‹ Figures littérairesChapitre 35 sur 48 · C..-K. CHESTERTON · texte numérisé non relu

C..-K. CHESTERTON

revenait à déclarer : l'œuvre de Shaw n'est que galimatias simple, double ou triple. Or l'œuvre de Bernard Shaw est d'une limpidité quasi excessive Tels

sont les jeux de l'humour anglais : Chesterton a de l' humour, presque autant, ou deux fois plus, que l'auteur de John Bull* olhcr Island, incommensurablement davantage que plusieurs millions à la fois de ses compatriotes. Ayant de l'humour, qui est une sorte d'esprit boulïbnet prime-sautier, et des idées, qu'il eut rarement le loisir d'approfondir, de confronter, d'éprouver l'une par l'autre et surtout de ranger en bel ordre, il abonde en saillies ; on extrairait de son livre un recueil de maximes : pittoresques truismes, paradoxes, vérités profondes, demi-vérités, contre-vérités, truculentes calembredaines... il apparaîtrait Tun des maîtres du genre, et point ennuyeux, encore qu'il poussât la folie jusqu'à proclamer quelques bonnes vérités ; admirez la variété de ses aphorismes :

Les systèmes économiques ne sont pas des créations indépendantes de nous, comme les étoiles, mais des objets comme nos réverbères, de simples manifestations de l'esprit humain soumises au jugement du cœur humain.

t n politicien d'esprit pratique est pour nous un homme ■i qui l'on peut se lier entièrement pour ne rien faire.

("est une grave erreur de supposer que l'amour met de 1 unité et de la parité entre les êtres. L'amour les diversifie parce quil est orienté dans le sens de l'individualité. Ce qui unit véritablement les hommes et les rend semblable outre eux, c'est la haine... Toute rivalité est de sa nature un furieux effort de plagiat, rien de plus.

lai vérité, nos modernes mystiques l'ont erreur, quand, pour se concilier les esprits, ils portent de longs cheveux

ou des cravates flottantes. Les elfes el les dieux d'antan, lorsqu'ils reviennent sur terre, vont loul droit au morne tuyau de poêle, car il exprime cette simplicité que chérissent les dieux.

Il y a des cens qui essaient d'exprimer ce qu'ils on1 en eux en faisant i\v< livres, d'autres en faisant des botte-: l« résultat est souvent le même : les uns el les autres restent

incompris.

Nous sommes tous (Tune minutie scientifique, même pour des sujets qui ne nous intéressent que médiocrement. Nous trouvons immédiatement de l'exagération dans un exposé du mormonisme, dans un discours patriotique prononcé au Paraguay. Nous exigeons une sobriété extrême de qui décrit le serpent de mer.

Il n'y a pas de rapport entre un homme malheureux et nu pessimiste. Le chagrin et le pessimisme sont, en un certain sens, le contraire l'un de l'autre, puisque le chagrin implique que l'on fait cas de quelque chose et le

pessimisme que l'on ne fait cas de rien du tout Il

y a une horde d'humanité souffrante à qui on ne pourrait en vouloir de maudire Dieu: pourtant, elle ne le lait point. Les pessimistes sont des aristocrates, comme l'était Bvron; ceux qui maudissent Dieu, dc^ aristocrates comme l'était Swinburne. Mais lorsque ceux qui meurent de faim et qui souffrent se font entendre, ils professent l'optimisme, chacun selon ses moyens.

Quant à l'Angleterre moderne, il s'y est éveille un patriotisme de parvenus qui tend à représenter le- Anglais comme étant tout ce qu'on voudra, excepté Anglais ; comme un mélange de stoïcisme chinois, de militarisme latin, de laideur prussienne el de mauvais goût américain. Ainsi notre patrie, dont le défaut est un excès de correction, dont la vertu est une cordialité naturelle, notre patrie, malgré la tradition de ses héroïques et joyeux gentd>hommes du siècle d'Elisabeth, est présentée aux quatre par-

Page 1