‹ Figures littérairesChapitre 42 sur 48 · CH.-V. LANGLOIS · texte numérisé non relu

CH.-V. LANGLOIS

n'est ni moins perspicace, ni moins averti quand il sVll'orce d'éclairer une question d'aujourd'hui; il est le cerveau le plus lucide, l'esprit le plus prompt ; sa science n'est pas le luxe un peu vain du Bénédictin qui s'exile de la cité en progrès; elle est le moyen le plus efficace d'entrainemenl el de perfectionnement d'une intelligence avide d'action sociale.

11 y eut un temps, dit-on, où les professeurs, peu nombreux, d'une Sorbonne déchue se piquaient d'élégances salonnières : temps lointain, o Cousin! où Ton eiït moins goûté la distinction et l'urbanité fine des beaux esprits s'il eut fallu déplorer l'extravagance ou l'extrême négligé de leur ajustement : nous avons changé cela; notre Sorbonne revivifiée, bourdonnante M démocratique ignore ces scrupules, ces pudeurs M un autre âge : jamais savants n'adichèrent plus transcendant mépris du décorum; tel maître illustre semble le Labre héroïque e4 minable de cette érudite maison... trait singulier de nos mœurs universitaires, affectation à Laquelle échappe un Ch.-V. Langlois, encore que 1 apparente austérité de ses allures ne soit pas contestable Austérité des allures, ascétisme de la méthode; du moins L'accord est-il parfait des gestes et du caractère, des discours et des tendances secrètes; ennemi superfluités, des paroles vaines, et généralement de toutes les faciles élégances où se plaît la futilité de m plupart d.s hommes. Ch.-V. Langlois ne se met point en frais pour dissimuler sa haine vigoureuse du

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verbiage : sa parole est brève, redoutable son silence; son aspect sévère, son discours parcimonieux éloignent les fâcheux; leur nombre est si grand qu'il semble s'entourer de quelque mystère.

Ascétisme de la méthode! En vérité Ch.-V. Langlois n'est point de ces maîtres qui fleurissent devant les pas de leurs élèves le dur chemin de l'apprentissage : les difficultés de l'Histoire, nul n'en possède une plus précise expérience que ce parlait historien : il les définit ; et sans doute, les définissant, enseignet-il le moyen de les vaincre: certes, mais quel labeurr quelles opérations compliquées ; que d'initiations préalables! l'heuristique, la bibliographie, et ces fameuses4 « sciences auxiliaires.... » 11 écrit (Seignobos adjuvante) le manuel de l'apprenti historien; il démontre qu'une préparation technique s'impose et doit être substituée à la préparation « littéraire. » Hélas ! « tous les auteurs qui, comme Daunou, ont essayé d'énumérer les connaissances préalables, ainsi que les dispositions morales ou intellectuelles requises pour « écrire l'histoire, » ont été amenés à dire des banalités ou à émettre des exigences comiques. » Les exigences de Ch.-'N . Langlois sont fort raisonnables; elles sont multiples et impératives. Il propose au jeune historien la plus sévère conception de la science historique ; il proscrit les effets « littéraires, ornements plaqués, . . verroteries, fleurs de rhétorique... sentences... jugements. » Il est impitoyable à la philosophie de l'histoire : les philosophies de l'histoire! si l'on en presse fortement les majestueuses théories, elles se résolvent en brouillards autour d'une idée centrale, gratuite, et le plus souvent d'une excessive simplicité. Certes, toutes ces ambi-

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lieuses théories qui « prétendent poser les « lois » du devenir historique, ne sont que des jeux d'esprit. » Démence, la recherche de ces « lois; » Gh.-V. Langlois exhorte l'apprenti historien à la modestie ; il l'oriente vers les humbles besognes; les plus urgentes, les plus utiles; il invoque le témoignage de Renan pour vanter le bienfait d'un catalogue rédigé avec patience et discernement. Il exalte « l'agrément simple et tranquille des besognes préparatoires. » Franchitil la limite de ces travaux préparatoires, l'historien voit surgir devant lui des dilïicultés nouvelles, quasi insurmontables.... Que d'efforts ! et - toute ambition littéraire étant écartée — pour quel décevant résultat! Fustel de Goulanges déclarait (pie « l'Histoire ne sert à rien. » Que pense Gh.-V. Langlois?

Le \ixe siècle s'achève, ici, sur des désillusions. La plupart des démonstrations de la critique historique (en cela comparables, du reste. à une foule de démonstrations des sciences proprement dites, qui ne comportent aucune application directe n'intéressent que la curiosité. Celles ((in pourraient intéresser la conscience et peser d'un certain poids dans les controverses entre les hommes peuvent être stérilisées : la critique de Strauss et de Renan n'a pas été sensiblement plus efficace, en fin de compte, que le rire de Voltaire. Enfin dans quelle mesure le progrès incontestable des connaissances louchant l'histoire des sociétés ancienne- a-t-il influé sur celui des sociétés modernes? La génération française de 1848 avait espéré, dans son enthousiasme juvénile pour la science, que l'histoire, '••i instruisant l'humanité (\v^ raisons de ce qui est. éclairerait les voies de l'avenir et contribuerait à déterminer ce qui sera. Mais quoi? C'est Renan lui-même qui écrit, danssi Préface de 1891 à son Avenir de la Science de 1848 : « Le processus de la civilisation est maintenant reconnu

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dans ses traits généraai » ei « la destûaée humaine est devenue plus obscure que jamais. »

Une très forte éducation technique, une excessive déOance du sentiment, de l'idée personnelle, du talent, une conception pessimiste du rôle de 1 Histoire, de sa portée sociale et de son utilité pour le propres de l'esprit humain, telles sont les acquisitions que l'étudiant retire de l'enseignement théorique de d maître : enseignement très propre à discipliner le médiocres et à les enrégimenter pour les fructueuse entreprises collectives, enseignemenl néfaste ad faibles, prodigieusement favorable aux forts; ensej gnement nécessaire, et qui vint à son heure pour enregistrer, coordonner et assurer définitivement les résultats de la réaction contre l'Histoire romantique.

Composer un code de l'histoire scientifique, c'esl fort bien — vous révélerai-je qu'on y découvre mit logique passionnée, une verve satirique, une recherche de la simplicité élégante, et pour tout dire un goût e des qualités proprement littéraires qui, parfois, sen blent implicitement démentir certaines tendance livre? __ Composer un code de l'histoire scientifique c'est fort bien ; l'illustrer d'exemples accessibles ai gTand public, c'est mieux: une gratitude particulier est due à Ch.-Y. Langlois lorsqu'il délaisse ses trav techniques et consent à nous donner des <em d'histoire au sens large du mot. Il y consent, il gro

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