Congrès. » Véritable tenue de loge que ces issises solennelles, où pour la plus grande gloire du riangle étaient dénoncés le sabre et le goupillon. Au noment de la clôture. Alfred Naquet prit la parole pour demander qu'on ne se séparât pas sans un vote de létrissure à la mémoire de Napoléon Ier, « le plus grand ïialfaiteur du siècle ».

Cette fantaisie lui valut d'être, à son retour, impliqué lans une de ces hi-loires d'excitation au mépris de l'autorité que la magistrature impériale savait arranger avec

igrégé de chimie (1860). abrégé de médecine fi 863). Ce dernier succès lui assurait une fonction professorale ; mais il ne pouvait en être pourvu que deux ans après son admission. Il profita de ce délai pour aller à Palerme , où le gouvernement italien lui demandait de venir enseigner la physique et la chimie à l'Institut Technique.

tant d'à-propos. Il fut condamné pour le délit de participation à société secrète. Prison, amende, privation de* droits civiques, il eut tout ce qu'un politicien de l'opposition peut souhaiter d'obtenir. L'incarcération du restt ne lui fut pas dure. Son physique de moribond perpétuel lui servait : on lui permit de purger sa peine à la maison de santé municipale.

Naquet employa le mois de son internement à produire sous .ce titre, Religion, propriété, famille, son système philosophique. C'était, dans un délayage d'absurdités, la négation et le dénigrement indécent de nos idées traditionnelles. Dieu n'existe pas, assurait l'auteur, et j'allègue, pour le prouver, l'imperfection de l'univers. Sans regarder au delà de nous-mêmes, n'avons-nous pas cinq doigts seulement à chaque main, quand le double nous serait plus commode ? L'âme n'existe pas : autrement la truffe en aurait une comme nous, puisque entre les êtres il n'y a que des différences de degrés. La vertu n'existe pas, le vice non plus ; il n'y a ni mérite ni démérite. La moralité ne dépend que de notre organisation. Un Tel est pervers comme je suis bossu, comme vous êtes sourd ou aveugle. La civilisation moderne engendre beaucoup de misères ; d'où cela vient-il ? Du fait de la propriété ? Du système financier ? Non pas ; le capital est légitime, légitimes également le jeu des banques, les prêts, le taux. « L'abolition de l'intérêt serait un malheur public » l. Ce qui nuit à notre bien-être, le fléau dont souffrent les États, c'est l'encombrement, la pléthore de population. Comment y remédier ? Le moyen de Malthus a du. bon, mais il est aléatoire; celui du D1 Marcus, qui consiste à tuer l'enfant après sa naissance, est tout de même trop radical. Voici mieux : supprimez le mariage. Que l'amour seul règne libre, joyeux. Mais la famille ? objectera-t-on. La famille ? à quoi bon? C'est elle qui transmet d'âge en âge les préjugés; si l'on veut le progrès, il importe de la dissoudre. Dans la société future le père ne comptera

i. Religion, propriété, famille, p. i45.

pas, la mère donnera son nom aux enfants. Toutefois ils lui seront retirés, l'allaitement fini, pour être nourris, élevés, instruits par les éducateurs officiels. Cela coûtera peut-être cinq ou six milliards par an, on peut les trouver. La sensibilité regimbera, dites-vous. On la fera taire. Ses exigences d'ailleurs ne dureront pas, car l'affection paternelle et maternelle n'est que le résultat de Texistence en commun d. A ce penchant que crée uniquement l'habitude se substitueront aisément d'autres inclinations. Et ainsi, par l'anéantissement du foyer, sera fondée la félicité du monde.

En 1869 de pareilles théories scandalisaient fort, et l'on n'eût pas admis qu'elles fussent publiées impunément. Naquet s'attendait si bien au déclenchement de la machine judiciaire que, dès l'apparition de son ouvrage, il gagna les Pyrénées. Il apprit en Espagne qu'il était condamné derechef à la prison, à l'amende et privé cette fois à perpétuité de ses droits civiques.

Il ne s'en poussa que davantage parmi les notabilités républicaines ; de son exil il envoya de la copie au Rappel, à la Marseillaise, au Réveil. Mais son génie tourmenté désirait une agitation efficace. Les émeutes étaient fréquentes alors en Andalousie. Nullement gêné par sa qualité d'étranger, il fut trop content de collaborer à l'insurrection.

L'amnistie survint, qui lui permit de rentrer en France.

Tel était le passé d'Alfred Naquet. Il donnait assez de gages au gouvernement du Quatre Septembre. Son genre d'occupations cependant, non plus que ses tendances, ne le- prédisposaient guère à la fonction qu'on lui octroya. Le professeur antipatriote, spécialiste de toxicologie, fut •adjoint à la délégation de Tours comme secrétaire de la Commission d'études des moyens de défense. Crémieux n'était-il pas par intérim ministre de la Guerre? Du reste,

1. « Les parents aiment naturellement les enfants avec qui ils ont passé leur vie. » Op. cit., p. 298.

avant même que fussent engagées les négociations de paix, notre homme, convoitant le mandat de député, se consacrait entièrement à sa candidature dans le Vaucluse. Il fut élu le 8 février 1871 ; mais on lui contesta son succès et, la Chambre ayant décidé l'enquête, il démissionna pour solliciter de nouveau les suffrages des Avignonnais. Le 2 juillet, par 32.58o voix, ils le déclarèrent digne de représenter leur ville.

Il alla siéger à l'extrême gauche et, d'accord avec un autre Israélite. Millau, demanda que l'Assemblée, rendant Napoléon III responsable delà guerre, décrétât la saisie et la vente de ses biens pour le paiement de l'indemnité. Ce fut dans cette législature son intervention la plus marquante. Il faut mentionner déplus celle-ci, qui nous paraît présager dès cette époque sa participation à la tentative boulangiste. En novembre 1873, le régime provisoire créé par l'événement du Quatre Septembre n'avait pas encore cessé ; on ne se pressait guère d'élaborer la Constitution. Naquet s'unit aux bonapartistes pour réclamer l'appel au peuple, parce qu'il voyait là, disaitil, le seul moyen de libérer la République. Il s'était pris d'une haine vigoureuse contre l'opportunisme et coutre Gambetta. Lorsque, en 1876, la nation fut conviée à ce que Pelletan père, dans son mysticisme, nommait « la Pâque civique du scrutin », Naquet usa de ses séductions à la fois dans l'arrondissement d'Ap.t et dans la première circonscription de Marseille. Ici, où il s'opposait au fameux tribun, il échoua complètement. Dans le Vaucluse il ne réussit qu'au second tour.

Quelques semaines après sa rentrée au Palais-Bourbon, il soumettait à ses collègues le projet d'une loi rétablissant le divorce.

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