CIL V. LANGLOIS
Parmi tant de savants dont notre époque se plaît à vanter les mérites indéniables et divers, est-il un représentant plus typique de l'érudition et de la science historique modernes?
Interrogez nos jeunes historiens : leur aimable férocité se calme dès l'instant que vous sollicitez un avis sur les enseignements et les œuvres de M. Ch.- V. Langlois: unanimement ils affirment le prestige de ce maître; ils tiennent pour des modèles cle critique sobre et forte les monographies, mémoires, dissertations que depuis plus de vingt ans M. Ch.- V. Langlois entasse avec un zèle tranquille; ils l'admirent, et peut-être le redoutent un peu : ils tiennent de lui les raffinements de leur méthode : le << métier. > c est Gh.-V. Langlois qui leur en apprit la théorie et souvent la pratique : Gh.-V. Langlois fut à la Sorbonne le véritable introducteur de ces « scienceauxiliaires » de l'histoire dont le monopole parut long-
temps appartenir à l'Ecole des Hautes-Etudes et à L'Ecole des Chartes; il est par excellence le professeur de critique, il est la critique même.... Etonnez-vous que pour toute une génération de chercheurs et d'historiens, il demeure le « patron, le maître de qui la décisive influence oriente les esprits <-t détermine les carrières.
Admirations juvéniles où il entre une part de légitime gratitude. Serait-il équitable de n'en tenir nul compte? Hâtons-nous bien plutôt d'enregistrer la déposition de ces témoins frondeurs, aisément irrespectueux, quand, de leur plein gré, ils décernent à qui les enseigna l'autorité.
L'autorité de M. Ch.-V. Langlois est grande; elle est telle de l'aveu de ses disciples, auquel répond l'assentiment de ses émules en érudition et de ses confrères; l'autorité de Ch.-V. Langlois est grande parmi les savants ; son crédit est considérable dans l'Université, qui apprécie la justesse des vues, l'opportune sévérité des conseils de cet historien-pédagogue.... 11 ne suffit point, en effet, a cet érudit d'exceller dans l'exploration du xiu° siècle; ce médiéviste ne fut jamais le prisonnier des chartes et des bulles ; nul esprit plus ouvert, plus libre, plus apte a pénétrer les problèmes de ce temps et à en raisonner congrùment. De quel secours n'est point à 1 historien son sens de la vie? Quel bénéfice l'observateur et le critique de nos méthodes universitaires ne tire-t-ii point de sa connaissance des siècles écoulés? Ch.-V. Langlois démêle avec la plus allègre perspicacité les intrigues, les secrets, Les imaginations des contemporains de Louis IX et de Philippe le Bel ; il