SAINT BERNARDIN DE SIENNE
PENDANT près d'un quart de siècle, Bernardin de Sienne répercuta, dans toutes les cités italiennes, les échos du « nom de Jésus », de ce nom devant qui tout doit fléchir, suivant les paroles de l'Apôtre. La première Renaissance commençait à poindre ; à l'école des humanistes et des artistes, les hommes du Quattrocento s'adonnaient à l'orgueil de vivre ; mais les humbles tablettes portant les lettres J H S, promenées sous leurs regards par Bernardin, suffisaient à faire fléchir leur superbe, tout de suite repentante et mortifiée. Sur les lèvres de ce petit moine, le nom de Jésus resplendissait ; et puis, il circulait, autour de lui, sur les lèvres des foules ; et ce nom devenait un manifeste, le manifeste d'une réforme morale et sociale.
L'Italie j grâce à saint Bernardin, connut une de ces heures, trop rares dans l'histoire, où l'on assiste aux progrès visibles du règne social de Jésus. Le Grand Schisme venait de finir; on avait cherché, longuement, quel était le véritable vicaire de Dieu; et les saints, eux-mêmes, n'étaient point tombés d'accord. Les esprits étaient troublés ; et les consciences séduites profitaient volontiers du trouble des esprits pour répudier l'austère importunité du christianisme. Au pays de France, Vincent Ferrier s'était levé pour remettre les âmes en ordre : c'était un homme terrible que ce Dominicain; il tramait les masses après lui, les captivait par ses miracles, les courbait sous le poids de ses menaces ; et les menaces, comme les miracles, venaient de Dieu; il devait avoir, dans son aspect et dans son accent, quelques traits et quelques intonations de ces effrayants et sombres prophètes que le génie de Michel- Ange, un siècle plus tard, installera dans la Sixtine pour les siècles des siècles. Prêché par saint Vincent Ferrier, le christianisme était apparu comme une loi de crainte. Bernardin de Sienne, fervent imitateur de l'illustre Dominicain, garda cependant l'autonomie de son âme et de son éloquence : il présenta le christianisme comme une loi d'amour.
Et les peuples, qui aiment à aimer, qui aiment à se sentir aimés, comprirent Bernardin de Sienne.
On vit alors des prodiges. Ce Franciscain s'en allait de ville en ville; dans chacune, il s'attaquait au mal dont
Saint Bernardin de Sienne
prêchant sur la place de San Francesco, à Sienne.
par Sdtio di Pietro.
Salle du Chapitre, Cathédrale de Sienne.
Photo Alinari.