Traité de la réforme de l'entendement, exp
lui que l'imagination est la partie la plus humble de lintelligence humaine; et dès lors, tout en reconnaissant qu'une œuvre inspirée par la sensation ou par l'imagination est nécessaire au même titre qu'une œuvre inspirée par la raison, vous ne pourrez hii accorder un égal intérêt.
Comment expliquer que M. Taine et M. Bourgot aient rejeté cette conséquence féconde de la doctrine de leur maître ? Comment ont-ils choisi , pour s'y établir, la partie la plus aride, la plus désolée du système? C'est ici qu'on aperçoit l'influence considérable de la philosophie sensualiste sur leur esprit : on peut dire que M. Taine a édifié ses théories littéraires sur les parties qui sont communes à la philosophie de Spinoza et à celle d'Helvétius et de Cabanis; et l'on trouve partout dans les écrits de M. Bourget les traces de cette doctrine qui réduit la vie à l'art d'être heureux. Mais, tandis qu'Helvétius mettait le bonheur d'abord daus l'indépendance intellectuelle (comme M. Taine). ensuite dans l'amour, et repoussait l'ambition comme une cause de troubles et de misères, notre poète paraît s'être plutôt inspiré d'abord de Stendhal ,
lequel mettait I"idéal de la vie dans le bonheur, ridéal du bonheur dans l'amour, et l'idéal de l'amour en Italie; il y a ajouté la gloire, ce qui n'était guère plus prudent; et, comme le rêve de bonheur construit sur des bases si fragiles n'a pas tardé à s'écrouler, le poète désenchanté a tourné peu à peu au pessimisme.
Ainsi, sa complexion intellectuelle et sa philosophie l'ont amené au même point. Le logicien, il est vrai, essaye de retenir le poète sur cette pente dangereuse; car il sait bien que Spinoza et Schopenhauer ne se peuvent concilier : pourquoi se plaindre de notre condition, pourquoi mépriser l'homme , si la cause de notre impuissance et de notre inconstance est, non dans je ne sais quel vice de la nature humaine, mais dans la puissance de la nature universelle^? Aussi essaye-t-il de se raidir contre l'inquiétude et la tristesse qui l'envahissent; il fait tout ce qu'il peut pour rester impassible, il proclame que l'optimisme et le pessimisme sont deux manières également fausses, incomplètes et inexactes de