‹ Figures littérairesChapitre 12 sur 48 · E.-M. DE VOGUÉ · texte numérisé non relu

E.-M. DE VOGUÉ

traite à Rome, puis à San Germano, d'où, chevauchant un baudet des Abruzzes, il gagna par un sentier rocailleux la citadelle monastique (Histoire et Poésie).

Splendeurs de l'avril italien, magie de la lumière joies de l'artiste qui chante sa félicité, supérieure' aux orgueilleuses satisfactions de lerudit! Le Mont- Cassin domine les tièdes et délicieuses plaines de Campanie; E.-M. de Vogué y monta parmi la neige odorante des pêchers en fleurs ; le brouillard gris des oliviers emplissait le fond des vallées; âpres, dénudées, ascétiques, les cimes, brusquement élancées d une terre voluptueuse, offraient le plus glorieux refuge d'où contempler « les grands horizons oui doivent occuper l'âme. »

Au premier pont-levis, le frère custode se montra. Cloîtres et cellules: architectures cyclopéennes, marbres et fresques, pompes sacerdotales; E.-M de Vogué feu.lleta la règle bénédictine, qui est un code d une austénté ingénue, en même temps qu'un mamiel de forte psychologie ; il entr'ouvrit la monumentale Histoire du Mont-Cassin de dom Tosti, entrevit un prodigleux trésor de documents, bulles d'or brefs pontificaux, rescrits impériaux des Carlovingiens et des Hohenstauflen, chartes, lettres, diplômes signés Çharlemagne, Lothaire, Othon, Frédéric, Hildebrand Innocent, Robert Guiscard, René d'Anjou.. Des sarrasins et des chevaliers de la Table Ronde aux terni-brigades et aux dragons du roi Murât, de Rayard ' Champmnnet, quelle épique et rutilante armée de antômes! E.-M. de Vogué les évoque un instant; ■n hâte il les frôle; poète, il s'enivre d'histoire.

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Il n'oublie point cependant Cremonini, le découvre aux feuillets d'un codex hiéroglyphique : labeur et paléographie; labeur rapide, paléographie... intuitive; ce Cremonini est en vérité bavard : « des idées banales sous dubeau latin fleuri.... » Certes, méfionsnous des jolies phrases latines, françaises.... Ce Cremonini inquiéta, par l'audace d'une redondance suspecte, l'inquisiteur du Saint-Office de Padoue; interrogé, il se rétracte sans se rétracter; tel un professeur du Collège de France, libre-penseur, qui se disculperait trop habilement aux yeux du ministre d'un régime de compression : « toujours l'odeur d'homme, toujours les belles idées pures changées en «rosse monnaie ou en paillon, dans la main du saltimbanque intelligent qui les exploite pour en tirer profit ou vanité! Ce n'était pas la peine de venir jusqu'au Mont-Cassin pour y chercher un nouveau cas de cette simonie. »

Ce n'était pas la peine... s'il faut compter pour rien l'agrément du voyage : cherchait-il cependant autre chose ce voyageur poète, qui se compare luimême aux moines gyrovagues honnis de St-Benoit? Ces moines vagabondaient de ville en ville, de pays en pays, parce qu'ils étaient « indisciplinés de cœur et d'esprit. » Et E.-M. de Vogué de conclure : « Le Cremonini, et moi qui viens de le lire, et mes pareils qui me liront, nous sommes tous des gyrovagues, dispersés sur les choses vaines.... »

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