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Ni la modestie n'est la vertu essentielle de Gus tave Le Bon, ni le respect de la hiérarchie univers! taire ou académique n'est à la base de ses habitude: d'esprit : la modestie convient aux faibles, aux rési gnés, aux silencieux, aux satisfaits, aux philosophe — sans compter les imbéciles, qui, malheureusement y sont peu enclins. Gustave Le Bon n'est rien de tou cela : du moins sa philosophie est-elle toute spécula tive. 11 porte en lui un bouillonnement d'énergie qi l'incite aux conquêtes, aux découvertes; il aime l lutte; ses indignations sont des révoltes, ses polt miques sont des batailles; il est —je pèse les terme* et d'ailleurs ce n'est point d'une plume caressant qu'il convient d'user ici — il est — fonctionnai placide un vigoureux aventurier de sciences et d
lettres.
Le beau destin! tout ennobli de risque! Vj quelque sujet d'études que l'entraîne son iiévreu désir de connaître, Gustave Le Bon ne s'arrête | aux menus faits : assimilateur stupéfiant, il appren le détail d'une science dans le temps qu'un aut consacrerait aux rudiments : il franchit tous 1 obstacles, court de l'avant : son plaisir est de dépaj ser quelqu'un ou quelque chose; il ne respire qu l'extrême limite du savoir humain; encore prétend reculer cette frontière : seul, il se hasarde, pionnu enfant perdu, poète de la science.
Ces allures irrégulieres ne satisfont point toujouj
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les savants patentés : il n'est aucune découverte «le ce Colomb fantasque qui ne soit tout d'abord contestée: on Je houspille: ce! heureux homme a des ennemis. Lui-même prit soin — n'oubliez pas qu'il fut fceiologue, sociologue pessimiste, à la suite de Taine, — de faire le procès de notre Université: il le reprend à toute occasion : il n'a pas son pareil pour dénoncer les méfaits de la « science oflicielle. » La science officielle! voilà qui est plaisant; nous ne soupçonnions point qu'il y eût une orthodoxie en chimie, en physique, en mécanique, en mathématiques. Gustave Le jBon nous l'apprend : force nous est bien d'en croire Mes affirmations, puisque, dénonçant avec une furieuse 'virulence les dogmes universellement enseignés, luimême se proclame hérétique.
D'ailleurs, n'allez point croire qu'il soit seul de son parti : nombre d'authentiques mandarins le soutiennent: certains le considèrent avec autant d'envie que de curiosité inquiète : ceux mêmes qui critiquent le plus àprement ses méthodes reconnaissent qu'il eu! à deux ou trois reprises des intuitions... cela suffit à la gloire d'un homme. Combien de génies n'eurent qu'une intuition heureuse! combien de avants réputés n'en eurent jamais une seule!
Combattu, toléré, admiré même, Gustave Le Bon i est point de ceux qui périssent ou triomphent dans ombre. 11 prend la terre à témoin de ses expériences; I esl — ce n'est point un mince éloge que je lui Ûs — un talentueux vulgarisateur: à la cour, a » Mlle, et jusque dans les provinces, ses livres eviennenl le bréviaire des ignorants qui se resnl sa réputation est en bonnes nmins.... Et
Km FIGURES LITTÉRAIRES
quand je dis nos provinces! Sachez que Gustave I.i Bon »st traduit en anglais, en allemand, en espagnol] en italien, en danois, en russe, en polonais, en tchèque, en hindoustani, etc., etc., de., et que l'oit annonce de nouvelles éditions de ses œuvres en basque, en bas- breton, en javanais, en espéranto —
On ne sait s'il est plus sympathique parla pétulance indisciplinée de son tempérament ou par son amour des idées: car il aime furieusement, les idées; sou œuvre est u\\ répertoire d'idées générales autant qu'un catalogue de faits. C'est par là qu'elle attire le grand public et c'est par la qu'elle prête le plus à la critique; nos savants font la guerre aux idées générales : chacun d'eux en détient quelques-unes qu'il dissimule de son mieux; la moindre femmelette de lettre! en possède et en étale une bien plus grande variété; autre chose est de briller en conversation, autre chose de construire objectivement une œuvre scientifique. Les idées générales, qui sont le sel des entretiens familiers, deviennent, introduites dans un livre de science, des sortes d'explosifs : il suffit de placer un réactif au bon endroit, exercice favori des critiques.
et... tout saute Au figuré : en réalité nul jeu plus
inoffensif; et l'on sait plus d'un livre, dynamité par la critique, et qui a fort bien vécu. Mais les savants sont timides, ils sont prudents ; ils savent que rien ne vieillit plus vite qu'une idée générale, si ce n'est un livre bourré d'idées générales : et cela doit faire