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Mensonges conventionnels, p

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moraliser l'espèce et l'importuner dans l'accomplissement d'un acte si « glorieux » ? Comme si la fidélité, la constance étaient dans les habitudes des animaux l ! A l'amour lassé, mué peu à peu en simple affection, succède une passion nouvelle qui peut l'emporter sur cette accoutumance et cette tendresse paisible, voire même sur les sentiments paternels. Il faudrait qu'on pût sans gêne laisser là sa compagne, ses enfants. Il y a bien le divorce, mais il n'a pas encore obtenu grande considération dans la société.

C'est cette opposition entre nos usages et notre conception scientifique du monde qui, explique M. Nordau, nous rend malheureux. Nous rejetons le surnaturel, nous adhérons au déterminisme, au sélectionnisme, et il nous faut, malgré cela, nous accommoder d'une civilisation où l'on contracte union devant le maire et le curé, où l'on hérite, où l'on ne conspue ni les rois ni les prêtres. Comment serait-on à l'aise sous la tyrannie de ces mensonges ? Chacun aspire ardemment à échapper à cette souffrance continuelle. Il faut être sincère une bonne fois ; il faut

Qu'on balaie toute la friperie d'institutions datant du moyen âge ; qu'on traite les curés, les pasteurs et les rabbins comme de vulgaires charlatans si on les regarde comme tels ; qu'on chasse avec force compliments les rois de leurs palais, si on les tient pour des hommes de paille ou des usurpateurs, qu'on abolisse toutes les lois qui ne peuvent résister à la critique scientifique et que dans tous les rapports des hommes entre eux on fasse régner la raison et la logique seules -.

Son programme est très simple et très net : il faut tout chambarder. Cinq millions de Juifs avides et farouches ont réalisé depuis en Russie ce nihilisme intransigeant. Mais chez le mandarin nanti et bedonnant qu'est M. Nordau, tant de sauvagerie est d'un effet assez comique.

i. Mensonges conventionnels, p. 344 2. Ibid., p. 38(5.

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Disons aussi que son bourgeoisisme raffiné n'est qu'une apparence. La culture littéraire, l'initiation plus ou moins sérieuse à la psychiatrie n'ont pas éliminé en lui certaine animalité rebutante. Quelques salons lui furent bien accueillants. Il leur marque à sa façon sa gratitude. On ne voit là. dit-il, que

des sottes et des fats, des égoïstes et des idiots, des gens vulgaires et vaniteux, mais rien que des talents inconnus, des Brutus qui feignent l'idiotie... Tous polichinelles, onagres ou coquins, bestiaux ruminants, fauves sanguinaires ou vulgaires matins, de ceux dont on noie les petits... Et c est un drôle ou un fou, celui qui, sans v être contraint sous peine de mort, se mêle à cette vermine, hurle volontairement avec les loups et mugit avec les bœufs, vante avec le vautour les délices de la charogne et fait la cour à la dinde pour •^on e-prit l.

11 convient de rapprocher de ces élégances une confession qui nous renseigne sur le degré de sociabilité du Doktor :

Nous souhaitons le bonjour à un passant et non- ne serions pas fâchés d'apprendre qu'en nous quittant il s'est cassé le^ deux jambes. Nous invitons un visiteur à revenir bientôt et nous éprouvons à son aspect la même sensation que si nous touchions malgré nous un serpent. Nous organisons des fêtes et nous y invitons des gens que nous méprisons, que nous détestons, dont nous médisons ou qui, dans le meilleur cas, nous sont tellement indifférents que nous ne lèverions pas la main pour leur procurer un plaisir, si nous pouvions le faire au prix de cette petite peine... Nous faisons des compliments dont nous ne croyons pas un mot ; nous remercions la maîtresse de maison de son aimable invitation, tandis qu'au fond du cœur nous l'envovons à tous les diables ; nous faisons à Noël ou en d'autres circonstances des cadeaux, et nous pestons d'être contraints à de telles dépenses -.

De son installation au pied du Moulin-Rouge le moraliste contemple Paris et, par delà Paris, la France, et, quoiqu'il ne semble pas se trouver trop mal chez nous, il proclame notre sénilité, notre décrépitude, notre dé-

i. Paradoxes sociologiques, p. 6, 7, 3i. 2. Mensonges conventionnels, p. 382.

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composition !. Une chose d'ailleurs l'excède, ce sont les scies de là foule. Il les analyse avec toute l'application sérieuse dont est capable un savant d'outre- Rhin et découvre finalement qu'elles n'ont aucun sens. D'où il conclut que « l'esprit parisien » est un mythe, vu qu'il ne l'a jamais rencontré. Trente ans de Paris ne lui ont pas révélé que la blague boulevardière est une sottise composite, à la floraison de laquelle contribuent tous les émancipés qui du dehors affluent dans notre presse, notre littérature, notre politique et notre ruche commerciale ; les vrais fils de la capitale y ont peu départ.

Son dénigrement maltraite surtout les Parisiennes. Il prend, pour en parler, un air de connaisseur, fait une lippe dédaigneuse :

Elles se rendent absolument insupportables atout goût sain 2. ... Des écrivains de toutes les nations, travaillant d'après des clichés, ont prêté à la Parisienne, depuis plusieurs générations, je ne sais quel charme et quel chic. La conséquence, c'est que tous les niais des deux mondes sentent leur venir l'eau à la bouche et clignent des yeux, quand on prononce seulement le mot de Parisienne ou qu'ils en voient une en chair et en os. Ils voient en la Parisienne ce que leurs livres les ont amenés à y voir 3.

i. Les milieux dans lesquels il étudia notre société ne ressembleraient-ils pas tous plus ou moins à celui qu'il nous décrit dans ses Lettres de Paris : « Toutes les langues ici étaient parlées, tous les (( accents modulés autour de nous, mais nous n'entendions pas « laccent français. — Sommes-nous réellement dans une soirée « parisienne ? me demanda enfin mon ami, non sans donner à sa (( voix un ton légèrement nuancé de reproche. — Je vous le jure, « répondis-je solennellement. — Mais il n'y a pas un seul Français « ici. — Si, il y en a un, dis-je, et je lui présentai eérémonieuse- « ment mon inconnu de tout à l'heure, qui justement s'était avancé (.< de mon côté. Assurément il ne venait pas de son plein gré dans <( cette réunion ; il remplissait un rude devoir professionnel (( C'était en effet un jeune collaborateur du Gaulois qui avait à « rendre compte de la soirée de M. X... » (Ausgewàhlte Parisrr Briefe.

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