‹ Figures littérairesChapitre 10 sur 48 · AIN DU É GIDE · texte numérisé non relu

AIN DU É GIDE

mais voici qu'elle s'éprend de son propre héroïsme; nouvel amour, qui dans cette âme passionnée s'élève contre l'autre avec une indicible violence. Alissa est une fanatique de l'héroïsme : et sans doute la noblesse d'un acte ne se mesure point à son utilité, mais enfin, nous hésitons un instant devant la magnifique obstination d'Alissa : il apparaît en eflet bientôt que son renoncement n'est d'aucun secours à Juliette et prolonge le supplice de Jérôme : avec une décision qui témoigne d'un vigoureux sens pratique, Juliette a accueilli un quelconque prétendant, dès qu'elle eut éprouvé l'indiirérence de son cousin; mariée, elle est lu-ureuse — heureuse, je vous le dis. Alissa s'épouvante d'une aussi rapide résignation au bonheur. Elle-même ne se pardonnerait point une semblable faiblesse : et L'on eût compris que Jérôme et Alissa ne se hâtassent pas de s'épouser au lendemain des noces de Juliette; plustard....

Il faut bien le redire, certains accuseront Alissa de fol or-ueil; ils auront tort, s'il demeure entendu que certaines âmes échappent au jugement de la commune sagesse, et que le sublime élan d'un être humain vers un idéal de perfection mérite, à tout prendre, quelque indulgence.... Cette folie du martyre, où une loinaine humanité vit une vertu si haute, Alissa nous «"il ramt d'en apercevoir encore la beauté; Alissa n'atend mille récompense supraterrestre ; une assez vague «ligiosité plutôt qu'une religion véritable transparaît Uns ses propos; mais sa bible, ses psaumes protesants, l'Imitation lui servent à entretenir son exaltaion, et la prédisposent à s'enivrer, si j'ose dire, du lysticisme de la soutfrance : pour exceptionnel qu'il

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soit, son cms n'est pas hors l'humanité : c'est une forme de la sainteté qu'elle propose à l'émulation* de Jérôme :

— Mon ami, commença- t-elle, cl sans tourner vers moi son regard — je me sens plus heureuse auprès de loi que je n'aurais cru qu'on put l'être... mais, crois-moi : nous ne sommes pas nés pour le bonheur.

— Que peut préférer l'âme au bonheur? m'écriai-jc impétueusement. Elle murmura :

— La sainteté —

<i bas, que ce mot. je le devinai plutôt que je ne pus I entendre.

Tout mon bonheur ouvrait les ailes, s'échappait de moi

vers les cieux.

Sur le fond discret du récit, le dialogue, la correspondance des amants éclatent à la pleine lumière : on suit avec une émotion angoissée l'envol de ce mysticisme éperdu : nul roman qui fasse précéder de plus dramatiques aventures la mort d'une touchante

héroïne.

Et je consentirais à épiloguer sur l'hypothétique stérilité d'un martyre volontaire, s'il n'était abondamment prouvé qu'on ferait un tort grave à la littérature en lui interdisant de semblables sujets. Je préfère chicaner André Gide sur certaines obscurités, en vérité o-patuites. et qui n'ajoutent assurément nul relief à son œuvre : il arrive qu'au cours de ce duel de subtilité où ils s'épuisent. Alissa et Jérôme paraissent s'embrouiller ; sommes-nous surs de comprendre? \ ous verrez que certains formuleront des doutes légitimes : je m'en afflige d'autant plus qu'il se trouvera assez ({e o-ens — et parmi eux des critiques — pour aperce-

INDRE GIDK (J3

[foir 1 excès de recherche, la prétention quintessenciée lon( souffre d'aventure Tari d'André Gide.

Il faut lire ce roman dans le recueillement; en férité, je plaindrais quiconque n'en saurait goûter le marine grave, quiconque n'entendrait point cette frngue si neuve et si ancienne, quiconque se défendrait le frémir au tremblement de cette voix mouillée de armes, quiconque aurait le détestable courage de ne toint s'abandonner a la séduction de cette mélodie pmantique, rythmée selon une discipline classique.

HUMILIS

Est-il vrai que Germain Nouveau, poète nomade, rimeur désireux de beaux songes et non de succès mondains, mène quelque part, en un midi hospitalier, la libre existence du chemineau porte-lyre?

Certains, qui se disent ses amis, l'affirment.

Ils affirment bien d'autres choses, les amis de Germain Nouveau.

Ils ne nous livrent pas une biographie complet* : ce qu'ils veulent bien nous confier est digne d'attention, parce que les poèmes de leur singulier héros ne sont point négligeables.

Donc Germain Nouveau aurait eu une jeunesse sédentaire; parisien, comme vous et moi soumis aux obligations de la vie citadine, on le vit au boulevard.

Aujourd'hui, si vous rencontrez à quelque détour des routes provençales une maigre ligure hâlée, une silhouette insoucieuse d'élégance, un de ces vagues passants de qui le regard lointain et la face brous-

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saiileuse inquiètent l'homme des villes, ne ressentez d'abord ni crainte, ni commisération ;peut-être aurezvous croisé un grand bonheur qui se dissimule, l'âme la plus doucement sereine de ce temps, le délicat poète Germain Nouveau.

Il erre, dit-on, de ville en ville; il aime la mer; pour jouir des spectacles marins, il monte à bord des paquebots qui font le trafic entre Marseille et Alger; n'allez point le chercher aux salons des « premières; » il est avec des bouviers, des pâtres africains; ses facéties, ses chants, ses histoires sont infiniment appréciés de ces naïfs compagnons.

Depuis des années il vit ainsi; il n'est point las d'errer.

Que d'autres, mélancoliques montreurs, clament leurs vers parmi le bruissement profane des salons parisiens! Il faut les plaindre. Lui préfère se dire ses poèmes à soi-même; piéton humble et poudreux, passager qui s'attarde en de sordides entreponts, ou i l'avant des navires, dans le brouhaha de l'équipage et de la canaille, il a droit a notre envieux respect.

Avant, tels les pèlerins de jadis, fait vœu de pauvreté, dire qu'il échappe aux soucis médiocres ne ufîit point : son indigence est opulente, son dénuenent resplendit, l'éternel soleil des joies spirituelles nille sur lui.

Ne lui parlez point de ses vers ; il les renie dès uils cessent d'être l'enivrant secret de son cœur jodeste et passionné; défiance du bon ouvrier épris

une perfection trop achevée; scrupules du croyant, ui redoute le scandale ancien d'enthousiasmes héré-

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tiques; surtout prudence de L'ascète, ennemi du bruit

et de La renommée : Germain Nouveau luit la gloire, parce qu'elle est pernicieuse h celte suprême vertu, l'humilité.

Capricieuse, la gloire ne lui tient point rancune; coquette, elle court au-devant de qui ne la sollicite point; elle assaillera quelque jour Germain Nouveau au coin d'un bois.

Les amis du poète seront complices; ils publient ses poèmes, avec des compositions du sculpteur Auguste Ko, lin, qui en sont comme la glorification et la transposition linéaire; ils les publient, et nous rappellent que dès L904, une brochure signala à quelques lettrés ce rare talent; une affectueuse supercherie déjoua l'opposition de l'auteur; écoutez M. Maurice Saiut- Chamarand, à qui L'on doit l'édition nouvelle : « Au cours de l'année D'H, M. Léonce de Larmandie, seul possesseur, depuis plus de vingt ans, de poèmes manuscrits dont le véritable auteur (désignons-le par ses initiales, G. N. , se refusait à reconnaître la paternité — M. de Larmandie fit paraître, dans une brochure incomplète, adressée à quelques privilégiés, quelques-uns des plus beaux poèmes dudit G. N.. sous l'égide de la Société des Poètes Français, et dans L'espoir de faire sortir enfin ces poèmes de leur obscurité! » L'égide de la Société des Poètes Français écrasa la timide brochure... Or, voici que le désastre se mue en victoire ; de quelles haïssab es rumeurs de triomphe ne sera point troublée la paix lointaine de Germain Nouveau!

« Si jamais je publie mes vers, ils paraîtront sot»

HUMIUS g~

lo nom d'Humilis.... „ Ainsi fut fait : mais notre temps ne s accommode point de l'anonymat où s'abîmait I éphémère célébrité «les artistes d'autrefois, bâtisseurs de cathédrales, sertisseurs de vitraux, enlumineurs de manuscrits précieux. Puisse l'hommage de ■os.dm.rationsne point sembler trop amer à Humilis H a «ne légende: hélas! la merveilleuse aventure dont ,1 étonne notre temps prosaïque et jouisseur fera voler son nom sur les lèvres des hommes; on s étonne, on admire : songez donc, chère Madame un chennneau, un vrai; quel costume! la jolie sauvagerie! Sur quoi la petite Madame frivole s'en va lire ees poèmes de la plus somptueuse simplicité et où la pureté du son semble comme bercée parmi l'ample harrnoiue d un mvisiLle orchestre. Elle en ressent quelque émotion et s'approuve de devenir meilleure Combien 1 muteront ! L'élrangeté de sou destin in. j'ose aux plus rebelles mémoires le nom d'Humilis «mie de ce nom qui appelle l'obscurité et qui déjà 'tmcelle dans la lumière. J

Qu'on le lise! peu nous importe le motif dont s auonse la curiosité des gens distraits. Quant à ceux ont i. a pns le cœur, comment leur déplairait-il que

■e même dHumilis soit eu parfait accord avec on

uwe> trop de poè.eschantentlesjoiesruralese, e complaisent dans l'intrigue des «m-

...,1, , . ,u'oue «es \illes, ou encore

«lient une naïveté que démentent tous leurs actes- «--»- .««Trc le ;ra,, cxemp,e d'un enthousiasme 111 «« M poi.il .seul,ment liltéruirc; il „'L,| |)oil„ «dément sincère, il est h.g.qu, ave'c soi mtoif^e

$g FIGURES LITTÉRAIRES

Il a un accent que nul autre n'eut avant lui et que nul ne copiera jamais ; ce bonheur lui échoit dont peu de poètes furent gratifiés : son art a la fraîcheur d'une création imprévue; nous lui devons la surprise de découvrir comme une langue nouvelle, mélange de science verbale et rythmique qui se dissimule et veut se faire oublier, et d'hésitante ingénuité. La charité, la pauvreté, l'humilité, la chasteté, tels sont ses thèmes préférés; ou encore son mysticisme interprète la beauté des corps, la splendeur des cathédrales : Vous êtes belles sans orgueil....

Ses poèmes sont des prières ; on dirait des fragments d'une très ancienne liturgie :

0 mon Seigneur Jésus, enfance vénérable,

Je vous aime et vous crains, petit et misérable,

Car vous êtes le fils de l'amour adorable.

O mon Seigneur Jésus, adolescent fêté,

Mon âme vous contemple avec humilité,

Car vous êtes la Grâce en étant la Beauté.

O mon Seigneur Jésus, qu'un vêtement décore,

Couleur de la mer calme et couleur de 1 aurore,

Que le rouge et le bleu vous fleurissent encore !

O mon Seigneur Jésus, chaste et doux travailleur,

Enseignez-moi la paix du travail le meilleur,

Celui du charpentier ou celui du tailleur.

O mon Seigneur Jésus, ô convive divin

Qui versez votre sang comme on verse le vin,

Que ma faim et ma soif n'appellent pas en vain.

O mon Seigneur Jésus, vous qu'en brûlant on nomm

Mort d'amour, dont la mort sans cesse se consomme,

Que votre vérité s'allume au cœur de 1 homme.

HUM I LIS g g

Un grand élan religieux le soulève, qu'il célèbre, dans l'ardeur de sa foi,

L'impériale odeur des tombes entrouvertes,

ou qu'il invoque un surnaturel secours pour sauver notre temps, car :

Tout ce qui fleurissait et parfumait l'été

Delà vie et de l'âme, L'amour loyal de l'homme et la fidélité

Pieuse de la femme,

Ces choses ne sont plus; l'haleine des autans

A balayé ces roses El l'homme a changé l'homme, et les gens de nos temps

Sont repus et moroses :

Oui, c'est la nuit qui vient, la nuit qui filtre au fond

De l'âme qui décline, Et grelotte déjà dans cet hiver profond,

Comme une ombre orpheline ;

Toute son œuvre est une protestation contre les ténèbres envahissantes, et le matérialisme aveugle et sourd.

Une protestation; retenez bien qu'IIumilis n'est point un apôtre; ne Jui demandez nul prosélytisme; ion indignité repousse un si grand rôle; il n'est qu'un »eux artiste, un croyant parmi la foule; l'indépen- Uince de son rêve lui est chère, et c'est peut-être unique vanité dont ne s effarouche point son âme scrupuleuse :

Au surplus, je n'ai pas l'améthyste à mon doigt,

Je ne suis pas du temple, Et je sais qu'un chrétien pur et simple ne doit A tous que son exemple.

70 FIGURES UTTÉBAIRES

Je ne suis pas un prêtre arrachant au plaisir

Un peuple qu'il relève ; Je ne suis qu'un rêveur et je n'ai qu'un désir :

Dire ce que je rêve.

C'est par là qu'IIumilis nous appartient, par la qu'il appartient à tous, interprète des enchantements mystiques cher à quiconque vit dans le siècle et *><• nourrit de pensée profane.

Il est un merveilleux artiste, et tel de ses poèmes devrait être connu à l'égal des plus connus :

Aimez vos mains afin qu'un jour vos mains soient belles, Il n'est pas de parfum trop précieux pour elles. Soignez-les. Taillez bien les oncles douloureux, Il n'est pas d'instruments trop délicats pour eux.

C'est Dieu qui fit les mains fécondes en merveilles; Elles ont pris leur neige aux lys des Séraphins, Au jardin de la chair, ce sont deux fleurs pareilles, Et le sang de la rose est sous leurs ongles fins.

Il circule un printemps mystique dans les veines Où court la violette, où le bluet sourit : Aux lignes de la paume ont dormi les verveines: Les mains disent aux yeux les secrets de l'esprit.

Les peintres les plus grands furent amoureux d'elles, Et les peintres des mains sont les peintres modèles

Servez vos mains, ce sont vos servantes fidèles; Donnez à leur repos un lit tout en dentelles.

Ce sont vos mains qui l'ont la caresse ici-bas; Croyez qu'elles sont sœurs des lys et des ailes; Ne les méprisez pas, ne les négligez pas. Et laissez-les fleurir comme des asphodèles.

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Et vous, dites, ô vous, qui, délestant les armes,

Mirez votre tristesse au Meuve rie nos larmes,

Vieillard, dont les cheveux vont tout blancs' vers le jour

Jeune homme, aux veux divins où se lève l'amour,

Douée femme mêlant la rêverie aux anges,

Le cœur gonflé parfois au fond des soirs élran-es,

Sans 8onjrer q„vn V()s mains i]Quvll Ia vojonté>

Fous, vous dites : « Où donc est-il. en vérité,' Le remède, ô Seigneur, car nos maux sont extrêmes | », - Mais .1 est dans vos mains, mais il est vos mains mêmes.

{Les Mnins).

Un tel poème, qu'il faudrait citer presque toul enhrr. est un des plus immatériels et des plus purs joyaux de la poésie contemporaine. Il est la suprême expression dune ferveur qui fleurit çà et là en des strophes parfaites :

Dieu ht votre corps noble et votre âme charmante. Le corps sort de la terre et l'âme aspire aux cieux ; L un est un amoureux et l'autre est une amante.

Dans la paix d'un jardin vaste et délicieux,

Dieu souffla dans un peu de boue un peu de flamme

Kl le corps s'en alla sur ses pieds gracieux.

(Le Corps cl l'Ame),

°™ti°n 'le- l'esprit, et delà chair, qui en est ia ^station sensible, et de leur commune beauté "u triomphe la glaire de l'indicible, aboutissement dune double tradition, chrétienne et païenne, mamyslique du plus haut idéal de spiritualité et du rêve le plus éblouissant de magnificence plastique. Que m vous n'aperceviez point celte douMe source lu génie d'Humilis, je vous renverrais au poème infini* Dans 1rs Temps que je vois; le dernîer vœu du

poète est en faveur d une humanité revivifiée par l'Evangile et rilelléni&me :

Qu'ils sont beaux, les enfants que le Seigneur envoie

Ce sont des vignerons et des maîtres de danse Buvant, à pleins poumons, l'air joyeux des matins, Et des grammairiens parlant avec prudence, La lèvre façonnée aux vocables latins.

Ce sont des charpentiers et des tailleurs de pierre, De divins ouvriers dont le ciel est content, Et dont l'art qui rayonne a fleuri la paupière, Aimant tous les travaux que Ton fait en chantant.

Ce sont des peintres doux et des tailleurs tranquilles. Sachant prêter une âme aux plis d'un vêtement, Et suspendre des cieux aux plafonds de nos villes, Aimant tous les travaux que l'on fait en aimant.

Plus charmants que les Dieux de marbre pentélique, C'est l'Olympe, ô Seigneur, rangé sous votre loi ; C'est Apollon chrétien, c'est Vénus catholique, Se levant sur le monde enchanté par sa foi.

Tel est le songe ultime d'Humilis; ses vers en constituent dans le domaine de l'art la réalisation anticipée ; ses poèmes ont le charme des allégories platoniciennes et la grâce poignante d'un cantique grégorien, ou encore d une madone de primitif.

On Ta comparé à Verlaine; comment ne point rapprocher leurs sorts? et parfois leurs inspirations ! Ils partagent l'honneur d'avoir donné à la France contemporaine ses plus beaux poèmes religieux. Ils eurent une conception analogue du mal, qui est le péché; ils parlèrent du péché de la chair avec une tragique horreur, et célébrèrent la sainteté.... Ver-

HUMILIS

laine est un prestigieux maître, un poète dune richesse ■negalee; Humilis n'a pas cette variété, mais s'il con- Mit moins de modes, sa voix est plus pure ; elle ne tremble pas de remords; elle trouble moins ; elle est comme une compagne infiniment douce du silencenulle musique française n'est plus délicatement suave*

MAURICK MAINDRON

On est trop assuré, quand on loue les ouvrages de M. Maurice Maindron, de ne se déterminer que par des raisons littéraires, pour ne se sentir pas fort à Taise. Maurice Maindron n'est point de ces écrivains qui édifient une réputation sur le lâche consentement d'un public habilement sollicité; on est bien certain, si Ton s'avise de porter un jugement sur son œuvre, de ne jamais céder à l'obscure influence dune conspiration de flatteurs. Maurice Maindron décourage les flatteurs avec autant d'énergie qu'il désapprouve la cabale. Ce romancier escalade les sommets de la odoire par des chemins dont il est soûl à s'accommoder ; les plus abrupts ne l'effraient point; son audace étonne et scandalise un temps que n'irritent plus la séduisante intrigue ni l'aimable renoncement au courage. Maurice Maindron a tous les courages, et d'abord celui de rompre en visière à nos détestables mœurs. Parmi tant de souples échines il montre la

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wide stature d'un reître armé de toutes pièces et oui

•ni savant et artiste. A notre honte saluons en sa personne un magnifique anachronisme.

Anachronique, et comme tel déconcertant, il offense par une abondance hétéroclite de vertus périmées e1 de talents précurseurs notre goût de l'homogène et du simple, notre prédilection pour tout ce qui, hommes et ilecs. se la.sse aisément ranger dans nos classifications. Bien loin qu'on lui sache gré .lavoir tenté «es plus ,1, verses entreprises, bien loin qu'on soil '»«> par le succès d'activités multiples, on ira reprocher a cet entomologiste ses romans, à ce romancier ' mémoires archéologiques, à ce critique «l'art ses voyages ,1 exploration, a cet artiste sa science à ce •avaul son art. Connue s'il n'était de salut nue dans l accomplissement d'une lâche exiguë, comme si de • aveugler d'œillères aiguisait le regard, connue si 1, fameuse « spécialisation, » favorable aux petits n.é- <-'>'s du corps et de l'esprit, n'était point meurtrière 'I ""'' haute et intense vie intellectuelle! Et d'ailleurs qu entend-on par spécialisation? Et faul-il croire çpiun étroit exclusivisme en soit l'inévitable condilion. Je sera», pour ma part, (enté de croire que Maur.ce Maindron est lout le contraire d'un an.a- '-;•"', étant un spécialiste en quatre ou cinq domaine. ou sa maitnse n'est pas contestable.... Voilà bien

!" "' ce '1"'' est grave, car on pardonne à Ingres

wn violon, et tel de nos romanciers s'affirme imputent collectionneur, sculpteur, peintre, „ spori- «>an; , ,1 „ est (|„, de cultive,- h, frivolité; mais

•••science, mais plusieurs sciences, unies à IVi |iu,. ■ e !

0 Maindron, votre inexpiable crime fut de défier et de confondre nos pédantismes coalisés!

Et peut-être verra-t-on quelque jour un équitable naturaliste découvrir que les ressources d'un esprit diversement cultivé ne furent point inutiles aux recherches de son confrère Maindron ; un archéologue viendra qui proclamera fécondes les intuitions de l'artiste égaré dans l'archéologie.... Quelque tort que Ton fasse à un semblable cerveau en ne retenant ici de son œuvre que la partie proprement littéraire, il faut bien s'y résoudre; du moins aperçoit-on nettement que ces romans eussent été inconcevables sans ces mémoires, ces notes, ces monographies ; la savoureuse originalité de cette littérature est faite du concours imprévu de tant de compétences ; aux triomphes de l'écrivain, qu'ils préparèrent, demeurent intimement associés le naturaliste, le voyageur, l'archéologue, l'historien des costumes et des armes.

Dolichus bicolor, n. sp. — Insectum robustum, alatum, sat deplanatum, pronoto lato, nigro, nunquam flavomarginato; elytris badiis, nigro-circumdatis; corpore subtus piceo, nitido; pedibus plus minusve obscure rufis; antennis piceis, articulis 1-4 rufescentibus. — Long. : 14-17 mill. — Yunnan.

Tel est le signalement scientifique d'un insecte que la vigilante érudition de Maurice Maindron inscrivit naguère dans les catalogues officiels; telle est la langue dont personne ne dispute plus le privilège

MAURICE UAINDRON 77

aux naturalistes obstinés à décrire, de ses antiques couleurs, le spectaele incessamment renouvelé de la vie : insectum robustum... cela n'a l'air de rien ces trois lignes de latin essoufflé : de quels longs voyages de quelles patientes recherches ne témoignent-elles pas? et de quelle minutieuse et active contemplationcar ,1 importait de ne point confondre ce Dolicluis bicolor et le D. halensis Schall; sachez donc que sa stature est plus robuste, plus court et plus élargi en arnere son pronotum ; notre Dolichus se distingue en ou re par des singularités de nuances : noirs, fa tête et le corselet brillent d'un obscur éclat ; nulle bordure rousse ne pare le corselet; d'un bai plus ou moins clair les élytres sont bordées de noir aussi bien aux épaules qu aux épipleutres et à la suture; les antennes les pattes... Je „ en finirais point d'énumérer tant de détails perceptibles seulement aux jeux les plus exerces. Les sciences naturelles sont d'étonnantes promotrices de 1 art descriptif; elles enseignent la modestie patiente, requièrent une absolue exactitude, et n'autorisent qu un enthousiasme humble, infiniment respectueux de la splendeur du vrai.

Or ce sont des veux ainsi éduqués, une imagination ains. discphnee que Maurice Maindron promène à travers le monde ; d'avoir travaillé au Laboratoire d e„tomoIogle du Muséum sous la direction de Kuncï Hercnlals. "J avoir inauguré un classement des nlr e\?e"res voisins' et adonné la collection publique dmsectes hyménoptères, le prédestinait à preoun utilement l'Afrique, l'Asie, la Malaisie ; utdement, non point en dilettante en quête d'émois vagues et d'émerveillements imprévus, mais en

savant soucieux de subordonner ses rêves à ses observations, et de ne jamais sacrifier aux mirages de L Imaginative les prodigieuses ressources de l'information j à Singapore. à Java, à Gélèbes, en Nouvelle» Guinée il déploie une fougue juvénile sans interrompre le cours d'austères investigations; il collectionne les vers, mollusques, cœlentérés, approfondit la vie évolutive des insectes hyménoptères; immobilisé en je ne sais quelle lointaine escale, il exécute des suites de maquettes en couleurs de poissons, d'oiseaux.... Toute sa vie ce Parisien, obéissant à de soudaines nostalgies, tirera ainsi de studieuses bordées; on le rencontrera en mission au Sénégal, dans l'Inde, à Sumatra et à Java, sur les confins de l'Abyssinie; du South Arkot, il envoie au Muséum une collection d'insectes, des vers, des mollusques, des crustacés, des oiseaux, des fœtus de roussette, le Lori grêle Sténops gracilis), des crânes d'Hindous... une seule de ses expéditions (à la baie de Tadjourah) nous vaut douze mille exemplaires d'animaux articulés, représentant douze cents espèces; et qui donc, parmi les profanes, ne lui serait reconnaissant de tant d animaux vivants dont il enrichit les cages et les fosses de notre Jardin des Plantes : des pythons, des singes, un bouc des Danakils, une lionne d'Abyssinie....

La bibliographie de ses travaux d'histoire naturelle ferait honneur à un laborieux professeur.

La bibliographie de ses travaux d'archéologie est à peine moins imposante.

Et sans doute n'est-il point commun que le même érudit signe des études sur le puceron lanigère et ses dégâts, ou les éphidères, lépidoptères perforant les

* M JJUGE .MAINDIÏON 79,

oranges, ou les Marmottes, ou le Carfw, ou les £>/•«: //0//.V yo/a/^5 «fe /awa, ou les G/kkm, ou les Orchidées du genre Cypripedium, ou le Chien des prairies, Cynomis hido vicianus, et des articles ou volumes qu'il intitule Les armes, Les armes artistiques au A l ° «écfe, Coup rfœiJ sommaire sur les armes orientales, Esquisse de l'histoire de lépce au XVI* siècle reperdu Marquis de Pescaire au musée de Cluny Larmeria Real de Madrid... et enfin ce Dictionnaire du costume du moyen âge au XIX* siècle, dont le programme eût décourag* plus dune courageuse initiative. Et peut-être ne saurait-on découvrir entre tant d objets divers d'autre lien que celui d une curiosité s exerçant selon des directions voisines, et conformément à des méthodes identiques; car la méthode des sciences naturelles convient assez bien à l'histoire du vestiaire humain ; sciences avant tout descriptives sciences exactes en quelque sorte, et dont le p emier Irait est de communiquer aux esprits qui s'y adonnent .vec continuité le -où! «lune extrême précision.

Sciences somptueuses, et qui meublent la mémoire 1 un trésor de formes et d'images que l'esprit le plus nventif serait incapable de seulement concevoir «cap.tulons cette carrière : faire le tour de cette ■agiuation, cesl parcourir non point un mais plu- ■our, musées : les m, ^licences de la nature tropi- >b', les luxuriances de ta forêt et de la mer. que le "":""" <1,,s '"•»>'»-■< soupçnane à peine confusément

la flore et la faune, les climats, les peuples, les civilisations millénaires de l'Inde et de la Chine, les armes, le blason, le costume, toutes les ressources de la planète explorées, mesurées, l'orgueil et le luxe des aristocraties guerrières observé, étiqueté, pénétré par le plus méticuleux enquêteur, quel prodigieux amoncellement de richesses pour un peintre, un écrivain,

un romancier!

Et j'entends bien que de cette opulence Maurice Maindron n'ambitionne d'user qu'avec une probité scrupuleuse; il ne se reconnaît pas le droit de gaspiller et d'avilir la beauté ; nul plus que lui ne hait le clinquant, le plaqué, toute cette pacotille dont une littérature exotique inonde le marché de la librairie internationale; artiste, il ne répudie point la rude discipline scientifique, mais dénonce ces brillantes transpositions littéraires qui valent seulement par l'impression. En effet :

Ce genre, très en faveur aujourd'hui, a le très grand inconvénient, à mon sens, de présenter sous la forme d'une vision personnelle ce qui devrait être la peinture sévèrement fidèle des choses vues, avec, à l'appui, des témoignages assez nets pour se critiquer par eux-mêmes et infirmer toutes ces appréciations de fantaisies qui sortent du domaine de la réalité, qu'on doit respecter même et surtout en art, pour se résoudre dans la plus fumeuse des rêveries (Dans V Inde du Sud. Le Coromandel).

N'attendez donc de Maurice Maindron ni rêveries, ni fantaisies, mais des peintures sévèrement fidèles; les deux volumes qu'il consacre aux Indes sont de la plus véridique splendeur; les paysages, les monu ments, les ciels, les plantes, les animaux qu'il intro

MAlRICi; MALNDRON gj

duit dans ses récits, il les a vus, et ce sont les notes du géologue, de l'archéologue, du botaniste oue transcrit le plus scrupuleux des prosateurs

Mais quelles rares excitations un esprit créateur ne pcut-il espérer dune aussi abondante et insolite

documentation! » Et s'il „•<«, pas <)ouleux notre imagmation soit l'ingénieux reflet d'un kaléidoscope .«teneur, que ne doit-on point attendre de celui qui contemple le choc de tant d'images et de spect.icles grandioses!

Maurice Maindron ne déçoit nul espoir : il est probablement le pemtre le plus étonnant, qui ait encore »pparu dans 1 h.stoire ,1e nos lettres, de certains •spects parmi les plus surprenants et les plus ma«miiques du monde terrestre : b.en loin que sa science

«crase et 1 immobilise, elle lui ouvre d'infinis horions ; les ressources illimitées des termes techniques « «louassent pomt sa langue, où nous admirons le "«gique prestige de la propriété ,1, l'expression; e. eut-etre ignorerions-nous la puissance évocalrice

une certaine exactitude, s'il ne lui avait plu d'écrire es pages ou étincelle le plus sur vocabulaire, celle- , par exemple, qui commémore le souvenir d'une veursion marine :

Dans les hauts-fonds, parmi les grandes .nasses bfcn

S^itetf~^-^-et.4gorgo„e:rma1 ï

l^uie> lorets sous-marines où erraioni ,?,>

-aneçs datantes e, tranché™, bleus ronL^Tts* WB". '-.e, ,1e „„„■, ,„aSqués de lunules f' '

■taee. veloulées très sombres. Tous av, e ,T(|1 . ;'"-. at ils allaient et venaient e pTursutvanÏ ™

'- -'—e démarche do.nb.vs qi I n'V ^

go FIGURES LITTÉRAIHKS

êlres muets, se mouvant tout d'une pièce, quelque chose de factice et d'incomplet.

Les coralliaires, avec leur trône ramifié, décomposa en brindilles .le plu* en plus ténues, chargées de bourgeon» étoiles, ressemblaient à ces arbres .1 Ainque , qu. nonl point de feuilles. Et parmi eux grimpausnt les ouwm luindes sur leurs piquants, et auss. des annel. des qu ondulaient comme des mille-pieds. Les meandrmes -, divisions polygonales rappelaient des gâteau» de miel, d'autres....

Le même art chatoyant et sobre décore tous ces contes, où Maurice Maindron anime d'une vie étrange les dieux et les monstres, les hommes, les êtres réels et chimériques dont il lui fut donné de connaître les vices les vertus, ou l'occulte puissance ; contes atricains, persans, hindous, malais, voire français, telle cette Merveilleuse et véridique histoire du dragon de Saint-Odolan . Certains de ces récits, âpres, nets, définitifs, sont d'une perfection que Flaubert eût jalouser : d'autres ont le Uni délicat et le velouté de ces miniatures persanes qu'un Delacroix - erreur surprenante — jugeait inexpressives, et que se disputent de uns jours les plus fins connaisseurs d'art. Certains ressemblent à de violents émaux, d'autres brillent doucement à la façon de très anciennes légendes....

Tous vivent : ils furent écrits par un artiste au sang Généreux et qui n'a point en vain obéi aux ardeurs des passions aventureuses. Car sa longue odyssée ai» océans lointains et aux plus merveilleux rivages m fut point celle d'un timide botaniste; par delà set récils on devine une humeur entreprenante et quas guerrière : les mœurs barbares semblent avoir étran ornent séduit ce civilisé: il en admire la crudité: j

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leur doit le secret d'une jeunesse et d'un clan frené- •ques... Son œuvre est toute pleine de héros tumultueusement immodestes.

Et sans doute une pareille école n'enseigne-t-elle po.nl le respect de [humanité; la vertu n'en impose guère a qu.conque peut témoigner de ^universalité *»v«ce; aux yeux d'un tel j„ge, l'homme vaut par !.. ruse ou la force, la femme par la beauté ; l'homme

-tha.sable s'il n'était surtout ridicule; la femm «« tout juste digne d'un aimable dédain; le sentimenl ne mérite considération que du seul point de vue esthétique. Le saw <„,'f 1 i- . i ,\ 8 se nt t,e 1 incohérence

•es «mes bafoue l'inconsistante folie de nos rêves- « =llle allè ,es toaclus.ons -es,

t ' ~a,,s™ et se venge, avec quelque féroce '" ' dun monde voué aux surprises et aux cf- '•uautés du hasard.

." a!,a,t «tte existence, cet entraînement aux

'.-tnctes méthodes, et cette inlensne culture de ™<^at,oa, ces retraites de laboratoire et cette '-he d errante activité, cette carrière irreguS cette apphcalmn, pour rendre Maurice Marron

; ^ '*,: ° 7»—;' "'écrire les ron,,ns, /.,, TW

, .1/0,,.,^, de a^rambom.. . qui constituent son J" JefiD,Uf t,l,,, de gloire : réussite qui propose au :;;;; une .ndéchiffrahle énigme, s'il ££ £££ e,8d unea«s» singulière physionomie ; «yan,

couru le monde et goûté aux ivresses de L'action, ayant fréquenté sans dégoût, et peut-être avec une secrète envie, des compagnons aux instincts rudes et primitifs, ayant aimé les combats, les entreprises hasardeuses, la fantasmagorie colorée des mythologies et des sorcelleries, Maurice Maindron devenait apte à pénétrer notre turbulent seizième siècle, et à en ressusciter la brutale épopée.

Admirables romans où Ton ne sait, si l'on admire davantage une fougueuse invention ou une exécution savante : œuvre unique, et que nul ne sera tenté d'imiter, car il n'est point aisé d'unir à une aussi riche expérience et à un savoir encyclopédique le délicat et prudent métier d'un Hérédia. Œuvre unique, et qui inscrit dans l'histoire du roman historique un exceptionnel et éclatant chapitre.

Maurice Maindron semble n'affectionner point ce terme de roman historique : avoue-t-il la raison de cette défiance, quand il déclare : « La France n'a jamais aimé le roman historique Ses critiques ont écrit, écrivent et écriront encore que c'est un genre faux. » Admettons que Maurice Maindron nous conte des a histoires du temps passé, » car il serait peu honorable pour nous déranger dans un genre faux des récits aussi drus. Nous serons fort à Taise, pour reconnaître que ces histoires se distinguent des romans à la façon de Walter Scott, Alexandre Dumas père et autres romantiques, par un juste souci de ne point travestir au gré d'une quelconque intrigue les discours et les mœurs de personnages véritablement historiques; à peine citent-elles, ça et là, les noms des rois, princes, ministres, maîtresses royales dont

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nul contemporain ne peut ignorer le rôle. Mais c'est en vérité par d'autres mérites que se caractérisent ces chefs-d'œuvre désordonnés et harmonieux, violents et raffinés, et qui semblent avoir été édifiés dans l'allégresse d'un jeu.

Car nous avons le sentiment, en lisant ces romans, d'assister à un divertissement que règle d'abord pour son plaisir un verveux magicien : nulle concession aux snobismes de notre temps : Maurice Maindron ne se détourne jamais de son dessein, de son intrigue, de ses personnages; une absolue nécessité domine ces imbroglios ; l'invisible présence d'un tyrannique auteur met de l'ordre dans ce désordre, et, je ne sais comment, nous communique la contagion d'une joie saine.... Et c'est pourquoi peut-être ces récits de viols et de meurtres, d'enlèvements, de rapines et de crimes n'avilissent ni ne démoralisent le lecteur. Nous sommes ici au théâtre; nous ne résistons guère à l'entraînante ironie d'un dramaturge, qui sait faire marcher de pair l'acteur tragique et le comique, l'amant criminel, le matamore et le bouffon.

Infiniment variés sont les jeux de la violence et de la déloyauté, de l'avidité, de tous les appétits déchaînés et de la peur, de la faiblesse et de la lâcheté : certains lecteurs superficiels n'ont voulu voir dans ces romans que la reconstitution d'un décor; c'est faire injure à l'auteur le plus épris de la vie, que de ne point découvrir sous ces harnois et ces ajustements abondamment dénombrés des âmes passionnées, des caractères : un François de Bernage, un Morguen, un Clérambon, sont inoubliables.... Que l'on célèbre après cela les vertus d'une langue pittoresque, trucu-

lento : ici toutefois n'allons point confondre ce qu'il importe de distinguer : la truculence dont se vantent de méchants écrivains ne se reconnaît souvent qu'à l'enflure et à l'impropriété du style : proclamez au contraire qu'elle jaillit de l'Ame même de Maurice Maindron, telle une source, au savoureux arôme, de lyrisme narquois et d'humour qui se surveille. La langue de Maurice Maindron est vigoureuse ; je n'en sais pas de plus simple, car les termes savants dont elle se hérisse — rappelez-vous les conseils de Diderot — ne servent jamais à un vain étalage; ils sont à leur place; ils n'étonnent ni ne déroutent; ils sont indispensables ; nous ne songeons à incriminer que notre ignorance, et non point le goût franc et sobre de celui de nos contemporains qui remet le plus splendidement en honneur les prodigieuses ressources du français.

Rappellera i-je que l'on doit à Maurice Maindron un <( roman moderne, » V Arbre de science? en aucun peut-être de ses romans il n'a davantage livré de luimême ; et c'est pourquoi sans doute y apparaissent quelques-unes de ces contradictions qui constituent le fond même de notre nature... Maurice Maindron s'y révèle satirique : on ne lit pas sans joie une aussi vive et piquante peinture de certains usages universitaires... que toute 1 Université condamnera.

Maurice Maindron est l'auteur de Tune des œuvres, les plus originales et les plus incontestablement dominantes de ce temps.

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Il n'est point de l'Académie.

.le l'estime, quant à moi, tout à fait digne de l'honneur suprême du quarante et unième fauteuil... mais s'il était élu, il est de taille à supporter gaillardement une épreuve funeste à certains. Alors.... Parla Saintsambregoy, cela le regarde!

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