ALT W 11 11. M AN 27 J
Les ouvrier it prennent pour un ouvrier.
Kl les soldats supposent qu'il csl un soldat, et les marins qu'il a pris la mer.
Kt les écrivains le prennent pour un écrivain, et les altistes pour un artiste.
Kt les Lâcherons
Les Anglais croient qu'il sort de leur souche anglaise,
lu Juif il semble un Juif, au Russe un Puisse
Le mécanicien, le marinier sur les grands lacs ou sur le Mississipi ou le Saint-Laurent, ou le Sacramento, ou I Hudson, ou le détroit de Paumanok. le revendiquent.
Le gentilhomme du sang le plus pur reconnaît la pureté d<> son sang.
L'insolent, la prostituée, le colérique, le mendiant se découvrenl dans ses manières, il les transmue étrangement.
Fraternité magnifique, qui apparente le poète à tous les êtres de la terre: réceptivité prodigieuse, qui ouvre ses âme à tous les échos du globe.... Vers trente ans, W ait Whitman découvre dans une soudaine illumination les trésors d'observations et d'émotions accumulés en son âme; une sorte d'héroïque folie s'empare de lui; il conçoit sa mission, mission poétique, mission sociale: il ébauche le plan d'une œuvre colossale; le bon géant révélera au monde une « formidable beauté, » il dotera les Etats-Unis d' « athlétiques volumes.... » Il prêche l'amour, il annonce la beauté de vivre, il exalte sa patrie, modèle prestigieux des futures démocraties. Il est Le prophète d'une vie nouvelle où 1 individu affranchi, infiniment grandi, réalisera un bonheur inouï. Il s'écrie :
.1 annonce des myriades de jeunes gens, beaux, géants,
■"l s;|"n pur l'annonce une race de splendides et sau-
v âges \ ieillards.
Prototype de cette huma ni lé héroïque, il se hisse lui-même sur un piédestal. e( s'offre avec une provocante impudeur aux regards des contemporains
avachis
Désormais l'histoire de Walt x\ hitman est celle de ces Feuilles d'herbe, qu'il ue cessera plus de remanier et de grossir en de successives éditions; histoire lamentable et exaltante; lutte perpétuelle de l'écrivain, proclamé « obscène, » contre les éditeurs, la presse, les ministres... l'opinion quasi unanime; épreuves, long martyre du vieillard dont deux années passées dans les hôpitaux et les ambulances ont ruiné la santé, cette santé prodigieuse, cette « impériale santé. » Du moins, Walt Whitman pût-il avant de mourir constater un retour de l'opinion et présager l'apothéose prochaine.
La grande figure de Walt Whitman est de celles dont il serait téméraire de vouloir donner une rapide esquisse : son génie si fort et si original, sa vie si douloureusement héroïque, quel ample sujet! Et comment dire sa sérénité puissante, son allure de dieu antique et cette action « magnétique » ressentie par tous ceux qui l'approchèrent...?
<i.-K. CHESTERTON