‹ Figures juivesChapitre 5 sur 79 · Histoires, V · texte numérisé non relu

Histoires, V

Launay, Figures.

lait-il ; car ils n'abdiqueront pas volontairement la loi de Dieu. Déclarez qu'ils sont Français de par la loi, et ils obéiront. » C'est ainsi qu'une multitude, là-bas si méprisée, fut incorporée dans notre société1.

Il est juste de reconnaître que ces favorisés comprirent assez vite l'utilité de l'escamotage. Désormais les Arabes, qui jadis les mataient, constituaient seuls la caste subalterne. Ils le sentirent surtout le jour où, comparaissant devant les tribunaux, ils se virent à la discrétion des jurés juifs. Et pourtant que ne leur devions-nous pas, à ces vaincus devenus nos alliés, et dont dix mille, les plus nobles de l'Islam, étaient allés mourir parmi les nôtres dans les champs de l'Est, tandis que les villes de l'Algérie restaient dégarnies, à la merci d'un prêcheur de guerre sainte P Leur stupéfaction fut infinie quand ils apprirent le décret d'octobre : « Les Français, raillaientils, n'ont donc plus d'hommes qu'ils prennent des Juifs ? Non, les Juifs ne se sont pas transformés en Français, ce sont les Français qui se sont faits Juifs. »

Soudain, ils entendent dire qu'à Paris le soff civil vient de jeter à bas le soff militaire ; chez eux, les journaux partisans de la Commune insultent impunément nos officiers. C'est donc que toute la dignité du pays suzerain s'est évanouie à jamais. Alors ils se révoltent à la suite du cheik Sidi-Mokrani et du caïd Ben-Ali ChérifT.

Ce soulèvement, qui fut bientôt anéanti, faillit avoir

i. Le décret fut promulgué le 24 octobre 1870. Voici sa teneur exacte :

« Le Gouvernement de la Défense nationale décrète :

« Les Israélites indigènes du département de l'Algérie sont déclarés citoyens français. En conséquence, leur statut réel et leur statut personnel seront à compter de la promulgation du présent décret réglés par la loi française ; tous les droits acquis jusqu'à ce jour restent inviolables.

« Toute disposition législative, tout sénatus-consulte, décret, règlement ou ordonnance contraires sont abolis.

« Fait à Tours, le 24 octobre 1870. Ad. Crémieux, L„Gambetta, A. Glais-Bizoin, L. Fourichon. »

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