CRITIQUE ANGLAIS
<■ ... une capricieuse route anglaise, une route comme celle où chemina M. Pickwick. »
Kst-il rien au monde de plus capricieux qu une capriieuse route anglaise? Les routes chez nous obéissent olontiers au génie rectiligne des ponts-et-chaussées ; ii Angleterre, elles semblent asservies à la fantaisie rrante d'un vagabond distrait. Chefs-d'œuvre d'une oirie rationnelle et pompeuse, nos routes témoignent vec éclat de notre génie raisonnable et pratique. f. Chesterton assure que tous les chemins mènent au lï*de* rée»; sans doute songe-t-il aux chemins de '" pays si peu soucieux de mener quelque part, "I- semblent à la recherche don ne sait quelle •ovince enchantée. La voirie britannique révèle dès 'bnrd.un,' pesante et chimérique Angleterre. Vos chemins, avantageux aux gens pressas, PaVO-
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risentla hâte, économisent l'effort; il n'est personne qui lesayanl suivis, n'en vante la commodité. Une roule anglaise, qui serpente parmi les haies entre des collines herbeuses, neplaîl qu'aux flâneurs. Flâner est délicieux.,.. Toutefois la vie est courte... Par principe, condamnons la route anglaise; mais ne manquons
jamais de gaieté de cœur l'occasion d'en goûter à loisir la séduction.
Etudiant l'œuvre de Dickens, un Français eût ambi- ^ne d'ouvrir un, voie royale, où derrière lui la foule se lut élancée : nulle ambition plus aisément réalisable ni j'ose le dire, plus banale Un authentique Vngl'ais en est fort incapable : M. Chesterton étudié Dickens : suivant la mode de son pays, .1 rêva d'un chemin sinueux et solitaire; il réalise son rêve avec application, avec un zèle j aradoxal, avec un insolent bonheur. A suivre celle piste laborieusement irayee. par un explorateur excentrique vous éprouvera presqu? autant d'irritation que d'agrément. Chester ton vous tien! parle charme d'une perpétuelle inqui* tude: où va ce diable d'homme ? Il n'en sait rien, il sa. seulement que tous les chemins mènent au pays «le fées- il a la certitude que des apparitions graoeu» surgiront aux détours des bosquets et dos haies ve, dopntes.... Oui donc, ébloui de l'équipage delà ren Mab, ou des châteaux de l'étincelante Mélusine. plaindrait des lenteurs d'un incohérent labyrinthe?
M Oh-slcrton. capable de toutes les audaces, et s'affirme critique, et possède le secret des compai sons insolites, oserait, n'en doute/ point, invnqu jusque de ce coté-ci du détroit d'illustres précédent :