K.-M. DE VOGUÉ
Certes, nous sommes lous des gvrovagues ou presque tous, encore que beaucoup d'hommes ne s'en avisent jamais.
K.-M. <!<■ Vogué lui ungyrovague conscient, et s. j ose d.re méthodique; il se fit une méthode de son humeur pérégrinante, une gloire de cette inquiétude qui ne lui permettait point de s'arrêter longtemps '" <1 épuiser la vertu d'un spectacle; passant plus empressé que quiconque à collectionner de séduisantes apparences cl à emprisonner dans son oeuvre comme un écho de l'universel néant.
Toute sa vie il fut enquête de Cremoninis ; il en découvrit un grand nombre, il s'en forgea quelques autres. Un esprit aussi absolument tendu vers la chimère échappe à la médiocrité. Pèlerin toujours en route, on lui saurait toutefois davantage gré de ses ferveurs successives, si elles étaient moins brèves et surtout moins décevantes ; coureur dont on admire I élan, ,1 est de ceux qui vaincraient peut-être, s'ils en avaient le goût, ou la patience. E.-M. de Vogué n'a Pomt de patience, il n'est que le plus appliqué des 'fprovisateurs; il pratique lapins laborieuse dissipa- »"'| : il est un essayeur avant d'être un essaviste
' ne seule fois il parait se fixer; il donne le Roman russe; excursion prolongée, et qui l'eût moins long- «nps retenu, s'il n'y avait trouvé prétexte à pousser Ims les directions les plus diverses de vives recon- «••ssances.U en revient: le monde, le vaste monde '««vre à sa curiosile ; histoire, littérature, politique ' curieux des hommes, des idées, du passé, du "I : polyglotte, il entreprend d'être équitable aux •••ve. el mx Germains, aux Anglo-Saxons et aux
Lalins; il fait le tour de l'Europe et prétend être de toutes les croisières intellectuelles ; sa vie est un perpétuel déplacement; il introduit dans la littérature et quasi dans la philosophie les mœurs des riches oisifs.... Ses livres ont du succès; quoi qu'il écrive, il emporte le succès, un succès inégal, et bien entendu inversement proportionnel au talent qu'il plaît à E.-M. de Vogué de manifester; il fait applaudir un roman, Jean d'Agrève, où quelques aimables pages sombrent parmi le flot de la plus oiseuse verbosité ; louons-le de toutes nos forces de n'avoir écrit qu'une fois le Maître de la mer ou les Morts qui parlent (19 éditions); il fût si aisément devenu le rival heureux de nos plus illustres fabricants!... Ayant fui cette disgrâce, E.-M. de Vogué mérite mieux que l'exaltation ou le dénigrement du parti pris. Son oeuvre, grandiloquente, un peu trop sonore pour ne point sembler parfois un peu vide, est assez variée •en sa monotonie; quelques parties sont dignes de défier quelque temps encore l'inévitable oubli.... Ne point s'appesantir sur les Gremoninis est sage après tout; E.-M. de Vogué, qui ne nous encombre point de la science de dom Tosti, nous fait voir les pêchers en fleurs, et les oliviers, et la lumière, et la splendeur éparse du paysage campanien; la vraie grandeur de «es moines gardiens du plus impressionnant trésor de gloire ne lui échappe pas. Encore qu'un peu solennel, apprécions la faveur qu'il nous fait en nous agréant en son aristocratique compagnie; n'hésitons jamais à visiter avec E.-M. de Vogué le monastère du Mont-Cassin.