DER DOKTOR NORD AI
tables. Pourquoi la Loi ? C'est l'oppression de la liberté. Pourquoi la police ? Les chercheurs d'or d'Amérique et d'Océanie ne se gardent-ils pas tout seuls ? Pourquoi les emplois, les autorités ? Pourquoi l'État ? Les obligations qu'il impose sont tout à fait hors de proportion avec les allégements qu'il offre en échange. Il ne sert qu'à gêner, brimer et molester. A vingt ans on voudrait entreprendre un voyage : impossible, il faut revêtir l'habit bariolé, « renoncer pour quelques années à son individualité, ce qui est bien autrement douloureux que de perdre son ombre comme Schlémihl 4 ». Arrivé tout de même au terme de ce long supplice, on s'établit. Puis on devient veuf ; pourquoi vous est-il interdit d'enterrer votre femme dans votre jardin ? Le désespoir vous détourne de vos affaires, vous tombez à l'indigence et vous n'avez même pas le droit de mendier. A bout de patience, on gémit en soi-même : « Si l'ennemi venait sans résistance envahir le pays, il me causerait difficilement à moi plus de misères que ne m'en a causé mon cher gouvernement » "2.
De tous les méfaits de la civilisation moderne le plus infâme est la suppression de la polygamie. Pourquoi
i. Mensonges, cf. Psychopliysiologie du génie et du talent, p. 1 66 : « Si dans une tribu de Peaux -Rouges surgissait un Descartes ou un « Newton, on le considérerait comme un membre inutile de la « horde et on placerait fort au-dessus de lui tout chasseur d'ours « heureux, tout guerrier qui porte déjà plusieurs scalps ennemis à (( sa ceinture ; et, du point de vue de l'utilité, avec pleine raison, (( car ce qu'il faut aux tribus indiennes, au degré d'évolution qu'elles « ont atteint, ce ne sont ni les mathématiques ni la métaphysique, « mais de la viande et de la sécurité. C'est une survivance de cette « manière de voir des sauvages et des barbares que d'assigner, dans « notre prétendue civilisation, le rang suprême au soldat et de « témoigner à son costume militaire, aux broderies, comme qui « dirait aux tatouages guerriers de son col, de ses manches et du « plastron de sa tunique, la vénération qui, dans l'état primitif des (( hommes, était très naturelle et compréhensible, mais qui, à la « hauteur de notre civilisation actuelle, n'a plus aucun sens ration- « nel. »