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Figaro, 2 avril

2. Cette disparition causa dans le parti le plus grand désarroi. Dillon, puis Le Hérissé coururent à la poursuite de l'idole. On décida que Boulanger, s'il s'obstinait à ne pas rentrer, adresserait au pavs un manifeste. C'était Arthur Meyer qui se chargeait de le rédiger.

était de retour, avant même que se fût propagée la fâcheuse nouvelle.

Qu'est-ce donc qui dans la quinzaine suivante changea si complètement les idées de Naquet? D'abord, nous l'avons vu, il ne voulait pas entendre parler de la dérobade ; à présent il la préconisait.

Â.u premier moment, ne cessait il de répéter, l'impression serait mauvaise. Mais tout aussitôt les paysans et les ouvriers diraient : « C'est un malin qui a joué le tour aux gendarmes, il est plus fort que le gouvernement 4. ><

Le Ier avril ce tour était joué non pas aux gendarmes dont le chef, Constans, souhaitait une telle façon d'en finir, mais à toute la France patriote. Cette fois, Boulanger n'avait pas senti le besoin de s'excuser.

Ce fut Déroulède qui, au retourd'une démarche vaine à Bruxelles, proposa cette explication indispensable :

Les membres du Comité républicain national, dégagés du secret promis déclarent que ce sont eux qui ont imposé à l'unanimité moins quatre voix le départ du général Boulanger, menacé dans sa liberté et dans sa vie par les parlementaires, décidés à tout pour se maintenir au pouvoir.

Pour le Comité républicain national :

Le vice-président, Naqlet.

Le procès de la ligue s'ouvrait. C'était même par crainte des brusques mesures policières qui pouvaient en être l'introduction et le séparer de sa maîtresse malade, que Boulanger s'était volontairement exilé. Les débats lurent sans intérêt. Néanmoins il y eut un moment quelque vivacité dangereuse dans les répliques. Le substitut Lombard avait traité les conspirateurs avec le sans-gêne méprisant dont on use envers de très vulgaires criminels. I. .1 -uerre releva l'insolence avec sa fougue coutumière:

i. Terrail-Mermeix. Les Coulisses du Boalaifgisme, p. 176, et Barres, L'Appel au soldai, p. 345.

ALFRED NAQLE1 l3j

— Je préviens le ministère public que je ne suis pas disposé à le laisser continuer sur ce ton !

— Allons-nous-en, disait Déroulède.

— Hé ! s'écrie Naquet de sa voix métallique et résonnante, laissez donc ce monsieur baver sur nous à sa guise !

Au milieu du vacarme, le substitut requiert l'application de l'article 222. De fait, l'injure est indéniable. Or quel n'est pas l'étonnementdes assistants, quand le président s'interpose, paternel et débonnaire, au lieu d'administrer la peine que tous attendaient.

— Voyons, Monsieur Naquet, retirez ce que vous venez de dire.

Et l'autre, un peu déconcerté par le tumulte :

— Certainement, Monsieur le Président, je n'ai pas eu d'intention outrageante, mais je suis un vieux républicain et je me suis ému...

— Retirez-vous les expressions offensantes pour le ministère public ?

— Je retire, Monsieur le Président, je retire.

— Formellement P insiste le substitut, impérieux. H> — Oui, formellement.

Malgré cette anicroche, tout se passa le mieux du monde et les juges finalement acquittèrent.

Dès qu'on fut délivré de cet embarras, Naquet transporta ses pénates à Bruxelles. Quelque défiance lui venait touchant la réussite de la combinaison boulangiste et la sécurité de son propre rôle. Prévoyant l'arrêt prochain de ses appointements, il voulait du moins bénéficier le plus possible de l'aventure. Aussi prétendit-il s'installer auprès du proscrit avec plusieurs des siens ; en tout, cinq personnes, aux frais du trésor révisionniste. Les libéralités de la duchesse lui semblaient à présent moins haïssables. Quand il dut quitter la Belgiqueet passer le détroit, Boulanger emmena derrière lui toute cette séquelle. Le parasite vécut aussi bien à Londres. Il avait, en s'éloignant de Paris, abandonné la vice-présidence du Comité national, et ici, avec le comte Dillon et M. AufTray, il s'occupait

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de régler la prochaine campagne des élections générales. M. Auffray ne faisait guère que des apparitions, et du reste il s'accordait assez mal avec ce collaborateur républicain. Au contraire, la grosse bonhomie du comte Dillon souriait indulgemment aux boutades de Naquet, lorsque celui-ci, sans souci de leur étiquette politique et des aspirations de leur parti, lui disait dans l'intimité son horreur du "chauvinisme, des frontières, des armements. Il était, lui, pour la communion du genre humain. L'autre, benoît, le plaisantait :

— Cher ami, votre lot est trouvé. Aussitôt après la victoire, nous vous enverrons auprès du Pape en mission extraordinaire, pour négocier la paix universelle.

La victoire ! Peut-être en parlait-il sans ironie, peut-être l'espérait-il tout de bon ? C'eût été s'illusionner contre toute sagesse. Leur général, si timide devant la légalité, si follement soumis aux exigences de son adultère, avait trahi trop piteusement la foi des braves gens épris deson imaginaire vigueur et que désenchantait à présent sa désertion. Les tacticiens du suffrage purent bien recourir à leurs moyens les plus habiles ; leur plan magnifique ne donna que ce résultat, 2 2boulangistesélusavec 1 38 monarchistes, contre 280 gouvernementaux.

Naquet était du nombre des heureux ; il avait conquis le Ve arrondissement de Paris, le quartier des Écoles. La majorité lui défendit vainement d'occuper son siège. Elle ne put empêcher qu'un nouveau scrutin ne confirmât le premier.

Cependant le naufrage dépassait toute attente. Naquet aurait bien voulu laisser là le bâtiment. Sous le coup de sa ruine, Boulanger avait failli se tuer *. Ce suicide eût arrangé les choses. Mais Mme de Bonnemains malade retenait le vaincu. Naquet, redoutant qu'il ne s'obstinât à la politique, intervint d'un ton fraternel, lui conseilla le grandéloignement, l'expatriation en Amérique. L'amour plaidait assez en faveur de cette inspiration ; mais les

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