Mensonges. Le mensonge économique, p. 2i3etsuiv
DER DOKTOR NORDAU l85
discours qu'il prononçait à Baie, en 1899, au onzième Congrès de la secte *, L'orateur commence par une lamentation. En Russie, en Roumanie, en Galicie, gémit-il. nous sommes piétines. Encore dans ces « classiques foyers des calamités juives », les persécutions n'ont rien d'extraordinaire, mais voici qu'elles se produisent même en France -.
Cette France de la Grande Révolution et de la Déclaration des Droits de l'Homme, ce pays qui, le premier, a donné à l'Europe l'exemple de l'émancipation légale des Juifs, aujourd'hui c'est elle qui marche à la tète du mouvement antisémitique. Avec quel entrain ne voit-on pas les Antisémites se livrer au refoulement des Juifs dans l'isolement, à la réédification de murs de ghetto invisibles, quoique très réels, autour de ces membres retranchés de la communauté nationale.
L'Affaire Dreyfus a ranimé les passions du vieux temps. Comment persuader aux Français qu'ils se trompent ? Ils croient à un syndicat juif. Quelle erreur ! La Société juive a-t-elle jamais toléré chez elle une brebis galeuse ? D'ailleurs Israël a précisément péché par manque de solidarité :
Sans doute quelques rares Juifs ont fait leur devoir. J'ai le bonheur de le constater pour soulager notre conscience. Bernard Lazare, un bon, celui-là, un fort applaudissements), Jacques Bahar, notre vaillant compagnon de luttes (applaudissements), Joseph Reinach (applaudissements qui a virilement pris sa place au premier rang, ceux-là sauvent en quelque sorte l'honneur du Judaïsme. Mais combien sont-ils ? Le rouge vous en monte à la figure de n'avoir à mettre en ligne que ces rares intrépides en face de la longue théorie de héros chrétiens, Emile Zola. Picquart, Scheurer-Kestner, Georges Clemenceau, etc.. Comme c'est à un Juif que l'affront fut infligé, les Juifs se contentèrent de pousser quelques soupirs et de dodeliner de la tète.
1. Traduit de l'hébreu par J. Bahar, édité chez Stock. 2 . N'oublions pas la date de cette harangue, 1899. Le Dreyfusisme vient d'éclore.
Voilà pour la France. En Angleterre, le sort des enfants d'Abraham n'est pas fameux non plus.
11 n'y a qu'en Italie, en Suisse, en Belgique, en Hollande et dans les pays Scandinaves qu'ils soient assez bien trailés. Encore ne faudrait-il pas que les réfugiés y affluassent en plus grand nombre. Il s'y passerait alors ce qui arrive dans l'Amérique du Nord. L'Antisémitisme y était jusqu'ici tout à fait inconnu. Quelle menace aujourd'hui !
Non, l'avenir n'est pas sûr. Il n'y a qu'une chance de salut, le triomphe du Sionisme :
Le Sionisme éveille le Judaïsme à une vie nouvelle. Il y rajeunit l'idéal national; il fa t espérer la renaissance du judaïsme à muscles des âges antiques (applaudissements), il surgit et crie aux Juifs: Debout ! haut les cœurs ! faites une œuvre ! En route ! A la conquête d'une place au soleil !. . Les adversaires du Sionisme, ce sont les Juifs honteux, ceux qui croient suffisant de goûter Heine et de goûter aux plats traditionnels des sabbats et jours de fête, le Chamenn et le Schalett. Les sionistes sont les nationalistes intégraux du peuple juif (applaudisements).
Il était indispensable que des mesures de précaution fussent prises contre Nordau en cas de conflit avec l'Allemagne. Après la déclaration de guerre il nous quitta. La langue castillane était depuis longtemps l'instrument de sa haine contre la France dans la presse sud-américaine. Or le pays basque espagnol comptait maintenant parmi les foyers les plus actifs de la propagande antifrançaise. C'est là qu'il travailla d'abord à nous nuire. Mais pour l'efficacité de cette besogne, mieux valait qu'il se fixât à Madrid. Le prince Ratibor donnait là-bas le mot d'ordre aux journaux germanophiles. Notre soi-disant internationaliste fut un intermédiaire excellent au service de l'ambassadeur. Il prônait la supériorité de l'Allemagne et cette fois était sincère. La victoire, espérait-il, le ramènerait, insolent et dominateur, à Paris, lui valant des dédommagements magnifiques du séquestre qui l'avait frappé.
JOSEPH REIXACH
On a prétendu que Gambetta était juif. Nous ne le croyons pas : ce serait trop beau. Ne suffit-il pas que, malgré son origine italienne, il se soit arrogé l'honneur de personnifier la Patrie française .° Il se targuait de la défendre ; mais, à la satisfaction de Bismarck, il lui impo sait le régime politique le plus propre à l'affaiblir. Ce qu'il est intéressant de noter, c'est que le tribun formé dans le cabinet d'Adolphe-Isaac Crémieux s'acquitta de sa dette envers Israël en adoptant Joseph Reinach '. Le chef que rendait justement populaire l'éclat de ses anathèmes contre la violence germanique, choisit pour auxiliaire intime, et mit au cœur même du Gouvernement, ce fils d'un agioteur de Francfort 2, campé pour ses affaires à Paris! Il est vraisemblable que le vieux Crémieux, discernant chez son petit coreligionnaire les qualités de zèle et d'intelligence active qui le prédisposaient au rôle sacré, voulut, avant de mourir, lui assurerpar sa recommandation l'accès du pouvoir ou du moins la participation aux suprêmes influences.
Les Hébreux réalisent d'ordinaire assez vite l'assimila-
i. Les Israélites foisonnaient dans l'entourage de Gambetta. Ne nommons que les principaux, Porgès, Lévy, Crémieux, Jean David. Strauss, Dreyfus, Thomson, \ eil-Picard.
2. Joseph Reinach eut pour père le banquier Hermann- Joseph Reinach, né de Joseph- J a kob Reinach et de Thérèse May. fille du banquier Aaron May, pour mère Julia Buding, née du banquier Salomon-Moïse Buding, de Cassel.
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tion apparente. Vingt ans s'étaient à peine écoulés depuis que le Francfortois avait ouvert ici ses guichets, et déjà son garçon, muni de nos diplômes universitaires, usant de notre langue avec autant d'aisance que dePidiomepaternel, figurait au barreau de Paris, avait le grade de lieutenant dans notre armée de réserve, s'introduisait dans les rédactions des revues et des feuilles les plus considérables, notamment à la République française, le journal de Gambetta. 11 y combattit le duc de Broglie après le 16 mai et se fit poursuivre pour délit de presse : véritable aubaine pour un débutant. Il devint le favori de Gambetta1, qui dans son Grand Ministère lui confia le secrétariat de la Présidence. Cette fonction lui procura d'un coup toutes les relations utiles. Crémieux put disparaître, il était maintenant capable de se pousser sans lui. Au surplus, son oncle le baron Jacques de Reinacb, paré d'un titre italien 2 et inscrit sur nos registres de naturalisation, était une sorte de puissance occulte, dont la main s'allongeait sur toutes nos affaires économiques et qui par des accords très louches tenait à sa discrétion plusieurs princes du régime. Il aida Joseph à se rendre propriétaire de la République française, ce qui valait à notre jeune homme une position prépondérante dans le parti opportuniste. Professant volontiers, d'autre part, l'idée de revanche, dont son maître s'était laissé croire le loyal et ferme champion, il comptait, en qualité de secrétaire parmi les dirigeants de la Ligue des Patriotes.
1. Joseph Reinach, parlant de Gambetta à l'Association des anciens secrétaires de la Conférence des Avocats, disait : « Notre Président sait par quelle affection, qui a été la force et la joie de ma jeunesse, Gambetta avait répondu à mon admiration. »
2. Il fut anobli par Victor Emmanuel le 29 avril 1866, en remerciement d'un prêt d'argent, et la baronnie fut confirmée en Prusse le 12 août 1867. Il y a une autre famille de Reinach, avec laquelle il ne faut pas confondre ces parvenus. Edouard Drumont raconte (Dernière bataille, p. i3a) qu'un ami des vrais Reinach demandait à M. Oscar de Reinach s'il était parent du baron de Reinach, ministre plénipotentiaire à Berne : « Oui, répondit imperturbablement le nomade, mais il est de la branche cadette. »
Il ne devait pas tarder à quitter cet honnête groupement. Ce que n'avait pas fait Gambetta, les masses l'attendaient d'un général que nul succès guerrier certes ne leur recommandait, mais que son attitude résolue au ministère désignait à leur sympathie. Les espoirs longtemps déçus, le mépris des factions régnantes s'affirmaient sur le nom de Boulanger. Une foi commune en son énergie libératrice animait Paris, et la Ligue se vouait avec enthousiasme à sa fortune.
Joseph Reinach, Français nouveau, Français de hasard, ne sentait pas le devoir de discrétion que lui imposait sa situation spéciale. Que le 7 janvier 1886 il eût dit à ce député lui annonçant l'entrée de Boulanger à l'hôtel de la rue Saiut-Dominique : « Ouvrez l'œil sur lui, c'est Pavia ! » c'était une opinion, cela n'avait rien d'inconvenant. Qu'il eût gourmande Clemenceau ' et sa séquelle radicale, dont l'imprudence avait fait parader devant le peuple ce beau soldat, cela non plus ne dépassait pas les droits d'un témoin. Ce qui répugnait, ce qui révoltait, c'était d'assister au jeu de ce demi-étranger s'immisçant dans nos querelles, prétendant secourir notre liberté menacée et prodiguaut les injures non pas seulement à l'officier, mais aux millions de citoyens qui l'acclamaient -.
Furieux, tout frémissant, il malmenait les Juifs fourvoyés dans cette fête nationaliste.
1. La première pique entre Boulanger et Clemenceau se produisit un soir que les manifestants étaient venus crier « ^ ive Boulanger ! » sous les fenêtres du journal la Jusliee.
2. Boulanger était à la fois un Jésuite, un reître, Prométhée, Césarion, Mangin, Mandrin, Avinain, le Chevalier de la Morue, Catilina, Roumestan, Prado, Pranzini. Monstre Premier, Midas, etc. etc.Quantaux boulangistes, c'étaient des repris de justice, des récidivistes. (Voir les trois séries des Petites Catilinaires : la Foire Boulangiste, le Cheval Noir, Bruno-le-Fileur).
M Boulanger est un homme heureux. Le héros de Virgile ne pouvait perdre un rameau d'or sans en retrouver immédiatement uji autre. M. Boulanger de même n'a pas perdu plus tôt M. Eugène Mayer de la Lanterne qu'il trouve aussitôt M. Arthur Meyer du Gaulois... Uno avulso non déficit Meyer. M. Mayer ayant quitté avec armes et lanternes le comité de la rue de Sèze, M. Meyer s'est présenté le soir même à ta tête de son journal '.
Et encore.
Répétons tous : Laguerre est grand, Naquet est beau, Et laissons la pudeur au fond du lavabo '-.
Pure feinte d'ailleurs très probablement, que ces railleries. Il était salutaire pour Israël que des frères et amis fouinassent dans l'entourage de l'Amalécite.
Cependant le danger n'existait pas que dans la capitale. La province aussi se déclarait « révisionniste » .
« Il y a quelque chose de plus dangereux que Boulanger lui-même, observait Reinach, c'est l'état d'esprit boulangiste. ») Après les élections triomphales de la Dordogne, le 8 avril 1888, succédant à celles de l'Aisne et présageant celles du Nord, il s'inquiétait sérieusement.
— Vigie, d'où souffle le vent ? — Vent de folie, toujours vent de folie 1 Et il souffle terriblement.. Notre malheureux pays passe encore par toutes les phases de la tempête que les hommes de la Deuxième République ont connue et qui les a emportés... O survivants des proscrits de Décembre I... Quand Georges-Ernest Boulanger sera premier consul, où sera la liberté ? où sera la Républi que ? et que deviendra la Patrie 3 ?
Il avait quittté la Ligue de Déroulède dès que celuici s'était déclaré pour le général. Il eut avec lui un duel, puis avec Edmond Magnier un autre.
Mais ni ses imprécations ni ses coups de pistolet ne suffisaient pour arrêter le progrès des antiparlementaires. Le 27 janvier 1S89, Paris donnait 275.000 suffrages à
i.Le Cheval Noir, p. 21.