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V A-T-IL UNE LITTÉRATURE FÉMININE

n'est que bas esclavage, peut concourir à émanciper, à magnifier l'individu, non pas même à développer toutes ses facultés d'émotion, puisque les plus nobles

seraient d'abord annihilées Certes de semblables

phrases sont purement insanes ; à force d être répétées leur insanité cesse d'être inolFensive. Et 1 on y découvre la plus intolérable tendance à généraliser. Mme de... n'incarne rien du tout, qu'un tempérament assez banal en soi; nos poétesses ne représentent rien, qu'elles-mêmes; il est outrecuidant à la plupart de se comparer aux trois ou quatre d'entre elles qui manifestèrent un vrai talent; à toutes je dénie le droit de se dire les porte-paroles de leurs sœurs silencieuses. J'en suis fâché pour A. Séché dont on aimerait louanger l'ardeur intellectuelle et la curiosité d'esprit: mais il appert de son cas que la fréquentation des

poétesses est redoutable aux jeunes écrivains Au

reste s'en doute-t-il? et faut-il apercevoir comme une vengeance anticipée en quelques traits qu'il dissémine ça et là? Il écrit : « Je ne crois pas que l'on puisse dire que Mme la duchesse de Kohan est un grand poète. » Il écrit : ce Le manque de franchise, une ridicule pudeur ont empêché les femmes d'être autre chose que des poètes aimables.... » lue ridicule pudeur î o humour !

Il n'y a pas de littérature féminine, n'en déplaise à M. Jules Bertaut ' ; j'ose affirmer, l'ayant suivi dans ses

l. JuLBâ li.iuAi i. L% Littérature féminine d'aujourd'hui.

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patientes anal\ SCS, que du prodigieux amas des romans

écrits par 1rs femme», il n'extrait ni une conception nouvelle de La vie et du monde, ni une morale, ni une théorie d'art spéciale à La femme; je ne découvre pas même eil SQB livre les éléments d'une psychologie de

la femme moderne si vantée, si haïe, que chacun imagine an gré de ses rêves ou de ses haines, parce qu'il est plus aisé de L'imaginer que de la découvrir parmi les innombrables ébauches et les contradictions de la vie.... Peut-être le plan même de son étude condamnait il Jules Bertaut à ne point sortir résolument du vague; et l'on sait que de trop vastes enquêtes résultent rarement des conclusions précises; toutetois je ne puis croire qu'il n'eût rien discerné si des découvertes avaient été possibles.... Or aucune conclusion ne ressort de s an livre, rien, si ee n'est sans doute que c'est un leurre de parler d'une « Littérature féminine » ; nos romancières n'ont guère plus d'originalité que nos poétesses : trois ou quatre, mettons cinq ou six, ont un appréciable talent, assimilateur et pittoresque, le reste vivote — et je n'entends point dire par la qu'il ne connaisse pas les fructueux tirages — les femmes cultivent avec la même désinvolte aisance bais les genres et Les plus diverses variétés du roman la m avenu? de Leurs œuvres n'est sans daute ni superieure ni inférieure à la nuyenne des œuvres masculines. Cett? sage médiocrité, cette absence de caractères spécifiques, a vouez-le, diminuent singulièrement l'intérêt des livres de femmes envisagés isolément : elles subissent toutes les influences et n'en imposent aucune; leurs œuvres, très diverses, n'ont de communs qu2 des traits de La plus inexpressive généra-

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lité. La « littérature féminine, » quoi de plus insaisissable ?

Au Long de ses (rois cents pages, Jules 1> -riant poursuit ce fantôme, vain tment sélance vers ce mirage : exercice décevant encore qu'instructif Il

s'efforce d'expliquer le succès des livres de femmes, je répète qu'il n'explique point ce succès par des raisons tirées des mérites singuliers du génie féminin; il expose judicieusement un ensemble de circonstances favorables; il ne lui semble pas que ces eirc instances soient durables; il a probablement raison; niais n'allons p uni discuter des pronostics.

Nous voici fort à 1 aisa pour envisager le péril dont ta multiplication incessante des œuvres de femmes menacerait la morale, nos institutions, la société ellenu'tn ' : je crois fermement que leur effort est de moindre portée et n aura point d'aussi graves conséquences; je ciuis que le tumulte féminin peut tout luste nuire au bon renom de nos Lettres, et contribuera déconsidérer davantage nos mœurs littéraires. Leur amoralité n'est point pire que celle de leurs Confrères masculins; iVnh vient qu'étant moins systématique, die apparaisse parfois plus redoutable4? plie n'esl point agressive; lu timidité d'esprit de nos poétesses et de nos romancières est un t'ait; d'autres Eemm js sonl plus audacieus s : intellectuelles, nées d hier à la science, professeurs, théoriciennes qui pavent d'un ■ humanité transformée, leur féminisme,

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lo^iaue, évolutionnista ou révolutionnaire, u a guère

(le secours à attendre des femmes de lettres eu laveur auprès du public; les tendances de celles-ci sont plutôt rétrogrades ; leur inconsciente philosophie ne va qu'à glorifier l'instinct et la passion la plus aveugle, la plus puissante pour retenir la ïenini > dans l'antique sujétion. Et certes, les moralistes ont de tout temps iuo-é subversif l'instinct d'amour; un avenir proche en tirera peut-être un principe d ordre et de soumission, et sera surtout tenté de s'en Faire un allié contre de plus effrayants symptômes d'anarchie et de dissolution morale.

Et je reconnais volontiers qu'il est bien des sortes d'amours, et que nos femmes de lettres semblent exalter de préférence la plus élémentaire, qui n'est qu'une frénésie sensuelle : sur ce point, les témoignages sont unanimes de tous ceux qui prirent la peine d'y regarder d'un peu près ; relise/ plutôt les pages que M. Charles Maurras intitulait naguère : « Le romantisme féminin: allégorie du sentiment désordonné, » et où tant de profonde vérité s'insinue I parmi de brillants sophismes ; relisez dans les dernières Etudes sur la Littérature française, de M. Mené Doumic, le chapitre consacré aux « Romans de femmes ; » ne né^li^ez ni les Muses françaises de A. Séché, ni la Littérature féminine, de Jules Bertaut ; à quoi il conviendrait d'ajouter de récents articles de M. E.-M. de Voo-ué, et enfin Nos femmes de lettres, de M. Paul Fiat : que des juges, si divers de goût, et de méthodes si contradictoires, S3 puissent rencontrer pour soutenir li m3ine affirmation, voilà qui ne laisse subsister aucun doute. Littérairement, une pareille conception

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de l'amour ne mène pas très loin, et Paul Fiat le démontre avec force :

Si la prédestination de la Femme, écrit-il, envisagée Comme elle l'est par nos auteurs, ;i la façon d'une antique Fatalité, est bien de succomber dès l'instant qu'on l'attaque: si toujours elle doit, en vertu de la faiblesse inhérente à son être. « comme le fruit mûr tomber sur la prairie, » qui ne voit que du même coup s'affaisse le ressort d'intérêt qui nous attachait à ses actes? Peut-être nous arrêterons-nous encore à quelques sujets de ces trop spéciales nosographies. Mais, du simple point de vue littéraire, en admettant (pie nous écartions des conséquences morales pourtant si attachantes, nous ne pouvons eue regretter les anciennes complications sentimentales, qui faisaient contrepoids à l'instinct et créaient un rempart de toutes leurs défenses assemblées.

Littérairement, c'est là une cause jugée.

Que si nous nous plaçons au point de vue sociologique... ah! ici je suis bien contraint de vous renvoyer à ce livre délicat et vigoureux, Nos Femmes de Lettres. Et je souscris trop complètement à la plupart des critiques et des aperçus de Paul Fiat, pour qu'il me s, ut même possible d'en apporter ici un commentaire un peu étendu: tous ceux qui le liront verront au reste sur quels points, très rares, je me sépare de lui. .. Mais enfin, voici l'étude la plus troublante que nous possédions sur nos femmes écrivains; voici d'abord la sélection que nous attendions d'un effort vraiment critique, et voici des pages de franche et saine — et parfois inquiétante — vérité. Que penserons-nous de la portée de certaines conclusions? si Paul Mat définit la femme littéraire; « un monstre au lens latin du mot, •> s'il la condamne, anti-naturelle,

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anti-sociale — et nul n'a plus rquitablement rendu bommage au talent de quelques-unes — il es* bien entendu que c'est uniquement de la femme littéraire contemporaine qu'il s'agit. Réservons l'avenir....

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