‹ Figures littérairesChapitre 16 sur 48 · HUYSMANS · texte numérisé non relu

HUYSMANS

vente Huysmans accumule les preuves et nous eu fournit des exemples d'une évidence croissante. Après la Cathédrale, Suinte Lydwine de Schiedam, YOblat... les Foules de Lourdes! Relisons Lourdes d'Emile Zola. La décisive épreuve! Ah ! que la vulgarité d'un Zola nous fait apprécier davantage le raffinement d'un Huysmans! Mais qu'il nous serait donc impossible de ne pas voir que la sensibilité ingénue d'un Zola se défend mal contre les suggestions d'un christianisme traditionnel et populaire! Les idées rudimentaires, les sentiments de la foule, Zola les adopte d'instinct Son livre fut écrit dans un élan de fraternité, livre de sympathie et d'indulgente pitié, tout pénétré de cette « religion de la souffrance humaine » qui 11 est, en somme, qu'une revision de la doctrine évangélique. Les Fou les de Lourdes, au contraire, oui été décrites par un implacable contempteur de la médiocre humanité : la haine de son temps, Huysmans ne la point sentie décroître en lui depuis que des Hermies analysait lame de Durtal et s'écriait:

Au fond... il y a toujours eu entre toi et les autres réalistes une telle différence d'idées qu'un accord péremptoire le pouvait durer : tu exècres ton temps et eux l'adorent' tout est là (Là-bas).

reson

Tout est là en effet : les spectacles de Lourdes jettent Huysmans « dans l'implacable dégoût de époque; » vit-il point

h cette heure où la société, fissurée de toutes parts, craque >u 1 l nivers, empoisonné par des germes de sédition »mquiete dans l'attente d'une Résine, à cette heure où on entend distinctement retentir, derrière les ténèbres

de Phorizon, les tintements prolongés du glas...? {Les Foules de Lourdes).

Dans la nuit qui envahit le monde, Iluvsmans ne distingue que sujets de scandale, laideurs haïssables,

Un pays abbruty, plein de crimes estranges,

Empuantissez l'air, ô vengeances célesl De poisons, de venins e\ de volantes pesl

S il ne reprend pas les imprécations du poète, c est que les prophétiques fureurs sont interdites aux contemporains de « Tlscariote des Charentes » (ah! l'infamie de Combes !), et qu'aussi bien l'idée chrétienne d'une pénitence expiatrice, impliquant rémission, n'effleure pas môme son esprit. 11 hait son temps, il hait la foule, les dévots, les « églisiers, » et sans doute cette haine ne va pas sans quelques défaillances, "et Ton en relèvera de surprenantes dans les Foules de Lourdes — Lourdes avant l'arrivée des grands pèlerinages, Lourdes intime détend les nerfs excitables de Iluvsmans :

On savoure la douceur d'une ville rendue complaisante par se< instincts de lucre, et un côté de fraternité {sic) vous vient parmi tous ces -eus qui pensent comme vous, qui sont, comme nous, à Fallut des bienfaits de la Vierge.

Ailleurs Iluvsmans avoue « de la pitié pour la souffrance des uns... un vague acquiescement à la grossière gaieté des autres. » Il rencontre des camériers d'honneurs du pape, et proclame :

Rien n'est plus charmant que la bonhomie de ces . icu\ prêtres à cheveux blancs, qui ont de bons yeux et de

III VSMA.NS ]();{

petites bouches, qu'ils plissent pour dérouler c tourbillon

de ruinée bleue de leurs cigares.

Huysmans attendri, cordial, le rare spectacle ! car on ne lui sait aucun gré d'éprouver devant l'horreur de la souffrance physique un sursaut d'émotion furtive que surmonte vite le dégoût! — Mais ne nous v trompons point : c'est le rationaliste Zola qui a donné de Lourdes une peinture amicale, pitoyable, et comme nourrie de sentimentalité religieuse : le croyant Huysmans a composé de belles enluminures accusatrices et que Ton prendrait aisément pour de vigoureux exemples d'arl positiviste.

Positiviste, s'il l'était, Huysmans n'eût pas avecplus de soin minutieux recherebé les « antécédents » de Lourdes : l'apparition de 1858 n'est, assure-t-il < qu'un succédané de manifestations plus anciennes. » >ui- quoi nous apprenons que la chapelle de Notre- Dame de Heas, près du cirque de Gavarnie, fut dès le moyen âge un lieu de pèlerinage, (pie Notre-Dame <!*' Piétat a Barbazan accomplit de nombreux miracles, que Xotre-Dame de Ploueylahùn a Arrens attira les

il 3 avant de ne retenir que les bonnes femmes du pays : a Vieille-Aure, Xotre-Dame de Bourisp possède une statue miraculeuse; a Montoussé, la Vierge apparaît en 1848 près de Xotre-Dame de Xesles dont l'emplacemenl jadis fut désigné par une chute de neige nue en plein été; Notre-Dame de Medoux, au

sud de Bagnères-de-Bigorre, « connut une longue vogue, désormais périmée... » Et ce sont des histoires merveilleuses que Ton nous conte tout au long. Sur une carte des diocèses de Baronne et de Tarbes les hameaux et les chapelles favorisés se groupent en un cercle dont Lourdes est le centre. Lourdes est ainsi annoncé et comme nécessité ; Lourdes n'a rien inventé. Médoux eut la bergère, Bétharram la source et la grotte. « Avec Notre-Dame de Garraison, les traits de ressemblance s'accentuent, se précisent davantage, car tout y est, la bergère, la grotte, l'eau, les foules innombrables, issues des confins les plus divers, les miracles et les cures... » Huysmans procède en homme de science, et ce n'est point notre faute si nous tirons de ses recherches une conclusion qu'il ne formule pas.

Certes les intentions apologétiques de Huysmans sont évidentes, affirmées sur le ton agressif dont on ne saurait raisonnablement lui demander de se départir, mais jamais sans doute apologie ne s'étava de plus périlleuses constatations ; et si en vérité la polémique du miracle nous intéresse peu dans une œuvre d'art, en revanche les fortes peintures d'une réalité observée sans arrière-pensée ni intention préconçue ne nous sont point indifférentes, et Huysmans est un merveilleux peintre de « la Kermesse de Lourdes. »

Ce sont les pèlerinages, l'arrivée des pittoresques Bretons, troupeau indolent mené par des prêtres (( qui le lancinent comme des chiens de garde » :

Les femmes grosses ou osseuse^, avec des peaux de pelure d'oignons, salées par les embruns, des yeux lapis ou vert de mer, les jeunes filles aux têtes d'oiseaux et aux

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