Avenir de la métapJiysique
son observation les idées les plus opposées sans cesser pour cela d'être heureux (et qu'est-ce que le monde lui-même , sinon un équilibre instable de forces contraires?; mais, dès qu'il s'agit de l'inconnaissable, on veut qu'il affirme, qu'il adopte une solution et qu'il repousse toutes les autres ; son bonheur est à ce prix, et, s'il s'avise d'être heureux sans avoir fait son choix, on se fâche! Si tel est le résultat ordinaire d'un choix, si ladoption d'une doctrine risque d'aboutir à rintolérance , tout au moins à cette intolérance intellectuelle qui est inhérente à la partialité, on conçoit fort bien qu'un esprit libre et dégagé de passion ne puisse être vraiment heureux quen dehors et au-dessus de tous les systèmes.
Nous ne saurions donc ^ quant à nous , partagvr ni l'opinion de ceux qui doutent de sa sincérité . ni l'humeur de ceux que son calme irrite. Mais on nous pousse, et l'on nous fait observer que ^ depuis quelques années, son impartialité prend volontiers des airs d'indifférence moqueuse. Cela choque les esprits moins flexibles; ils veulent l'enfermer dans ce dilemme : « Ou bien votre indifférence est sincèrcj et alors elle contredit
VOS idées les plus généreuses, votre optimisme inébranlable, vos espérances et votre foi constantes dans le progrès indéfini de la raison et de la justice; uu bien elle n'est qu'un jeu, une fantaisie de virtuose, et alors elle nous met en défiance : pourquoi décréditer vos pages sérieuses et donner k penser que vous ne croyez à rien? » A cela M. Renan répondrait sans doute qur vouloir l'enfermer dans un dilemme, c'est ne pas le comprendre ; qu'il est sincère dans le sérieux , et sincère aussi quand il se joue.
Pourtant, entre les critiques qu'on lui adresse, il en est une qui peut paraître plus digne d'attention. Dès 1862, Sainte-Beuve écrivait : « L'impression parfois l'emporte en lui sur l'idée même. 11 est sensitifcomme un artiste. Il aime certainement la vérité, il déteste encore plus ce qui est vulgaire. 11 est des erreurs délicates et distinguées qui pourraient lui paraître préférables à des vérités triviales ^ » Eli bien, c'est précisément cette tendance, qui, chez la plupart des écri-