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Léon Bazalgbttb. Wall Withman. '..homme et son Œuvre

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multiples jugements nouveaux qu'il suscita, l'une des plus absolues présentations du poète et de son œuvre sous une tonne brève. » Une étude plus complète fut consacrée à l'auteur des Feuilles d'herbe par Gabriel Sarrazin en cette Renaissance de la poésie anglaise, où triomphe l'esprit de divination d'un critique merveilleusement intuitif. On a vu la plus austère de nos Revues « consacrer sans vergogne une vingtaine de pages à un homme dont le « répugnant matérialisme » et les instincts « détestables, » le jargon v< grotesque » et les allures d'échappé de Charenton ne parvenaient pas cependant à faire oublier certains dons que, non sans quelque regret, on consentait à lui reconnaître, avec cette générosité si particulièrement française qui consiste à n'admettre les grands originaux de la littérature que tondus et castrés, le chapeau à la main, dans l'humble posture de gens qui mendieraient un regard d'approbation des disciples de Racine et de Bossuet. »

0 Bazalgctte ! si prompt à vitupérer les timidités de L'un des plus souples et des plus pénétrants talents féminins que nous ayons connus, si regrettablement prompt à rendre la France lettrée responsable des étroitesses de goût et des erreurs de Mme Th. Bentzon ! Est-elle après tout si coupable, Mme Th. Bentzon, en dépit de ses erreurs manifestes, sont-ils si coupables, ces critiques qui ignorèrent ou parurent ignorer Walt Whitman, sommes-nous si coupables, nous tous qui acceptions d'un cœur léger de vivre dans l'io-norance de cet homme et de cette œuvre ! 0 Bazalgette, vous m'êtes témoin que ni l'homme ni l'œuvre ne furent, compris des Américains eux-mêmes : votre

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livre, ample, richement informé, ardent, généreux. éloquent, est l'histoire d'un glorieux méconnu : et sans doute l' Amérique, après l'Angleterre, s'efforce de réviser cette pathétique affaire: la gloire de Walt Whilmaii grandit dans tout le monde anglo-saxon et rayonne jusque sur notre vieux continent. Nous ne serons point aveugles à cette lumière nouvelle. Mais, ô Ba/algelte, soyez-nous indulgents, à nous que n'avertissaient ni le sang, ni la langue, à nous qui ne pouvions être plus Yankees que les Yankees, à nous qui ne saurions pénétrer le génie de cet étrange poète ni jouir de son œuvre sans une préalable initiation.

L'initiation est aisée désormais, depuis que Léon Bazalgvlle a pris soin d'écrire la biographie la plus pieuse, la plus copieuse, la plus abondamment explicative allons-nous donc adopter Walt Whilman.

et. par une de C2S naturalisations d'enthousiasme dont la France intellectuelle, o Bazalgette, fut toujours prodigue, incorporer son œuvre au patrimoine national d'art et de poésie? Que de difficultés! La principale, c'est qu'entre tous les poètes, ce poète semble intraduisible; dès 188i, Léo Quesnel en avertissait

s lect< urs : Whitman traduit n'est plus YVhitman : la langue riche et libre qu'il a pu se créer, grâce aux larges tolérances des idiomes anglo-saxon s, ne saurait être coulée dans le moule étroit et pur des langues latines. Il\ a la langue de Wall Whitman, intraduisible. Affrontez-vous le texte même, il v a la versilication, qui vous déroute : versification, absence de versification... l'indifférence de Walt Whitman aux rythmes traditionnels est prodigieuse: Les vers de

Walt Whitman ne sont pas des vers; Léo Quesnel est à première vue tenté de les définir des « bouts-rimés grotesques. » L'inspiration en est puissante , Walt Whitman n'a que de hautes et généreuses pensées Ce poète toutefois serait-il point antipa

thique au génie latin, épris de la justesse des cadences et de la perfection de la forme? Léo Quesnel est fort embarrassé; Léo Quesnel a découvert qu' « une citation de Whitman avait presque toujours pour effet de refroidir à son égard l'intérêt du lecteur français. » Bien intentionné, Léo Quesnel cite tout juste trois strophes — Les citations (de poèmes) sont extrêmement rares dans le livre abondant de Léon Bazalgette : je ne puis croire pourtant qu'il en redoute l'effet sur le lecteur : nous avons fait quelque chemin depuis 1884 : les traducteurs ne reculent plus devant les transpositions dont souffre l'harmonie de notre langue ; ni les néologismes les plus hardis, ni les plus audacieux barbarismes n'épouvantent un Léon Bazalgette. Léon Bazalgette traduira l'œuvre do Walt Whitman ; il la traduira toute entière1. Réservons donc notre jugement : contentons-nous de considérer l'attirante Ggure, les gestes, la vie admirable et si pleine d'enseignements du poète américain.

Une santé prodigieuse ! Léon Bazalgette ne se lasse pas de louer cette « impériale santé, » cette santé

i. Cette traduction a récemment paru : Feuilles d'herbe (2 vol.).

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invraisemblable; en quoi cet avisé biographe ne fait que suivre l'exemple du poète; Walt Whitman toute sa vie s'émerveille de la vigueur de son corps, et de l'harmonieuse puissance de tout son être : « Je ne crois pas, écrit-il, qu'il ait existé un organisme plus robuste, plus vigoureux, plus sain, plus équilibré sur lui-même ou plus inconscient et en meilleur

état de 183o à IH12 Je me considérais comme

invulnérable. » Walt Whitman est un colosse bien portant, fier de sa haute taille, de ses larges épaules el de ses muscles souples; il est un colosse doué d'un système nerveux à toute épreuve, d'un cœur inébranlable, d'un estomac sans défaut ; de cet estomac, de ce cœur, de ces nerfs il n'est pas moins fier que de son solide et lucide cerveau. Walt Whitman est un colosse; aucun de ses amis ou de ses biographes américains ne nous laisse ignorer que Walt Whitman pesait deux cents livres environ. Walt Whitman s'enorgueillit de son poids. La régularité de ses fonctions vitales lui est un sujet d'orgueil; son prestige physique lui est une perpétuelle jouissance. 11 est parfaitement beau :

Son visage, avant d'acquérir cette incomparable majesté d Olympien dont la vieillesse devait l'empreindre et qui, ;i près avoir frappé ses contemporains, nous ravit encore d'admiration à travers ses portraits, était d'une rare beauté. . I>es sourcils hauts et 1res arqués limitant un front Iarger des yeux bleu clair, un nez très fort et absolument droit, - encadraient dans l'ovale parfait d'un visage vermeil, tanné par le grand air, le soleil et l'océan, et pavoisé d'une barbe H «l'une moustache que jamais il ne rasa.... C'était, de la tête aux pieds, un mâle, qui en imposait par ses proporlions inaccoutumées et la noblesse de son port. Au repos

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il évoquait, dans l'ensemble de sa personne, et non par le visage seul, la beauté grecque — nullement celle de la décadence, qui emplit nos musées de son type un peu fade mais le fort type hellénique primitif, c'est-à-dire l'absolue harmonie dans la puissance rude. Sur toute sa physionomie une certaine expression primitive, barbare, autochtone était répandue, et le marquait, parmi les citadins, comme nn pan de roc naturel au milieu d'un parc dessiné.

Walt Whitman est un « échantillon de splendide animalité humaine. » Jeune, vêtu en ouvrier, campé en bras de chemise parmi la foule de Broadway-street . il a l'attitude d'un roi; il est « l'individu-roi ; » il esl un « individu colossal, » il est Y - individu américain. » le « démocrate du xixe siècle. »

Et sans doute il ne s'avise point tout de suite qu il est tout cela; il s'en avise même assez tard et si soudainement que certains crurent à une sorte de révélation, à une crise mystique d'où serait m'1 son génie Jusqu'à trente ans, il cherche sa voie; il n'est pas précoce; encore qu'il s'avère capable de surprenantes intuitions, il ne se hâte jamais; il accumule les expériences ; il vit au gré de ses curiosités, de ses instincts, sans plan. Ce « bacchus transatlantique » est peutêtre « ivre de la vie ; » il est fantasque et flegmatique ; il a la spontanéité, les caprices d'un Hichepin, et le sans-froid d'un Bulîalo-Bill : son « immense indifférence extérieure de grand animal » surprend jusqu a ses amis et à ses proches. Walt Whitman est un bon géant qui ne manifeste sa force qu'en de rares et terribles violences : fort, il est d'une infinie mansuétude ; il est fraternel aux humbles, secourable aux faibles; la rudesse l'attire: ses amis sont des porte-

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