‹ Figures littérairesChapitre 27 sur 72 · Cette étude fut notre premier article aux Débats · texte numérisé non relu

Cette étude fut notre premier article aux Débats

Colomba qu'à celle de Y Inconnue ? et la Correspondance de Balzac a-t-elle ennobli ou poétisé la liaison du grand romancier avec madame de H... ? Ce Mérimée toujours quinteux , ce Balzac traqué par ses créanciers, haletant d'un travail forcené, ont le mérite d'être réels, oui; mais il faut avouer qu»- leur humeur et leur air n'ont rien de séduisant ; et peut- être que ces grands artistes seraient péniblement surpris s'ils pouvaient s» voir ainsi dépouillés, par des mains pieuses, des voiles dont ils s'entouraient , et jetés nus sous le> regards du public.

Certes, tel n'est point le cas pour Edgar Quinet : pas une ligne, dans les deux volumes de lettres publiées par sa veuve, qui ne soit pour riionorer.

La première partie de sa Correspondance nous le montre dans les rêves, avant l'action, et se cherchant lui-même.

Le voici d'abord au collège, triste, désespéré, morne, comme « un jeune oiseau de proie enlevé nouvellement aux forêts et porté à la ville dans une case d'osier » .

Plus tard; après un échec aux examens pour l'École polytechnique, le voilà surnuméraire dans une maison de banque. A dix-huit ans. il la quitte, et obtient de faire son droit : il entre chez un avoué pour apprendre la procédure ; mais là, poussé par son instinct, il entreprend de

composer un livre, les Tablettes du Juif Errant , embryon dans le genre voltairien de ce qui deviendra plus tard l'épopée byronienne &\ihasvérus.

Ces premières lettres se distinguent de celles des enfants du même âge par l'absence de gaîté et de jeunesse : tout y est sombre ; on n'y sent jamais le souffle frais de la joie insouciante, on y cherche en vain le rire éclatant et les grâces des années printanières. La mélancolie, « cette nécessité des temps modernes » , comme il dit, pèse sur son front attristé ; il y a de l'Oberman dans cet enfant.

Ses dernières lettres, écrites à quarante ans, seront plus jeunes que les premières, écrites à quatorze : à mesure que son intelligence devient plus mure et porte de nouveaux fruits, sa nature verdit, si je puis dire, et donne de nouvelles pousses.

D'où vient « cette coni'mucWe suffocation qui\ se sent au cœur » au début de la vie ? On était alors sous la pesante atmosphère de l'Empire : Quinet, sans peut-être s'en rendre compte, subissait douloureusement, comme le jeune Lamar-

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linc, cette sorte d'asphyxie. Et puis^ la position de fortune de sa famille, le caractère rigide de son père, qui ne prit aucune place dans sa vie S ses goûts littéraires contrariés par ce père inllexible, qui voulait faire de lui un homme d'affaires ou de science; eniin et surtout cet exil dans un collège de province, loin de sa mère : ces froissements, ces coups répétés meurtrirent un être tout de cœur et d'imagination, et lui firent une blessure qui ne guérit pas de longtemps, si elle guérit jamais .

Madame Jér(')me Quinet était une personne distinguée, dont Michelet disait qu'elle avait « terriblement d'esprit » , et dont Quinet a tracé un portrait charmant dans V Histoire de mes Idées :

« C'était, dit-il, une personne bien rare, et j'ose dire une personne admirable. En même temps qu'elle avait l'esprit du dix-huitième siècle dans toute sa fleur de malice, de gaîté, elle avait la raison la plus solide; au milieu de cette malice enjouée, des retours de mélancolie sans borne, un enthousiasme sacré pour

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