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Voyage avx Pyrénées

M. PATI. I50URGET. IJl

moment dam l'idcal ?... Ce sont peut-élre les seules heures où ils valent quelque chose... »

Prospero , l'homme supérieur , le fils de la science moderne, rejoignant dans sa fantaisie Thomas Quincey, Edgard Poe et Baudelaire, et mettant, comme eux, l'idéal dans le sommeil de la raison et le désordre de la volonté, n'est-ce pas un effet étrange et inquiétant du dilettantisme, (]ui, ayant reconnu la vanité de nos rêves et notre impuissance à atteindre le vrai . admet que l'homme se soustraye à la douleur et à l'ennui par tous les moyens ?

Si M. Renan a}»paraît comme le type accompli du dilettante philosophique, M. Bourget pourrait être pris comme un échantillon curieux du dilettantisme littéraire : ce jeune Parisien, à la fois poète, psychologue, essa^/^^, romancier, a reçu, de l'hérédité et de ses nombreuses lectures , l'influence de plusieurs races ; son talent est un composé rare des éléments les plus variés et les plus disparates, qui tantôt se fondent harmonieusement ^ et tantùt jurent de se trouver ensemble dans sa riche complexion artistique. La philosophie de Spinoza et le dandysme de

M. Barbey d'Aurevilly, les théories de Gœt lie et les caprices de MM. de Goiicourt, les vision^ lucides de Michelet et les rêves fantastiqued'Edgar Poe, Kivarol à côté de Proudhon, et Stendhal avec Dante Rossetti et les esthétiques anglais, les plus subhmes conceptions de la sagesse amalgamées avec les excentricités de ï impressionnisme littéraire, tels sont quelquesuns des éléments qui se choquent sous cette plume savante. M. Bourget n'écrit que pour les délicats, et d'abord pour lui-même. A ceux qui lui reprocheraient quelque subtilité et un peu de recherche, il répondrait sans doute, avec Marivaux : (' Il y a un certain degré d'esprit et de lumière au delà duquel vous n'êtes plus senti ; c'est même un désavantage qu'une si grande finesse de vues; car ce que vous en avez de plus que les autres se répand toujours sur tout ce que vous faites, embarrasse leur intelligence ; on vous accuse d'être obscur par trop de subtilité. » Il a un genre, une méthode, un style à lui ; et nous aimons trop ce qui a un caractère personnel pour ne pas applaudir à son succ>s.

Outre le dilettantisme philosophique et le dilettantisme littéraire, il y en a d'autres encore, tel que celui qui résulte des voyages et de l'hibituelle fréquentation des pays étrangers, et dont le prince de Ligne, Stendhal, Henri Heine, etc., ont fourni des modèles divers. (< J'ai cinq ou six patries » , disait le prince de Ligne. — Il y a enfin celui de l'amour : à ce dilettante d'un genre nouveau le don Juan classique de Molière, sensuel et galant, qui ne cherchait que le plaisir, paraît bien primitif, superficiel et vulgaire ; le don Juan romantique de Byron et de Musset, qui cherchait le bonheur dans la passion , paraît quelque peu naïf. Le don Juan moderne , qui est aussi un Faust et qui porte partout son besoin d'analyse et d'observation, est autrement complexe et redoutable : ce n'est pas seulement le plaisir et l'émotion, c'est le fruit amer de l'expérience, c'est la science de la vie qu'il cueille aux lèvres des femmes. Mais la multiplicité même de ces expériences ruine peu à peu la puissance de sentir et de croire. La cristallisation dont parle Stendhal , « cette opération de l'esprit qui tire de tout ce qui se présente fa dé-

couverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections », s'opère en sens inverse : le rameau, au lieu de se revêtir de diamants, se couvre do boue. L'amour n'apparaît plus que comme un duel à mort entre les deux sexes.

Ainsi le dilettantisme des idées, en détruisant tout principe de certitude, affaiblit la volonté et la puissance d'agir, et le dilettantisme des sentiments et des sensations détruit peu à peu la faculté de croire et la puissance d'aimer. L'âme se déconcerte sous l'effort du doute ; la foi patriotique et l'amour disparaissent avec la loi morale. En goûtant la décadence, on y travaille, et l'on hâte (inconsciemment) la décomposition de son pays ; on ne se contente pas d'assister, en spectateur impassible, à l'affaiblissement de sa race; la curiosité y trouve plaisir, s'enivre des senteurs de la corruption, et y contribue. La « théorie de la décadence », telle que M. Bourget l'expose ^, est la conclusion logique de ce livre fataliste.

Les déterministes ont-ils au moins fait avancer

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