LE DOCTEUR GUSTAVE LE BON
quelquefois réflécliir Gustave Le Bon. — Je crois que Gustave Le Bon s'en moque.
Il a mis au service des sciences et des lettres un tempérament d'homme d'action : crojez-vous qu'il pegrette aucune de ses anciennes aven dires? Il aurait lort, du reste, car il lui donne à peu de nos contemporains de vivre un roman intellectuel aussi pittoresqnement mouvementé. Gustave Le Bon ne regrette rien; sis livres furent très réellement des actes : pigeons-les comme tels; et considérons sa vie qui. peut-être, importe plus que ses livres.
S'il eût moins aimé les idées, l'eut-on vu, aussi Passionnément laborieux, mener tant d'enquêtes, remuer des montagnes de faits ? Idées que Ton veut vérifier, conceptions que Ton entend préciser, système- à compléter, à corriger, à étayer, aiguillons de nos ambitions intellectuelles. Celles de Gustave Le Bon ont toujours été vastes : en l'un de ses premiers. Ouvrages il se propose comme but c< l'étude scientifique du développement de l'homme et des sociétés depuis leurs origines les plus lointaines jusqu'à nos jour-. » Il ne doute pas que révolution humaine et sociale u obéisse a des lois nécessaires et invariable* tout comme les combinaisons chimiques, la propagation de la lumière, les révolutions des astres, la chute des corps. » H élucidera ces lois... Ce fut, on h' devine, un très gros livre : Gustave Le Bon y déverse tout ce qui lui tombe sous la main : extraits
d historiens et de philosophes, théories personnelles.
notes de laboratoire et d'amphithéâtre, réminiscences, de tiroirs, vieux jeux de cartes.... On se de-
mande si c'est la somme, fort peu théologique, hâtivement composée, d'un médecin de campagne un peu pédant, ou le compendium d'un robuste adolescent qui jette sa gourme et pose des jalons. Et l'on demeure persuadé que l'auteur d'un pareil livre ne sera jamais un penseur.
Certes! mais il aime tant les idées! En ayant formulé un grand nombre, il s'avise d'en contrôler quelques-unes : il parcourt l'Egypte, l'Assyrie, la Judée, explorateur, archéologue, égyptologue, assyriologue, hébraïsanl, arabisant : les langues, les arts, les institutions, les hommes, les peuples, le passé, le présent, que n'étudie-t-il point? Le voici aux Indes : cette immensité ne l'effraie pas : il en rapporte le plus massif de ses ouvrages. D'ailleurs Gustave Le Bon a une méthode :
Nous avons continué à appliquer dans cet ouvrage les principes qui nous ont dirigés dans nos précédents travaux, et notamment dans notre Histoire de la civilisation des Arabes. Nous appuyer uniquement sur des documents précis; montrer les transformations successives des institutions religieuses et sociales et les facteurs de ces transformations, étudier les phémonènes historiques comme s'il s'agissait de phénomènes physiques ; avoir enfin une méthode et nous défier soigneusement des doctrines. C'esl en prenant ces principes pour bases que nous avons essayé de dégager de la masse confuse et grandiose des conceptions philosophiques, religieuses et sociales de l'Inde leur sens lumineux et profond, et de rendre aux dieux antiques leurs traits vénérés et terribles, voilés sous les ombres de la mort qui finissent par envelopper les dieux mêmes.
Admire-t-on davantage la précision de la méthode, ou la solennité imprécise de la phraséologie? On