U.-K. CHESTERTON
sa route capricieuse na-tr-elle pas quelque ressemblance
avec cette souple rivière dont Sainte-Beuve vanta jadis les ingénieux méandres aux critiques ses confrères ? Lune ei l'auliv s'insinuent au cœur d'un pays, eu épousent ei en pressent curieusement les contours. s'attardent, ménageai à qui se laisse guider par elles mille joies ou découvertes imprévues.
Signifions en hâte à ce jongleur, que nous ne serons dupes de ses prestiges qu'autant qu'il nous plaira : comparaison n'esi point raison et peut être souvenl déraison. Quiconcfue consent à déraisonner, cru'il en smiI réduit... selon une forte expression de Chesterton lui-même, à « déambulera Bournemouth, dans un fauteuil roulant, pour le reste de ses jours, »
Echappons au fauteuil roulant, et déclarons, sans pins de figures, que ce livre ne rappelle en rien la méthode de Sainte-Beuve ou de n'importe lequel de ses successeurs français: H je n'eu conclus pas que ce ne soit là de la critique, une sorte 1res particulière, à laquelle le< An-lais nous ont accoutumés, de critique littéraire; mais il esl déplus en plus évident que les mêmes mots n'wl point à Londres e( à Paris la même signification, et que nous aurions tort d'attendre d un critique britannique une analyse rigoureuse «I Muvi, -d'une œuvre ou d'un tempérament, un expose •ohérenl de doctrines littéraires, voire seulement un portrait... L'ineofeérenee, une incohérence orgoeilieswe •I préméditée, donc consciente, n'effraie point le*
Anglais; ils s'en accommodent, comme de la plus sûre sauvegarde contre les excès de la théorie : Chesterton loue en Pickwick « une œuvre si peu cohérente quelle a une sorte d'unité comique, et qu'on y trouve comme une divagation soutenue. » Une divagation soutenue, Chesterton n'a point d'autre méthode; il divague : vous voilà avertis de ne point trop le prendre au sérieux.
11 divague, et nous sommes contraints de lui accorder la plus attentive audience; prenez garde, en effet, qu'il est prodigue d'idées; je dis prodigue : s'il a le goût des idées, il n'en a point le respect ; tels ces parvenus insouciants, il ignore le prix de son or, il le gaspille, le jette à la tête du premier venu ; il n'en attend point les jouissances délicates qu'une sage économie lui procurerait: une ostentatoire débauche lui plaît; il n'a ni égards, ni prudence, ni. en vérité, la moindre sagesse.... Et, sans doute, ces façons font paraître plus riche qu'on ne l'est — et l'on s'y ruine; elles ne sont point à la portée de n'importe qui.
M. Augustin Filon prit soin naguère de nous apprendre que Chesterton et Bernard Shaw sont probablement les deux hommes les plus spirituels de l'Angleterre contemporaine ; nous ne songerions point à récuser un aussi bon juge, Chesterton non plus, encore qu'il soit plus sûr de lui-même que de Bernard Shaw; n'alla-t-il point, en une mémorable préface, jusqu'à se vanter d'être « le seul individu qui comprenne Bernard Shaw? » A quoi Augustin Filon observa qu'il n'était point seulement impertinent de ranger Shaw lui-même dans la catégorie des gens qui ne comprennent pas Shaw, mais qu'en somme cela