Barras, L'Appel au soldat, p. 23t. m
W.FKED NAQUET I 35
Tous deux allèrent le voir. Aux premiers mots d'encouragement il se récria :
— Comment voudrait-on, mon bon Naquet, que j'eusse la moindre peur, quand je vous vois si résolu? C'est au point que si l'on vous condamnait, et que l'on n'arrêtât que les Ligueurs, j'aurais vraiment des remords. Je me dirais : « Comment ! je suis là tranquille, libre de tous mes mouvements, pendant que Naquet est en cellule ! l »
Toutefois les circonstances pouvaient l'amener, observait-il, à déjouer de mauvaises ruses : il voulait être couvert. Et il pria le vice-président de lui rédiger une lettre l'incitant à s'éloigner. Naquet lui fit ce billet séance tenante :
Paris, le i4 mars 1889.
Mon Général, En présence de l'altitude de parlementaires aux abois, prêts à tout, même à un attentat contre votre personne, pour lutter contre le courant irrésistible du suffrage universel, je vous engage instamment à quitter momentanément la France.
\ ous êtes le chef de notre parti, et votre devoir de chef vous impose de ne pas nous laisser sans direction. Le salut de la République exige votre départ.
Recevez, mon Général, l'expression de mon dévouement absolu.
A. Naquet, Vice-président du Comité républicain national .
Ceci se passait le matin du i4 mars. L'après-midi, à la Chambre, Laguerre et Laisant, par discipline aussi, durent remettre de pareilles exhortations écrites. Le soir, à neuf heures, le train de Bruxelles emportait leur pauvre César -.
Il ne fit qu'une fugue de quelques heures. Le lendemain, vaincu par les supplications de ses lieutenants, il