INTRODUCTION
Dès que l’on fut en possession du principe de l’attraction universelle, trois problèmes généraux se posèrent dont la solution constitue l’objet principal de la mécanique céleste.
Le premier consiste à déterminer le mouvement des astres les uns par rapport aux autres. En raison des distances très grandes qui séparent les corps célestes, on put faire abstraction de leur forme particulière et on les assimila, tout simplement, à des points matériels.
Le second problème est inverse en quelque sorte. Il consiste à envisager un seul astre supposé fluide et à calculer la forme qu'il doit prendre en tant qu’effet de sa rotation propre et des attractions réciproques de toutes ses particules. Ce second problème est celui des
figures d'équilibre, il domine la théorie des figures planétaires et la géodésie supérieure; c’est lui qui nous retiendra principalement dans les pages de ce livre.
Mais ce sont là deux cas limites, leur rapprochement donne lieu à des questions fort délicates et beaucoup moins élaborées. Elles consistent à tenir compte de la forme des astres dans le calcul de leurs mouvements relatifs et de ces mouvements dans le calcul des formes. C’est le troisième problème. Il est résolu en première approximation d’une manière satisfaisante dans deux cas spéciaux qui tous deux font intervenir l'attraction lumi-solaire dans les déformations ou déplacements du géoïde : la précession des équinoxes où l’on cherche à mettre en évidence un changement d'orientation, à longue période, de l’ellipsoïde terrestre autour de son centre, êt le phénomène des marées océaniques où l’on considère au contraire une déformation à courte période du
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géoïde Jui même. Mais ces deux cas sont encore idéaux et limites.
Les géologues, en effet, se posent aujourd’hui des he nos où la Terre A son ensemble paraît devoir intervenir.
On connaît, en effet, l'hypothèse de M. Wegener (!}, aussi audacieuse que féconde. Les continents, assimilés à des corps flottants, se seraient déplacés au cours des âges et ces déplacements se seraient accompagnés d'une migration des pôles dans la surface terrestre.
Cette idée, qui ne laisse pas de troubler notre quiétude astronomique, ”
doit être abordée sans parti pris, au point de vue mécanique. Elle a pour
elle d'expliquer un faisceau de phénomènes des ordres les plus divers » paléontologiques, climatologiques, techtoniques, etc., qui paraissent
absolument inexplicables autrement.
A cet égard, 1l faut remarquer que les astres de notre voisinage, le Soleil et les grosses planètes, présentent une singularité qui est peut-être caractéristique, du stade qui a précédé celui où la Terre se trouve aujourd’hui et dont M. Dive (?) vient de faire une étude méthodique. Ces corps ne lournent pas tout d’une pièce sur eux-mêmes. Les différentes zones parallèles cheminent avec des vitesses angulaires différentes: L’équateur solaire, par exemple, accomplit sa révolution en 25 jours, tandis que le voisinage des pôles en exige au moins 28. La viscosité du fluide enrayera à la longue ce mouvement zonal mais elle n’y a pas encore réussi complètement mi sur le Soleil, ni même sur Jupiter et sur Saturne. Dès lors, je ne vois pas d'arguments décisifs qui s’opposeraïent à ce que le magma terrestre eût été animé au cours des époques géologiques de courants très lents, derniers vestiges d’un mouvement zonal troublé par un mouvement de précession. Ces courants peuvent avoir
entrainé lentement les masses continentales et s'être accompagnés d'un
déplacement des pôles sur la surface terrestre.
Ni le scepticisme absolu, n1 le dogmatisme ne sont admissibles dans ce domaine. Il faut simplement requérir avec Laplace : que la force des preuves soit proportionnée à l’étrangeté des faits.
D'ailleurs, ce sont les mesures de longitude, reprises avec beaucoup
de précision ces dernières années, qui décideront si les continents se
déplacent actuellement.
M. Milankovitch (*) a signalé, d'autre part, une coïncidence frappante
(1) À. WEGENER, La genèse des continents et des océans (collection Juvet, traduc=«
tion française par M. Reichel, 1924, et 4° édition allemande, 1929). (?) P. Dive, Rotations internes des astres fluides, Blanchard, Paris, 1930. (5) M. MiLANKOvITCH, Théorie mathématique des phénomenes thermiques produits
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