‹ Figures littérairesChapitre 6 sur 72 · Discours à TAcadémie, en réponse à M. Pasteur · texte numérisé non relu

Discours à TAcadémie, en réponse à M. Pasteur

pas les angoisses d'un Pascal (et l'on serait mal venu à lui en faire un grief, d'abord parce qu'il y a, entre Pascal et M, Renan, tout le dix-huilième siècle et la Révolution française, ensuite parce que Pascal était maladif, de tempérament nerveux à l'excès) ; non seulement le vide ne lui donne pas le vertige, mais il aime à se pencher

sur les abîmes.

11 convient de faire ici une distinctiou. On se tromperait si l'on croyait que M. Renan a toujours été aussi calme, et qu'il n'y a eu en lui m lutte ni déchirement. Les lettres qu'il écrivait de Paris à un ami de Bretagne en 18lo et IHiG (après la sortie du séminaire, en pleine crise;), et qu'il a jointes aux Souvenirs, nous donnent des lumières qui ne se retrouvent dans aucune de ses œuvres. Les Souvenirs nous montrent le Renan d'aujourd'hui, au lieu que, dans ces lettres, on voit directement, à nu, le Renan de cette épociue-là, et sa conscience dans la tourmente. Aujourd'hui, le Gascon paraît sans cesse, et semble l'emporter sur le Breton ; dans ces lettres, il n'apparaît pas encore, et l'on ne peut que rendre hommage à l'angoisse qui les remplit.

Puis, peu à peu, Thorizoa s'est rasséréné, et le doute , qui lui semblait d"abord si affreux , a fini par lui apparaître comme la condition de l'indépendance humaine et comme un don de la sagesse divine :

<» Une claire révélation, dit-il, eût assimilé l'àme noble à l'âme vulgaire; l'évidence, en pareille matière, eût été une atteinte à notre liberté. Dans tout ce qui est objet de science et de discussion rationnelle, Dieu a livré la vérité aux plus ingénieux; dans l'ordre moral et religieux, il a jugé qu'elle devait appartenir aux meilleurs. Il eut été inique que le génie et l'esprit constituassent ici un privilège *. »

Comment s'étonner, dès lors, qu'étant à la fois ingénieux et b<jn, il soit tranquille? Pourquoi donc la sérénité de l'âme supposerait-elle nécessairement un système fixe et harmonique sur les causes finales? Pourquoi une vie heureuse serait-elle incompatible avec les antinomies philosophiques? Ainsi, l'on admet qu'un homme peut avoir sur toutes les matières soumises à

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