Annales de la jeunesse laïque, mai iQo
ALFKED NAQUÉÎ 101
Chambre !. Il y répondait aux allégations de l'antisémitisme. Patriote ? disait-il, mais les Juifs le sont avec passion. Qu'on n'objecte pas l'exotisme de leurs origines ni leur venue trop récente. Il en est, ceux du Midi notamment, dont l'enracinement remonte à plus de trois siècles. Les Naquet vivent ainsi dans la région de Carpentras depuis des temps et des temps. On voit par l'exemple de celui-ci la force de l'argument. Dans ce- qu'il appelle « la grande Patrie », rien qui évoque la physionomie maternelle de notre France et sa terre sanctifiée par les cendres des générations évanouies, illustrée par leur vie héroïque, rien de commun avec la sensibilité particulière d'un Français2.
La pensée que nous pourrions reprendre goût à l'existence, voire à l'énergie prestigieuse, le fâche et l'inquiète. Probablement se redit-il ce qu'écrivait Henri Heine : « Si jamais l'esprit de nationalité est vainqueur (que les « saints de l'Ancien et du Nouveau Testament, que ceux « même du Coran nous en préservent !). alors éclatera « sur la tête des pauvres Juifs un orage de persécution « qui surpassera de beaucoup tout ce qu'ils ont souffert « dans le passé. »
Et comme Heine encore, par peur du dangereux réveil, il se tourne vers le collectivisme, qui seul lui semble capable de barrer la route au militarisme et à la théocratie. Par peur uniquement, car ce philosophe, ce chimiste répugne à la discipline brutale : bien mieux, c'est un socialiste qui rejette les théories de Marx et de Lassalle, réprouve la lutte des classes et la guerre aux bourgeois, qui même ne déteste pas les manieurs d'argent.
Je me garderais, proteste-t-il, d'anathématiser, ainsi que je l'aurais fait il y a trente ans, les capitalistes, c'est-à-dire des hommes
i. Le 27 mai 1895, lors de la discussion sur la question juive.
2. Adolphe-Isaac Crémieux, l'auteur du fameux décret en faveur des Israélites algériens, était lui-même un Juif de vieille souche nimoise. Parlant au Consistoire de Vienne, il définit la Patrie, l'égalité des droits et des devoirs. Tant l'idée de la patrie territoriale demeure inconcevable à toute intelligence sémite.
qui jouent leur tôle économique dans la société actuelle et ne peuvent pas ne pas le jouer '. t
Il déclare s'opposer à ce qu'on fasse la revision des grandes fortunes, plaide même en faveur de la spéculation. r
Je ne suis pas Je ses contempteurs. Ella présente des abus comme
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capital te. et aussi longtemps que cette forme .ubsistera, il sera fou de chercher a la supprimer ou même de la restreindre K
Seulement, comme il lui faut éviter d'exaspérer les frères et amis par complaisance trop manifeste envers les financiers, il tente d'expliquer sa singulière attitude en attribuant a la ploutocratie une action favorable au progrès. Elle concentre, elle monopolise les richessesmais cette expropriation partielle qu'elle opère est un acheminement vers la socialisation de tous les biens ttte ost i extrêmement utile, puisque sans elle 1* collectivisme ne pourrait jamais s'établir » ».
On se doute bien que cela n'était pas sérieux M Naquet faisait évidemment chez les travailleurs la même besognequ'autrefoisdansleboulangisme : il s'employait a détourner de certains hauts sommets la foudre populaire. C était sa principale tâche. lien était une autre gui consistait a donner le signal, lorsqu'on devait, en vue de quelque grosse démonstration, recourir à l'embrigadement du prolétariat. On sait de quel appoint fut Cpour i FaVJl- d(LDreyfus la coopération de cette force. Lors de l affaire Ferrer, son utilisation se renouvela non sans succès, grâce a 1 entremise de Naquet.
Gomme Laisant, comme Laurent ïailhade, ce bourgeois bohème avait pu s'établir au cœur des organisations de chambardement. Son adresse fut de se faufiler dans tous les groupes, de s'y produire, de maintenir ses
i. Temps futurs, Préface et p. 266.