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Éthique, lie l'Esclavage, propos. III

M. PAUL BOURGET. 8o

partant inhabile au bonheur, M. Bourget est devenu, en Uttérature, ce qu'il appelle un « décadent » , et il s'en fait gloire , et , en philosophie, s'il n'est pas pessimiste, il s'en faut de bien peu, quoiqu'il s'en défende encore.

Et comment ne s'en défendrait-il pas, puisqu'il se proclame disciple de Spinoza? C'est ici que M. Bourget, qui diffère de M. Taine par le sujet, s'en rapproche par l'esjjrit. La loi qui domine sa psychologie et son esthétique est le fatahsme. La dislinction entre le bien et le mal, ou entre le beau et le laid , n'étant qu'illusion , l'autorité du goût, libre arbitre de l'esprit, s'écroule avec celle de la conscience. Dès lors, la fonction du critique n'est point d'apprécier lès talents ni de discuter les doctrines , mais seulement de constater et de comprendre les phénomènes nécessaires de la pensée. Le style n'étant que la notation littéraire des sensations, peu importe qu'il soit incorrect, excessif, bizarre, pourvu qu'il soit significatif, qu'il rende avec exactitude et intensité les impressions de l'âme.

(( Arrivé à ce degré de l'analyse, dit 3L Bourget, je suis tout voisin de m'intéresser à l'avor-

tement aussi bien qu'à la réussite... Je suis tout près d'aimer passionnément les défauts nécessaires et, par suite, précieux... Les vertus d'arrangement, l'harmonie régulière, la parfaite délicatesse, la mesure souveraine auront pour moi un attrait moindre que l'outrance et les heurts violents. Les œuvres très équilibrées sont des signes aussi, mais des signes moins apparents, et de puissances moins déchaînées. )■>

Ainsi, ce nest plus seulement l'idée de morahté, c'est l'idée de beauté elle-même qui est supprimée dans les œuvres d'art. Ce qui était défaut, tache aux yeux de l'artiste, devient pour le psychologue objet d'intérêt. Le mot admiration n'a plus de sens et est remplacé par une curiosité universelle. On est moins sensible à l'élévation qu'à la complication de l'esprit. Que s'il y a contradiction, c'est le triomphe du genre. Il sufïit qu'une œuvre soit complexe pour être attrayante : peu importe la valeur des éléments qui la composent, peu importe que le roman n'ait pas d'unité, que la pièce de théâtre soit mal construite, pourvu que le psychologue y reconnaisse la valeur d'un document ; peu im-

porte que la littérature fatigue et blesse riioniiiie dégoût, si elle intéresse le savant. Dès lors, on comprend pourquoi l'historien de la littérature anglaise, négligeant tous les points capitaux de l'histoire littéraire ]urs({u'il n'y trouve pas l'expression d'un état moral de la société, étrangle Johnson. Young, Hume. Gibbon, toute l'école romantique, et donne une place démesurée à Byron, l'écrivain sir/nificat if du génie de l'Angleterre ; et l'on ne s'étonnera plus que M. Bourget, poussant jusqu'au bout le système, place Molière, comme moraliste, au-dessous de Balzac % et Gustave Flaubert, comme écrivain, sur le même plan que Bossuet et Pascal % mette Baudelaire et Flaubert à côté de MM. Benan et Taine, les étudie au même titre, appelle le poète des Fleurs du mal «. un homme supérieur, un des éducateurs féconds de la génération qui vient », emprunte en effet à cet étrange éducateur et à ses congénères des expressions barbares , forcées , indignes de son noble talent et qui jurent avec des pages vraiment admirables, et confonde

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